Culture
06:00 11 mai 2018 | mise à jour le: 14 mai 2018 à 13:13 temps de lecture: 5 minutes

Les Grandes Crues: In vino veritas

Les Grandes Crues: In vino veritas
Photo: Josie Desmarais/Métro

Depuis deux ans, les Grandes Crues font salle comble partout où elles passent. Et alors qu’elles s’apprêtent à présenter la première montréalaise de leur spectacle Su’l gros vin, les deux humoristes prouvent que, si la recette du succès est toujours inconnue, une chose est certaine : elle contient assurément une bonne dose de chardonnay.

Mine de rien, Ève Côté et Marie-Lyne Joncas forment le seul duo comique féminin bien établi au Québec, un atout qui leur profite autant qu’à leur public, confient-elles.

«C’est sûr que c’est le fun de ne pas être seule sur la route. Mais je pense que l’avantage est surtout pour le public, explique Marie-Lyne Joncas. C’est une dynamique différente, c’est accueillant, chaleureux et ça nous rend plus accessibles.»

Une formule deux-pour-un qu’on doit surtout au hasard. «C’est parti d’un contrat d’une heure que j’avais obtenu, mais je n’avais pas assez de stock pour le remplir, explique Ève Côté. J’ai demandé à Marie-Lyne de m’aider et, finalement, on a fini avec 40 minutes de duo.»

Les deux complices sont de la même cuvée de l’École nationale de l’humour et se sont liées d’amitié rapidement, malgré une brève hésitation de la moitié brune du duo.

«Au début, Ève n’était pas certaine de rester à l’École, elle venait de quitter une formation en technique policière. Mais quand elle a senti que l’humour, c’était sa place, on est devenues des grandes chums, relate Marie-Lyne Joncas. Ça s’est passé vite. Je lui ai coupé le toupet de travers, pis la même soirée, on a comparé nos seins.»

«Ça a vraiment été le scellant de notre amitié», blague Ève Côté.

«Et après, on s’est dit qu’on allait se mettre riches avec notre duo. On est à cinq minutes de s’acheter un chalet», réplique Marie-Lyne Joncas.

Josie Desmarais/Métro

Merci internet
Les Grandes Crues doivent notamment leur succès à leurs capsules web intitulées Les conseils des crues, de courtes chroniques humoristiques portant sur des sujets variés. Elles insistent, par exemple, sur l’importance de ne pas commencer un 5 à 7 en buvant du vin rouge. Et venant de ces expertes de la coupe bien remplie, on ne peut qu’écouter.

Les deux humoristes ont profité de la notoriété de la page Facebook «Le courrier du cul», un autre format de vidéos humoristiques où Marie-Lyne Joncas et le comédien Sacha Bourque répondent aux questions sexu de leurs abonnés, pour faire connaître leurs capsules. Un pari qui a mieux fonctionné que prévu.

«On ne s’attendait pas à ce qu’il y ait 500 000 vues en deux jours», confie Ève Côté. Cinq cent mille vues (et puis 600 000, et ensuite 925 000) qui ont vite fait comprendre aux jeunes femmes que le contenu disponible sur l’internet est un mode de promotion plus viable (et, surtout, moins coûteux) que la publicité traditionnelle.

«C’est la chose à faire. On vend nos billets partout au Québec. Quand on arrive sur scène, c’est comme si on était les Backstreet Boys!» s’exclame Marie-Lyne Joncas.

«C’est une heure et demie d’abandon. Pas de censure, pas de stress.» – Ève Côté, à propos du spectacle Su’l gros vin

Après avoir passé les deux dernières années sur la route à peaufiner leur matériel, les complices présentent Su’l gros vin en formule 5 à 7. La première médiatique aura lieu mercredi prochain au Club Soda. «On a travaillé beaucoup la mise en scène ces derniers mois avec Danielle Fichaud, ça va bien. On est prêtes», affirme Ève Côté.

«Brainstormés autour d’un petit verre de vin», les textes sont signés par les deux comédiennes et Antoine Desjardins-Cauchon (Conseils de famille, Jonathan Roberge, Lise Dion), qu’elles ont rencontré à l’École.

Sur scène, les deux femmes sont seules, assises sur des tabourets placés autour d’une table haute. Une mise en scène chaleureuse qui invite aux discussions, aux confidences et, alors que l’alcool coule à flots dans les verres du public, aux blagues de plus en plus poussées, mais jamais vulgaires.

«Le vin délie les langues, rappelle Marie-Lyne Joncas. Tout peut paraître vulgaire quand tu sors ça de même, tout dépend du contexte, de comment c’est amené.»

«On ne se le cachera pas, on a tous un côté voyeur. Et là, t’as une fenêtre ouverte sur ce que c’est, un 5 à 7 entre femmes, explique Ève Côté. On parle plus cru, plus gras, et c’est le fun, parce que les filles se reconnaissent en nous et les gars ont l’impression de savoir enfin ce qu’il se passe.»

Une nouvelle ère
Plus que jamais, la relève de l’humour s’impose rapidement et un peu partout au Québec et laisse la place aux jeunes femmes.
«C’est beaucoup à cause du web, relève Marie-Lyne Joncas. On a des créateurs qui n’attendent pas l’argent. On crée du contenu rapidement, constamment, et c’est ce que les jeunes aiment.»

«Si tu penses vraiment que tu as quelque chose, go, auditionne pour l’École, encourage Ève Côté. Il n’y a aucune barrière, surtout pas de sexe, en 2018. Tu es drôle ou pas.»

Et pour cette nouvelle ère, on leur souhaite quoi, aux Grandes Crues? «Peut-être gagner un Olivier?» lance Marie-Lyne Joncas, alors que sa complice répond en même temps : «On serait dues pour un trophée.»