Culture

D'une fêlure à l'autre

Tourné en 21 jours, sans subvention, avec une équipe technique qui a été longue à se mettre en place, le premier long métrage de Stéphane Géhami, En plein cÅ“ur, a pris du temps à être réaliser. Ça aura valu la peine d’attendre, puisque ce film à petit budget se retrouve en compétition officielle au Festival des films du monde (FFM), au grand bonheur de tous les artisans qui ont cru au projet.

Produit, réalisé et écrit (coécrit avec Héloïse Masse) par Stéphane Géhami, ce film coup-de-poing est son Å“uvre, sortie tout droit de ses tripes. «Il fallait que ça se fasse. J’aurais été trop malheureux sinon, raconte Stéphane Géhami. C’était rendu une obsession, je ne pensais qu’à ça.» Sans attendre plus longtemps après les subventions, il a tenté le tout pour le tout. Il a vendu son condo et ainsi, avec les 150 000 $ amassés, ils ont pu commencer le tournage du film.

Malgré le manque de ressources, Géhami a réussi à s’entourer d’une belle brochette de comédiens. Julie Deslauriers, Bénédicte Décary, Pierre Rivard, Patrice Godin, Dino Tavarone et le jeune Keven Noël, qu’on peut voir pour la première fois à l’écran, font partie de la
distribution d’En plein cÅ“ur.

«Il fallait absolument compléter cette histoire-là, qui m’a énormément touché dès la lecture du
scénario. C’est pourquoi je voulais le faire à tout prix, peu importe la conditions financières dans lesquelles ça se ferait, a dit Pierre Rivard, l’interprète de Benoît. Ça a été une volonté commune de plonger dans l’histoire et d’en faire quelque chose de bien au final.»

Le film raconte l’histoire de Benoît (Pierre Rivard), un grand gars de 32 ans, et Jimi (Keven Noël), un petit homme de 14 ans. Deux écorchés qui cherchent à être aimés. Leur relation repose sur leur partenariat; ensemble, ils volent des voitures pour les revendre. C’est leur gagne-pain et leur lieu de rencontre. Jimi se cherche un père, et Benoît se cherche un fils. Pourtant, leur relation n’a rien de paternaliste. Benoît se cherche et cherche l’amour. Il essaie d’oublier Anne-Marie (Bénédicte Décary) dans les bras de Sylvie (Julie Deslauriers).

Un film, une réalité

C’est dans le quartier populaire d’Hochelaga-Maisonneuve que se déroule le film. Un quartier que l’on a peint en gris pour faire ressortir le côté brisé de certains de ses habitants.

Caméra à l’épaule, le quartier industriel, avec ses ruelles sombres, fait un paysage idéal au film. Et pour arriver à rendre l’ambiance encore plus fidèlement, le réalisateur a voulu éviter les conventions d’acteurs classiques.

«Il a fallu que je casse les comédiens pour avoir ce que je voulais. Je ne voulais pas de jeu théâtral ou classi­que, je voulais un jeu vrai.»

Ce désir de réalisme a beaucoup joué dans le choix des comédiens. «Je ne voulais pas que la différence d’âge entre Jimi et Benoît soit mise à l’avant-plan. Les comédiens qui ont auditionné pour le rôle de Benoît jouaient beaucoup là-dessus. Mais Pierre Rivard est arrivé en plein dans le mille, avec le bon ton et la bonne attitude. Il a Ben en lui, et c’est pour ça que je l’ai choisi.»

Pour trouver Jimi, le processus a été différent. Géhami est parti à sa recherche, en parcourant, à pied ou à vélo, différents quartiers de Montréal. «Un après-midi, alors que je me promenais dans Ville-Émard, il y avait une gang de ti-culs et j’ai vu Keven qui se battait», explique-t-il.

Pour ce rôle, il n’était pas question, pour le réali­sateur, d’aller chercher un jeune comédien ou quelqu’un qui ne connaît pas ce genre de milieu. C’est pourquoi Keven, le jeune comédien qui incarne le personnage, est issu du même genre de milieu que le personnage, un milieu où la vie se déroule à coups de poing et à coup de gueule. «Je voulais quelqu’un qui avait cette fragilité-là, quelqu’un qui se cherchait un père», confie Géhami.

En plein cœur
En salle dès le 5 septembre

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