Tout ça m’assassine, c’est trois courtes pièces sur la liberté, le rêve collectif, la désillusion d’un peuple et la mobilisation. Tout ça dans une mise en scène signée Dominic Champagne.
Les trois courtes pièces, issues de la plume de Dominic Champagne, de Patrice Desbiens et de Pierre Lefebvre, avaient été jouées pour la première fois l’automne dernier. Le collectif fait un retour aujourd’hui à la Place des Arts, après une reprise à guichets fermés au printemps dernier. «C’est une petite bombe, affirme sans hésiter Dominic Champagne, qu’on connaît entre autres pour son engagement contre l’exploitation des gaz de schiste. Pour moi, il y avait un grand souci de faire une prise de parole plus politique. Mais c’est aussi plein de cœur et d’esprit.»
Et c’est surtout un show d’acteurs, s’empresse de préciser le metteur en scène, qui a notamment signé la mise en scène du spectacle du Cirque du Soleil à Las Vegas inspirée de l’œuvre des Beatles, Love. Difficile de le contredire, quand on sait qu’Alexis Martin, Normand D’Amour, Sylvain Marcel et Mario Saint-Amand se partageront la scène. «Alexis Martin nous fait une leçon d’économie d’un cassé, pleine d’humour et d’esprit. Mario St-Amand et Normand D’Amour s’en vont à pied, comme deux clochards célestes, assister aux funérailles de René Lévesque et font la marche funèbre de cette quête de liberté. Et Sylvain Marcel incarne ce poète alcoolique dans un bar de Sudbury en Ontario, habité par sa muse, Julie Castonguay.» Prometteur, en effet.
Cela part avant tout d’une indignation, affirme l’auteur et metteur en scène. Une indignation par rapport à la gestion de nos ressources naturelles, à la gestion de notre économie. Mais plus globalement : «Comment se fait-il qu’on se soit laissé déposséder de nos rêves collectifs? se demande l’artiste engagé. Comment ça se fait qu’on ne croie plus que très difficilement en notre capacité, ensemble, à changer le monde?
Champagne voit donc ce collectif comme un outil pour affirmer un esprit de résistance. Un esprit de résistance qui pourrait prendre un deuxième sens, cet automne, à la lumière des événements qui ont marqué notre printemps érable. «La rue nous a parlé, notre jeunesse nous a parlé. Et c’est comme si on avait retrouvé le goût du dialogue dans l’agora.» Mais le créateur rappelle que, même si de belles victoires ont été arrachées, le combat social reste beaucoup plus vaste. «Le débat est à poursuivre. Et je pense que Tout ça m’assassine, c’est une façon d’aller nourrir ce débat et de rencontrer une humanité.»
Pas question, donc, de modifier quoi que ce soit à la version originale de la pièce. La seule chose qui ait changé ? C’est Normand D’Amour, qui remplace Antoine Bertrand, puisque ce dernier est occupé à jouer les hommes forts pour le tournage du film sur la vie de Louis Cyr. «Je n’ai pas voulu changer le spectacle, parce que les gens auraient pu penser : ah tiens, il s’est adapté à la réalité, alors que le show participe à cette réalité.»
Un rendez-vous avec la liberté qu’est toujours d’actualité.
Casser le théâtre
Deux musiciens accompagneront les comédiens sur scène tout au long de la pièce. Dominic Champagne voulait de la sorte donner un support dynamique à son spectacle. «Ce n’est pas un show de cabaret, mais il y a de la musique live. C’est un support assez raffiné.»
Les musiciens assurent donc un rôle assez important dans le spectacle. «Souvent, dans mes shows, j’essaie de donner une dimension un peu showtime. Pour que ce ne soit pas juste confiné à du théâtre “théâtre”.» Le dramaturge avoue même que cet forme d’art perçu comme élitiste peut parfois l’ennuyer. «Quand c’est bon, c’est ce qu’il y a de mieux, mais des fois, je me sens pris en otage dans une salle de théâtre. Alors, j’essaie d’éviter ça dans mes shows.»
Tout ça m’assassine
À la Cinquième salle de la PdA
Jusqu’au 13 octobre
