Culture

Agathe Cléry, comédie noire

Anthony Kavanagh peut lancer un soupir de soulagement. Dans Agathe Cléry, il a obtenu son premier rôle au cinéma.

«Ça fait 18 ans que j’attendais ça, confie-t-il. Je ne dis pas qu’on ne m’a pas offert de rôle. C’était souvent des rôles de Noir de service : « Tu vas être l’Africain, le proxénète, tu as une boîte de musique, ta femme est grosse, tu as plein d’enfants, tu voles quelque chose. » En France, si ce n’est pas écrit Noir dans un scénario, on ne pense pas à toi. C’est encore une forme de racisme.»

Le racisme est justement le nÅ“ud comique du nouveau film d’Étienne Cha­tiliez (Tatie Danielle, Tanguy), dans lequel une femme blanche (incarnée par Valérie Lemercier) qui n’aime pas les gens des autres races voit sa peau foncir après avoir contracté la maladie d’Addison!

Du coup, elle n’a pas le choix de réorienter sa carrière, jusqu’au moment où son cÅ“ur commence à battre pour Quentin (Kava­nagh), un homme dont la compagnie n’emploie au­cune personne blanche…

Même si le cinéaste est réputé pour son sens inné du détail, le comique québécois, qui a passé cinq auditions et perdu 20 livres pour interpréter ce personnage, salive de joie en se rappelant sa collaboration avec la comédienne française, Valérie Lemercier.

«C’était ma première scène : celle du baiser, se souvient-il. On ne se connaissait pas beaucoup, mais on a passé trois jours à s’embrasser sur le pont. À chaque scène, je lui disais toutes sortes d’atrocités dans les oreilles! »

Valérie Lemercier se remémore cette rencontre avec plaisir. «C’était très émouvant de voir un acteur naître, dit-elle. On s’est beaucoup amusés, ne serait-ce que parce qu’on était parfois gênés par les situations. C’est quand même une histoire d’amour. Je n’avais jamais tourné ça, lui non plus. On devait s’embrasser et il me dit : « Je ne sais pas comment faire. » Je lui dis : « Mais tu es obligé, tu es payé pour ça. » C’était mignon. Je lui disais d’aller se démaquiller le soir et non, il n’y avait rien à enlever!»

Juste pour rire
Tout le contraire de son Agathe Cléry, dont les séances de démaquillage pouvaient durer plusieurs heures. La cerise sur le sundae pour ce long et éprouvant tournage de six mois qui nécessitait des séances de danse et de chant. Mais il s’agit d’une comédie, le genre qu’affectionne particulièrement la protagoniste, qui est également réalisatrice et humoriste à ses heures.

«C’est mon rôle d’amuser, d’alléger, assure Valérie Lemer­cier. Je pense que je serais capable de faire autre chose, mais ça ne m’intéresse plus.»

Elle préfère dépenser ses énergies afin de dilater la rate d’autrui, caricaturant même Michael Jackson au passage. Une séquence qui prend un nouveau sens depuis le décès du roi de la pop.  

«C’est drôle, à un moment, Étienne a pensé appeler ce film Micheline Jackson, se souvient celle qui a remporté des Césars pour Les visiteurs et Fauteuils d’orchestre. Évidemment, avec cette nouvelle, ce sera forcément perçu différemment, com­me un hommage ou quelque chose comme ça.»

Agathe Cléry
En salle dès aujourd’hui

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