Culture

Guns N' Roses au Centre Bell: Le pardon accordé

Marc-André Lemieux - Métro

Si on compare la soirée d’hier à celle du 8 août 1992, on peut d’ores et déjà parler de réussite.

Contrairement à son précédent passage à Montréal, Axl Rose n’a pas piqué de crise, est demeuré sur scène pendant plus de 45 minutes et surtout, n’a pas provoqué d’émeute. Le Centre Bell n’a pas été pillé par l’armée romaine et ce matin, les marchands de la rue Sainte-Catherine ne s’affairent pas à ramasser ce qu’il reste de leur vitrine.

Certains fans en veulent encore à Axl Rose pour les violents débordements du Stade olympique. Ceux-là peuvent lui reprocher de ne pas avoir profiter de son retour dans la métropole pour leur offrir ses excuses, mais ils ne peuvent l’accuser d’apathie, car pendant deux heures et demi, le charismatique chanteur s’est donné corps et âme pour leur faire plaisir. Et à en juger par le sourire de contentement que la plupart d’entre eux affichaient à leur sortie de l’amphithéâtre à 1 h du matin, le pardon avait été accordé.

Souvenirs retrouvés
C’est avec Chinese Democracy, la pièce-titre de leur dernier album, que les gars de Guns N’ Roses ont sonné l’alarme, à 22 h 30. On a craint le pire lorsqu’Axl s’est éclipsé en coulisses après le refrain. On a poussé un soupir de soulagement lorsqu’il est réapparu, quelques mesures de guitare plus tard. M. Rose a répété ce petit manège à plusieurs reprises au cours du spectacle.

Parfois, il revenait avec de nouveaux vêtements et accessoires (fort heureusement, le petit chapeau noir et les lunettes fumées du début ont vite laisser place à un simple foulard rouge enroulé autour de la tête), mais la plupart du temps, il refaisait surface avec le même attirail… ce qui rendait ses disparitions momentanées d’autant plus étranges.

Si Axl s’est montré peu convaincant pendant les premières minutes du concert, il a su rallier les 12 000 spectateurs à sa cause avec Welcome to the Jungle, jouée en deuxième. À elle seule, l’ouverture de la chanson a eu l’effet d’une bombe, tant sur la foule que sur le chanteur, dont le niveau d’énergie est monté d’un cran. En un clin d’Å“il, tout y était : le hard rock qui décoiffe, l’ambiance survoltée et cette voix, à la fois stridente, rauque et nasillarde, reconnaissable parmi des milliers, qui résonnait dans les haut-parleurs. Force est d’admettre que le gosier du leader a passé le test du live, particulièrement pendant Sweet Child of Mine et You Could be Mine, deux pièces qui ont reçu des applaudissements nourris de la foule.

Les effets pyrotechniques ont aussi contribué au succès de l’entreprise. Les fontaines d’étincelles n’apportent peut-être rien de nouveau, mais elles créaient un magnifique tableau pendant November Rain. Ça sentait la boucane et on aimait ça! Les cascades d’explosions en tout genre nous ont peut-être divertis à quelques occasions, mais elles n’ont pu nous faire oublier l’absence de plusieurs poids lourds au sein de la formation.

On s’ennuyait souvent de la virtuosité de Slash et de la désinvolture punk de Duff McKagan (qui forment aujourd’hui Velvet Revolver). Car à l’exception d’Axl Rose et – dans une certaine mesure – du claviériste Dizzy Reed (membre actif depuis 1990), le Guns N’ Roses de 2010 ressemble très peu à celui de 1985. Le visage du band qui nous a pondu Patience diffère énormément du collectif qui se range derrière les titres plutôt moyens de Chinese Democracy, un album qui a pris plus de 16 ans à naître.

C’est donc sans surprise qu’hier soir, les morceaux tirés de ce dernier opus ont reçu un accueil plus timide que ceux extraits des classiques Appetite for Destruction et Use Your Illusion I et II. Street of Dreams compte parmi ces pièces qui ont suscité l’indifférence générale, tout comme les séances de jam improvisées entre les numéros et les solos obligés des musiciens.

Heureusement, ces passages à vide étaient la plupart du temps suivis de moments plus inspirés, comme une Paradise City survoltée (au cours de laquelle Rose s’est enveloppé du fleurdelysé) et une Knockin’ on Heaven’s Door chantée en chÅ“ur avec l’audience. 

Des excuses
Les Montréalais ont eu droit à des excuses, mais pas nécessairement celles auxquelles ils s’attendaient. Avant d’entonner la ballade This I Love, Axl a senti le besoin d’expliquer sa piètre performance aux MTV Video Music Awards de 2002. «Les gardiens de sécurité refusaient de me laisser passer, a-t-il raconté. J’ai dû courir et une fois rendu sur scène, j’étais à bout de souffle. J’avais l’impression qu’on m’avait frappé dans le ventre avec un bâton de baseball!»

Refusant vraisemblablement d’admettre sa part de responsabilité dans les incidents de 1992, le chanteur de 47 ans a toutefois reconnu être déjà passé par la métropole québécoise en déclarant, avant d’entonner Sorry (une coïncidence?) : «Je crois reconnaître certains d’entre vous!»

Plus tard au cours de la soirée, il remerciait ses fans pour «leur soutien», quelques secondes après les avoir traités d’«enfoirés qui aiment foutre le bordel» («fuckers who like to tear the shit out of things»).

On va prendre ça comme un compliment.

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