Culture

Le documentaire «Avenue Zéro» explore la problématique du trafic humain

Geneviève Vézina-Montplaisir

Selon le ministère de la Justice du Canada, la traite de personnes est une forme moderne d’esclavage. Elle suppose le recrutement, le transport et l’hébergement des personnes à des fins d’exploitation, généralement d’exploitation sexuel­le ou de travaux forcés. Si vous pensez que de telles pratiques n’ont pas cours dans notre beau et grand pays, détrompez-vous!  La traite de personnes existe au Canada, et la réalisatrice Hélène Choquette en fait état pour la première fois dans un documentaire intitulé Avenue Zéro.

Pas facile par contre de filmer les acteurs d’un phénomène aussi insidieux et invisible. Mais celle qui a réalisé les documentaires Marché Jean-Talon, Les réfugiés de la planète bleue – pour lequel elle a reçu le prix Gémeaux de la Meilleure recherche – et Bonnes à tout faire a réussi à recueillir des témoignages quasi impossibles à obtenir.  «Les gens qui ont vu le film ont été étonnés de ce que j’ai pu aller chercher, souligne Hélène Choquette. Quand tu connais ce milieu-là, tu sais très bien qu’avoir des témoignages comme ceux que j’ai pu obtenir, c’est unique.»

Avenue Zéro s’ouvre donc sur une séquence où on voit une an­cienne trafiquante d’êtres humains se confier sur son ancien boulot consistant à faire passer la frontière à des immigrants illégaux au Canada, moyennant une coquette somme. La réalisatrice a aussi recueilli les propos de deux victimes canadiennes de la traite de personnes.

La première s’est retrouvée enfermée dans une maison de passe de Seattle pendant des mois, alors que l’autre, une jeune Amérin­dienne, s’est vue forcée de faire le trottoir et s’est échappée de la ferme de Robert Pickton. «Cette femme autochtone a survécu à cette expérience et elle aide maintenant les filles sur la rue. On peut se remettre de la traite de personnes, assure la réalisatrice. Pour ce qui est de l’autre, par contre, je ne sais pas si elle s’en est sortie. Quand j’ai tourné, je ne voulais pas né­cessairement qu’elle fume du crack devant la caméra, mais elle en avait besoin.»

Avenue Zéro nous ouvre aussi les portes closes des salons de massage asiatiques et nous montre la réalité de jeunes Honduriens illégaux embrigadés pour la vente de la drogue. Mais le documentaire nous montre aussi que la traite de personnes se pratique dans les rues montréalaises, témoignages de victimes et des forces de l’ordre à l’appui. Depuis qu’un amendement apporté au Code criminel canadien en 2007, les adolescentes exploitées à des fins sexuelles par des membres de gangs de rue peuvent être considérées comme des victimes de la traite de personnes.

Difficile d’intervenir
Mais que fait le gouvernement canadien pour con­trer les trafiquants? Le gouvernement a ou­vert en 2008 un bureau à Ottawa pour lutter contre la traite de personnes, mais comme le montre Avenue Zéro, les démarches sont ardues avant que les cou­pables ne se retrouvent derrière les barreaux. «La GRC a probablement le mandat le plus difficile, explique la cinéaste, qui a voulu mettre sur la même tribune les victimes, les policiers et les ONG qui s’occupent des victimes de la traite de personnes. On demande à ces enquêteurs d’incriminer des trafiquants. Ceux-ci les trouvent, mais ils n’arrivent pas toujours à amener les victimes à parler, à assurer leur sécurité et à rassembler des preuves qui soient assez solides.»

C’est que les victimes sont souvent des immigrants illégaux ou ayant un statut précaire qui préfèrent se taire plutôt que de prendre la chance de se faire rapatrier dans leur pays d’origine. Hélène Choquette espère que les témoignages de son film pourront sensibiliser certaines jeunes femmes, mais elle souhaite avant tout faire connaître aux Canadiens un phénomène répandu, mais mal connu.  

Avenue Zéro
Présentement en salle

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