Culture

Charlotte Gainsbourg: IRM, Antéchrist, etcetera…

Elle nous a choyés avec ses présences au grand écran tout en nous faisant languir pour sa musique. Mais voilà, l’attente est terminée: Charlotte Gainsbourg nous arrive avec un troisième album, réalisé par – et en collaboration avec – Beck, sur étiquette Because Music: IRM.

Il est environ 16 heures, heure de Paris. Au bout du fil, après
quelques semaines d’un chassé-croisé plutôt épique pour causes
d’horaire démentiel, il y a Charlotte Gainsbourg.

Évidemment, ce qui fait toutes les manchettes, c’est le fait qu’elle
a collaboré avec Beck pour cet album. Est-il besoin de répéter que le
père de Beck avait déjà collaboré à l’album précédent, 5:55,
sur lequel il avait arrangé les cordes, et que déjà, à ce moment-là, on
avait tenté d’impliquer Beck dans le projet, mais qu’il n’était pas
disponible? Heureusement, cette fois-ci, son horaire s’y prêtait, et il
était intéressé. Alors ils s’y sont mis, et quand on écoute le
résultat, leur complicité ne fait aucun doute.

Bien sûr, comme nous sommes au Québec, difficile de passer à côté du fait qu’il y a une pièce de Ferland sur l’album, Le chat du café des artistes. Comment cette pièce est-elle arrivée dans le décor?
C.G.:
«C’est lui! Moi je connaissais pas du tout.
C’était lors de la deuxième séance de travail. On était déjà bien
embarqué dans le projet et il m’a fait écouter ce titre, que j’ai
trouvé hallucinant. Je ne pense pas qu’il comprenait les paroles, donc
je lui ai traduit. Et je me suis dis: C’est quand même pas évident à
chanter, c’était un texte assez lourd quand même, avec beaucoup
d’ironie. Et l’ironie, elle passait aussi de la manière dont c’était
traité dans l’original. Avec les voix des chÅ“urs d’enfants et sa voix à
lui. Je me suis posée la question: Est-ce que j’allais… Est-ce qu’on
allait le tenter ou pas? Voilà! Ce morceau ne me quittait pas. C’est un
morceau qui hante vraiment.»

Il faut dire que je connaissais bien la version de Ferland, et que
je me demandais comment Charlotte était pour la faire sienne. Le
résultat est impressionnant!
C.G.:
«Je pense qu’on a gardé la même
orchestration, hein? C’était déjà étonnant. C’est pour ça que ça m’a
tellement hanté quand il m’a fait écouter, et que j’ai pu repartir
avec. Je ne m’en détachais pas du tout. Il y a un côté, on dirait un
film de James Bond mélangé à… Je ne sais pas… Les violons avec la
guitare électrique à la fin. Tout était déjà là.»

Et effectivement, on se souviendra qu’au fil de sa musique, Ferland
a pris un virage plus électrique, plus rock, plus expérimental. Et
voilà que Charlotte en fait quelque chose dans la lignée de l’original,
mais tout de même très différent.
C.G.:
«Ben, génial. Ça, ça fait partie des choses
que Beck m’a fait découvrir. C’est quand même un comble, étant la
Française!» (rires)

Pour moi, Ferland, dans la pièce, je l’ai toujours perçu comme narrateur, tandis que vous, je vous y vois comme le chat…
C.G.:
«Ah, bien moi, c’est comme ça que je me suis crue!»

Avec IRM, ceux qui s’attendaient à quelque chose d’identique à 5:55
en seront quitte pour une surprise. Évidemment, il y a toujours des
affinités puisqu’il s’agit de la même interprète, mais en même temps,
sa complicité avec Beck lui a fait explorer de nouvelles directions, de
nouvelles sonorités. Du coup, ça me donne ma prochaine question: Est-ce
que c’est important pour vous de surprendre, de changer de registre?
C.G.:
«Oui, mais c’est pas pour surprendre les gens. C’est pour me surprendre moi-même aussi.»

Un peu comme une actrice qui veut pas jouer toujours le même rôle?
C.G.:
«Exactement, c’est exactement ça. Donc, c’est
pareil. Enfin, j’essaie de faire pareil avec les films, d’aller vers
des choix qui ne sont pas forcément évidents. Et en même temps, c’est
toujours pas évident d’aller vers des choses un peu nouvelles, que l’on
n’a pas déjà faites, quoi. Mais c’est avant tout pour me surprendre,
moi, pour m’amuser aussi!»

C’est un métier qui est quand même exigeant. Donc, on aime y prendre plaisir.
C.G.: «On ne se rend pas compte de l’exigence avant
de se mettre dedans. On a pas idée. Enfin, moi je sais que j’ai pas
vraiment idée de ce que ça veut dire la promotion d’un disque, combien
de temps ça prend, l’ampleur des choses…»

Vous l’aviez quand même perçu à l’époque avec votre père même si vous étiez très je
une, non?C.G.: «Non. Avec mon père, non. C’était plus avec
Air, sur le dernier album. J’ai vu. En plus, avec mon père, c’était une
autre époque. On ne faisait pas la promo des albums comme aujourd’hui.
Ah non, il n’y avait pas ce côté. On va à travers le monde entier, et
en plus, il faut faire de la scène. Enfin… C’est beaucoup. Aujourd’hui,
c’est beaucoup.»

C’est devenu beaucoup plus une industrie, en fait, qu’à l’époque de votre père.
C.G.: «Oui, ya un côté plus calculé, c’est plus
calculé. Mais, bon, moi je reste encore naïve par rapport à ça. Donc,
tout me va bien!»

Ça doit tout de même être dur de garder le fil, à un moment donné!
C.G.: «Mais, c’est bien en fait de pouvoir sauter
d’une chose à une autre. C’est génial parce que l’on ne se lasse
jamais. On a des aspirations différentes, ce sont des ambiances
différentes. Ça aère beaucoup la tête.»

Oui, j’imagine. Remarquez que j’ai à l’esprit le moment où vous sortez du tournage d’Antéchrist. Je peux voir que l’on a besoin de s’aérer la tête!
C.G.: «Oui!» (rires)

Ce n’est quand même pas évident…
C.G.: «C’est vrai que je suis pas sortie totalement
indemne du tournage, bien que moi je l’aie vécu comme quelque chose de
très très excitant, très intense, mais dans le bon sens. Toujours est
t-il que je ça ne m’a pas trop quitté. C’était assez abstrait parce que
je ne savais pas réellement ce que j’avais fait, comme sur tous les
tournages. Mais sur celui-là, j’avais une impression de tellement me
livrer. Il n’y avait pas de béquille. C’était à Lars de faire ce qu’il
voulait, avec le matériel qu’il avait, et donc à moi de lui faire
confiance, ce que j’avais fait depuis le début. Mais on a quand même
une petite angoisse à l’arrivée, quand on ne sait pas ce que ça va
donner.»

J’imagine que ce fut rassurant par rapport au résultat final de recevoir le prix de la meilleure actrice à Cannes!
C.G.: «Ah, oui, c’a m’a fait très plaisir.
Vraiment, vraiment… Je ne m’y attendais pas. C’était génial d »être mis
en valeur comme ça, pour ce film-là.»

Oui, pour le boulot que ça impliquait et ce que vous avez donné à ce film-là.
C.G.: «Oui, c’était un vrai boulot. Mais j’ai
tellement aimé le faire. C’était pas du tout… On peut imaginer de la
souffrance, imaginer que se soit pas forcément évident. Mais je l’ai
fait avec énormément de volonté. Alors, bien sûr, on m’a souvent
demandé si Lars était commode, s’il manipulait, etc. J’ai adoré sa
manière de travailler. Être manipulée, évidement, mais j’étais
volontaire, quoi. J’en avais envie.»

C’est un peu ce à ça qu’on s’attend aussi quand on accepte de
travailler avec un réalisateur. On accepte aussi de devenir un peu sa
pâte à modeler. C’est son Å“uvre, en bout de ligne. Revenons-en à la
musique: il y a quelques semaines, vous étiez en répétition à L.A.,
avec les musiciens de Beck si je ne m’abuse.
C.G.:
«Oui.»

Comment est-ce que ça s’est passé?
C.G.: «C’était très bien. En fait, c’était la seule
manière pour moi d’envisager de faire de la scène; c’était de pouvoir
avoir l’approbation de Beck, son regard en tout cas. En fait, son
approbation, ce n’était pas l’intérêt, mais d’avoir son regard. Et
c’est lui qui a trouvé les musiciens, donc j’avais l’impression qu’il
me suivait encore. Pour ça, c’était génial de pouvoir envisager les
choses comme ça.»

Vous allez avoir combien de musiciens avec vous pour le spectacle?
C.G.: «On est cinq. Un batteur, le clavier, 2 guitares…après ça ils changent tous beaucoup….Attendez…»

Un bassiste, probablement.
C.G.:
«Oui! Deux guitares, une basse, la batterie le clavier, et un violon, en fait.»

Ah, oui! Effectivement, avec tous les arrangements de cordes que l’on retrouve sur IRM, sans oublier 5:55,
sans les cordes, il y aurait un problème. Est-ce que vous allez couvrir
le répertoire de vos trois albums? Ou même plus large encore?
C.G.:
«Non, le premier je ne peux pas. Parce que…
Je ne sais pas. Pour l’instant, on ne sait pas vraiment. Moi, je me
suis fait une liste, bien sûr, de choses que j’aimerais chanter, mais…
Il n’y a pratiquement que le dernier album, parce que c’est déjà de
maîtriser ces chansons-là, de faire des petits showcases. Je veux
commencer par étapes aussi. Je ne veux pas me mettre dans un concert de
2 heures. Je n’en suis pas capable. Je n’ai pas assez d’expérience. Je
vais le faire petit-à-petit, et après, si j’y prend goût – et j’espère
que j’y prendrai goût – ben reprendre des chansons du dernier. Le
premier, vraiment, j’ai l’impression que c’est une démo qui s’adresse à
la très très jeune fille que j’étais, donc, ça ne colle plus. Mais il y
a d’autres chansons de mon père que j’adorerais pouvoir faire.»

Ça serait bien ça aussi!
C.G.:
«J’aimerais bien, oui.»

Est-ce que vous avez l’intention de faire une véritable tournée, ou
plutôt vous installer en résidence dans une salle et y faire un certain
nombre de spectacle?
C.G.:
«Non, je pense que c’est plus une tournée parce que, je ne sais pas, j’ai plus envisagé ça que de m’installer quelque part.»

On ne s’en plaindra pas. Cela veut dire que l’on a des chances pour que la tournée passe par Montréal!
C.G.: (rires) «Oui! J’aimerais beaucoup!»

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