Culture
10:45 17 juin 2010 | mise à jour le: 17 juin 2010 à 10:45 temps de lecture: 4 minutes

Mon cher hip-hop, c'est à ton tour

C’est en voyant un vidéoclip de MRF que T-Mo, du groupe Taktika, a eu l’idée de monter un spec­tacle visant à souligner le 20e anniversaire du hip-hop au Québec. Le projet du rappeur de la vieille capitale prendra forme demain soir au Métropolis, où défilera une pléiade d’artistes ayant marqué le genre. Parmi eux, citons Loco Locass, Dubmatique, Muzion, Samian, SP et Manu Militari.

Selon T-Mo, de son vrai nom Frédéric Anger, le rap québécois a fait du chemin depuis ses débuts, en 1990. «On n’a qu’à regarder le nombre d’albums qui sortent chaque année, indique-t-il. Il y a 20 ans, la présence du hip-hop était nulle et puis boum! Ç’a explosé.» Aux dires de T-Mo, la plus grande réceptivité des médias, des festivals et des promoteurs a participé à la croissance du mouvement.

«Au départ, c’était une culture underground, et l’inconnu fait peur. Ça ne devait pas être évident, autant pour les maisons de disque que pour les journalistes, admet-il. Aujourd’hui, on est organisé. Les artistes sont entourés. C’est de plus en plus professionnel.» T-Mo croit que le hip-hop québécois se distingue de ses ascendants des États-Unis et de l’Europe. Outre l’accent joual, les textes contribuent à l’unicité du rap canadien-français. «On est beaucoup plus engagé que les Américains, opine le jeune homme de 30 ans. On est beaucoup moins « bling-bling ».»

En 2010, le hip-hop fait-il partie de la culture populaire au Québec? Aux yeux de T-Mo, la réponse est non, même si des artistes comme Loco Locass, Radio- Radio et Samian ont déjà été les invités de Guy A. Lepage à Tout le monde en parle. «Il y a 10 ans, on n’aurait jamais pu imaginer ça, concède-t-il. Mais il reste beaucoup de chemin à faire. C’est bien de voir que des groupes comme Dubmatique et Loco Locass ont réussi à percer le folklore québécois. Ça serait l’fun qu’il y en ait d’autres.»

Une scène rap plus solidaire qu’avant

Pour plusieurs, le rap est une question de territoire. On n’a qu’à regarder la scène hip-hop
américaine des années 1990 pour s’en rendre compte. À cette époque, une véritable guerre faisait rage entre l’est ou l’ouest des États-Unis. Un conflit dû en grande partie à la rivalité entre 2Pac et Notorious B.I.G. Les deux superstars ont d’ailleurs été assassinées dans la seconde moitié de cette décennie.

La belle province n’a jamais été le théâtre de tel­les hostilités entre rappeurs. Mais comme le souligne T-Mo, de Taktika, la scène rap québécoise a elle aussi été marquée par un esprit de compétition, particulièrement envers les nouveaux arrivants. «Quand t’es jeune dans le milieu, tu veux faire ta place. Il ne faut pas que tu aies peur de foncer, parce que sinon, tu te fais manger la laine sur le dos», affirme-t-il.

T-Mo souligne toutefois qu’au fil du temps, un esprit de solidarité est né entre les rappeurs d’ici. «Après avoir traversé les années 2000, on sait qu’il faut se serrer les coudes parce que si on se lâche, c’est fini», dit-il. Pour étayer sa thèse, T-Mo donne en exemple le vidéoclip de la chanson Désarmé jusqu’aux dents. Tourné dans le cadre d’une campagne de sensibilisation contre le suicide, le clip a réuni une cinquantaine d’artistes hip-hop du Québec. «Et pour le show des Francos, on n’a eu de misère à convaincre personne!» s’exclame-t-il. 

Les 20 ans du hip-hop québécois
Au Métropolis
Demain soir à 21 h

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