Il y a deux ans, Louis Morissette avait évité de se moquer des démêlés avec la justice de Guy Lafleur et de son fils dans le Bye Bye. Cette année, c’est Haïti qui figure sur la liste des sujets qui ne seront pas abordés au cours de la populaire émission, le 31 décembre prochain. «On a essayé d’en parler, mais on a vite laissé tomber : quand c’était drôle, c’était de mauvais goût, et quand c’était intelligent, c’était juste pas drôle, révèle Morissette. Les Haïtiens, ils ont eu – et ils continuent d’avoir – la vie tellement dure. C’est encore trop frais.» «À partir du moment où tu dis « Haïti » dans un sketch, il y a un malaise, poursuit Véronique Cloutier. Le but, ce n’est pas de choquer les gens. On ne veut pas gâcher leur jour de l’An!»
Le couple dit avoir appris quelques leçons du (très) controversé Bye Bye 2008, notamment en ce qui a trait à la nature du mandat qu’on lui confie, qui consiste à divertir le plus grand nombre de gens possible. «Faire une émission devant 1,5 million de personnes, c’est une chose; quand tu arrives devant quatre millions de personnes, c’est autre chose. Il faut être conscient que le public du Bye Bye est très large : il y a des jeunes, il y a des vieux, il y a des gens de Montréal et des gens de l’extérieur de Montréal, etc.» note Louis Morissette.
Contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre, Louis Morissette ne sent pas le regard de son diffuseur par-dessus son épaule. À en juger par ses paroles, tout baigne entre l’équipe du Bye Bye et Radio-Canada, qui ne semble pas craindre une autre tempête médiatique au point de réviser chaque sketch pondu par l’ex-Mec comique et son petit groupe d’auteurs. «Pour l’instant, ça se passe dans l’harmonie. Si ça n’allait pas bien, que la création était difficile, qu’il y avait des zones de conflit, qu’on ne s’entendait pas sur le contenu, peut-être qu’on remarquerait une présence. Mais ce n’est pas le cas. Ils sont là, ils sont au courant de tout, de chaque étape. Ils viennent sur le plateau, ils s’amusent avec nous et ils sont contents, souligne-t-il. C’est comme dans le sport : quand une équipe gagne, tout va bien, les joueurs sont bons… Mais quand une équipe se met à perdre, tout le monde est pourri, on veut échanger les joueurs, on remet en question les décisions du coach… On n’en est pas là.»
À vrai dire, le seul point de discorde entre la société d’État et le clan Cloutier-Morissette semble être lié à la façon de présenter le Bye Bye aux médias. Il y a deux semaines, Louise Lantagne, la directrice générale de la télévision de Radio-Canada, annonçait une émission à saveur «familiale», un terme qui a effrayé les amateurs d’humour caustique. «Je n’ai pas eu le mémo, je ne sais pas trop ce qu’elle a voulu dire… Elle voulait peut-être rassurer le public, avance Morissette. Ce que je comprends du mot « familial », c’est qu’il faut que ça soit rassembleur et festif. Si t’as un deuxième degré, précise-le. Et si tu grattes trop, ça risque de saigner.»
Joël Legendre affirme qu’il n’aura pas à attendre la réaction des téléspectateurs pour juger de la réussite du Bye Bye. «Pour moi, c’est un succès humain, dit-il. Tout ce qu’on a fait ensemble… On a eu vraiment du plaisir.»Pour leur part, Véro et Louis ne s’en cachent pas : le 2 janvier, ils aimeraient bien voir qu’une majorité de Québécois ont apprécié. «Cela dit, j’ai vraiment fait le deuil de l’unanimité, précise Morissette. Je sais que je vais lire des choses ben ben ben méchantes sur l’internet.»
Devant public
Véro, Louis et toute la gang du Bye Bye seront sur leur trente-six mardi puisqu’ils tourneront le fameux décompte du Nouvel An devant public. Le compte à rebours ne sera pas la seule partie du Bye Bye 2010 à être enregistrée devant un auditoire. On réservera le même traitement aux liens entre les différents numéros. Les acteurs profiteront de ces segments pour mettre les téléspectateurs en contexte. «Je ne veux pas que les gens commencent le sketch en se demandant : « De quoi ils parlent? Qu’est-ce qu’ils font? »» indique Louis Morissette.
La formule, comme le souligne Véronique Cloutier, n’est pas sans rappeler les vieux Bye Bye mettant en vedette Dominique Michel : «Dans le temps, ils avaient un verre de champagne en main, trois danseurs en arrière-plan, pis ils disaient : « Il s’en est-tu passé des affaires cette année… » Ça va être comme ça, mais à notre façon!»
Bye Bye 2010
À Radio-Canada
Le 31 décembre à 23 h
En rediffusion le 1er janvier à 21 h