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Revisionner les mêmes œuvres, bien plus qu’un plaisir coupable

the office: dans les coulisses de Dunder Mifflin
«The Office» est une série populaire chez les adeptes de télé. Photo: Collaboration spéciale

Avec le prolongement des mesures sanitaires et les journées qui se font de plus en plus froides et grises, nous avons plus que jamais besoin de réconfort. Bonne nouvelle: revisionner des œuvres familières fait plus de bien que vous ne le pensiez.

Combien de fois avez-vous revu les comédies de situation Friends, Seinfeld ou The Office? À moins que vous préfériez revisiter des productions d’ici, comme La p’tite vie, Dans une galaxie près de chez vous ou Le cœur a ses raisons?

Souvent considéré comme un plaisir coupable, la pratique de revoir des œuvres qu’on affectionne comporte pourtant plusieurs bienfaits, confirme la spécialiste en culture populaire et en études culturelles, Stéfany Boisvert.

«Ça peut répondre à des besoins socioaffectifs, notamment celui de sécurité, en entrant en contact avec des univers familiers, avec des personnages et des lieux qui sont appréciés», avance la professeure à l’UQAM.

C’est d’ailleurs le constat de Sabine Garcia, cinéphile qui revisionne régulièrement les comédies The Office, The IT Crowd et Brooklyn 99 «pour le réconfort plus que pour toute autre raison».

Idem pour Éliane Brisebois, qui aime regarder dans le désordre des épisodes de Friends, How I Met Your Mother, The Office et Brooklyn 99: «C’est vraiment réconfortant de revoir les scènes et les personnages qu’on aime», dit-elle.

Lorsqu’on replonge dans nos œuvres préférées, «on peut s’imaginer ailleurs et se sentir bien», remarque quant à elle Geneviève, qui ne se lasse pas des films Titanic et Le fabuleux destin d’Amélie Poulain.

Comme une doudou

Si la pratique n’est pas nouvelle, elle semble s’être accentuée avec l’arrivée de la COVID-19 dans nos vies. Ce qui ne surprend pas Stéfany Boisvert. «La pandémie est un facteur qui peut tout à fait motiver un accroissement de ces pratiques de revisionnement», assure-t-elle.

«Lorsqu’on est confronté à des situations très angoissantes parce qu’elles nous apparaissent imprévisibles, c’est clair qu’il peut être rassurant de revisionner des récits qui sont prévisibles. Ça nous permet notamment de nous détendre», soutient-elle.

La professeure établit un parallèle entre le fait de revoir une œuvre qu’on affectionne et la doudou dont les enfants sont inséparables: les deux sont apaisants.

Regarder à nouveau des séries ou des films qui ont bercé notre jeunesse fait par ailleurs appel à notre fibre nostalgique, ce qui est bénéfique en situation de crise comme celle que nous traversons actuellement, soutient le psychologue Kévin Gaudreault.

«La nostalgie est de plus en plus vue comme une ressource en des moments d’adversité, face à des défis de vie, explique-t-il. C’est vraiment une réaction humaine normale. Ce n’est pas une maladie.»

«[Avec la pandémie] on a tous les ingrédients sur la table pour qu’une personne ressente de la nostalgie. C’est un moment où on a besoin de repères.» -Kévin Gaudreault, psychologue

C’est d’ailleurs par nostalgie que Marine se plait à revisionner les séries de son adolescence Skins et Gossip Girl ainsi que les films de la série Harry Potter. «J’ai grandi avec l’univers Potter», note-t-elle.

Geneviève souligne également que cette pratique lui permet de replonger dans certaines périodes de sa vie. «Je suis une grande nostalgique», admet-elle.

Selon M. Gaudreault, dont le doctorat porte sur l’effet de la nostalgie chez les personnes âgées, 80% de la population ressent de la nostalgie en moyenne de deux à trois fois par semaine.

L’automne, saison de la nostalgie

Fait intéressant, on a particulièrement tendance à être nostalgique à l’approche de la saison froide, souligne le psychologue. «C’est marqué dans le changement de saison.»

Peut-être est-ce pourquoi Geneviève regarderait de nouveau Gilmore Girls chaque automne «si ce n’était pas si long».

Les fêtes d’Halloween et de Noël amènent également de nombreux adeptes à revoir des classiques comme L’Étrange Noël de monsieur Jack, Love Actually et Le père Noël est une ordure.

La nostalgie suscite la plupart du temps des émotions agréables, soit «un mélange de chaleur, de fierté, de paix, de gratitude, de réconfort et de joie», précise Kévin Gaudreault.

Ainsi, trouver du réconfort dans certaines œuvres familières peut aider à traverser la pandémie, à condition de ne pas tomber dans l’évitement. «C’est bien quand c’est passager, et non que ça devient un mode de vie. Trop, c’est comme pas assez», poursuit-il.

La professeure Stéfany Boisvert évite de chiffrer ce qui serait un trop grand nombre d’heures de visionnement. «Ça varie énormément d’une personne à l’autre. Ça varie aussi selon nos besoins et nos motivations derrière notre écoute de séries télé. Moi, j’en regarde beaucoup, et je ne pense pas que ça crée d’impacts négatifs dans ma vie», dit-elle en riant.


La fatigue du choix

Une autre raison qui nous pousse à revisionner des œuvres qu’on connait par cœur est la surabondance de contenus disponibles. En raison de la concurrence que se livrent les plateformes numériques, les nouveautés pleuvent à la pelle, ce qui est souvent étourdissant pour le public qui ne sait plus où donner de la tête.

C’est ce qui s’appelle la «fatigue du choix» ou «choice fatigue» en anglais, explique la spécialiste en études culturelles Stéfany Boisvert. «Ça peut amener des gens à vouloir se rabattre sur des valeurs sûres plutôt que d’être confrontés constamment à de nouveaux choix», dit-elle.

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