Culture

Le jour J de Jessie J

Marc-André Lemieux - Métro

Jessie J éclate de rire. Un de ses amis vient de lui envoyer une photo d’elle parue dans un tabloïd. La chanteuse se retourne et nous montre le cliché sur son iPhone. Il va sans dire, l’image est peu flatteuse. Prise durant un spectacle, elle donne l’impression que la jeune Britannique de 23 ans a un double menton et une aversion pour les brosses à cheveux. «C’est plate parce que je m’étais vraiment forcée ce matin-là!» s’exclame-t-elle.

Mlle J a raison de prendre la chose avec humour, car par les temps qui courent, elle reçoit beaucoup plus de bonnes nouvelles que de mauvaises : un album (Who You Are) qui grimpe dans les palmarès, une chanson (Price Tag) qui ne cesse de tourner à la radio, des prix qui s’accumulent (elle a reçu le Critics Choice aux Brit Awards) et surtout, des articles élogieux dans la presse musicale. Des papiers aux titres hyperboliques comme La prochaine superstar ou encore La naissance d’une étoile.

«C’est mieux que de lire des trucs du genre Jessie J, le fiasco ambulant!» lance la principale intéressée quand on lui demande si ce type de manchettes lui met trop de pression sur les épaules.

Jessica Ellen Cornish n’a pas toujours profité d’un vent favorable. En 2007, deux après avoir signé une entente avec Gut Records, la jolie brunette voit ses rêves s’effondrer lorsque le label déclare faillite… deux semaines seulement avant la sortie de son premier CD. Jessie J frappe aux portes des maisons de disques de sa patrie, mais en vain.

«C’est comme si toutes les nouvelles chanteuses avaient décidé de sortir leur album en même temps : Adele, Duffy, Estelle, Amy [Winehouse]… Il n’y avait pas de place pour moi.»

Abattue mais déterminée à percer le marché, Jessie J s’envole alors pour les États-Unis, où elle décroche un contrat avec Sony et connaît le succès en tant qu’auteure-compositrice, écrivant au passage pour Miley Cyrus (Party in the U.S.A.) et Chris Brown (I Need This, qu’elle reprendra sur son propre album). En novembre 2010, elle donne le coup d’envoi de sa carrière solo en lançant le titre Do It Like a Dude. Et c’est le 12 avril dernier que le jour J est enfin arrivé : la parution de son opus.

L’artiste tire certaines leçons de cette expérience. «Au final, tu peux avoir tous les talents du monde et travailler d’arrache-pied, ce n’est pas un gage de succès, note-t-elle. Je connais plein de gens talentueux qui n’ont jamais eu la chance qu’ils méritent. J’ai bossé pendant 2 ans, 24 heures par jours, 7 jours par semaine, et ça s’est ramassé à la poubelle.»

Réalisé par Dr Luke (Katy Perry, Ke$ha), Who You Are met de l’avant la voix soul de Jessie J, qui s’épanche sur des rythmes pop et R’n’B. La star y livre un message positif qui, insiste-t-elle, se tient loin des «Je suis dans le club et je secoue mon derrière» qu’on a l’habitude d’entendre à la radio. «Plus jeune, j’étais obsédée par Whitney Houston, Mariah Carey, Lauryn Hill, TLC et les Spice Girls. Aujourd’hui, quand je rencontre des adolescentes qui me disent que je suis leur idole, je sais ce que ça signifie pour elles, soutient-elle. C’est pour ça que je m’efforce de donner un bon exemple : je ne bois pas, je ne fume pas et je fais attention à ce que je dis… même si ça m’arrive de dire des gros mots. Mais c’est correct : je suis humaine!»

Chanter dans le métro

Munie de son petit lecteur CD portatif, Jessie J a pris d’assaut le métro de New York l’automne dernier, poussant la note à quelques mètres des rails, entre deux téléphones publics. Alors inconnue, l’artiste a tout de même réussi à attirer une petite foule en interprétant ce qui, quelques mois plus tard, allait devenir un tube international, Price Tag. La scène se trouve aujourd’hui sur YouTube sous le titre Jessie J (Boombox Series).

«C’était à la fois intimidant, inconfortable, effrayant et excitant, se rappelle-t-elle. J’aime me mettre dans de pareilles situations. Parce que, dans la vraie vie, on n’a pas toujours le temps de répéter et de tout mettre en place avant de participer à une émission en direct, par exemple. Il y a des jours où mon vol est retardé, où mes valises sont introuvables, où j’ai seulement 20 minutes pour me préparer, où je n’ai pas de sous-vêtements… Ce sont des choses qui arrivent!»

Who You Are
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