Les manèges humains aborde sans détours, par le biais d’un faux documentaire, le thème délicat de l’excision.
Martin Laroche avait deux éléments en tête quand est venu le temps d’écrire son nouveau scénario : l’excision et les parcs d’attraction. Deux sujets pour le moins opposés, mais qui ont notamment comme point commun qu’ils n’ont pas souvent été exploités au cinéma. «L’excision, problématique qui m’a toujours marqué, explique le réalisateur. J’ai vraiment eu l’idée d’en traiter au cinéma quand j’ai lu la biographie de Ayaan Hirsi Ali [une femme politique d’origine somalienne militante contre l’excision, qu’elle a subie à l’âge de 5 ans]. D’avoir un personnage qui avait vécu l’excision, je trouvais ça très fort humainement, autant que c’est horrible.»
D’autre part, un cousin de Laroche, employé d’un parc d’attraction, avait retenu l’attention du cinéaste en lui proposant d’y tourner s’il avait un jour une idée de projet. «Je me suis dit que ça pouvait être vraiment weird, mais vraiment intéressant», dit-il en souriant.
Les manèges humains suit Sophie (Marie-Évelyne Lessard), étudiante en cinéma qui travaille pendant l’été dans un parc d’attraction et décide de tourner un documentaire sur celui-ci. Mais Sophie, née en Afrique, a un secret qu’elle ne se sent pas prête à révéler à ses collègues et amis : avant son arrivée au Québec, elle a été excisée. Et peu à peu, alors qu’elle encourage chacun à laisser tomber les barrières et à se livrer tel qu’il est devant sa caméra, elle commence à faire de même et son documentaire en devient un sur un sujet tout à fait différent.
Pour les besoins du scénario, Martin Laroche a décidé de filmer en caméra-vérité, confrontant directement le spectateur au documentaire de Sophie. «Ce que j’aimais de l’idée du faux documentaire, c’est ce que la caméra apporte à la psychologie de Sophie, cette espèce de force que ça lui donne», lance le réalisateur.
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Marie-Évelyne Lessard (19-2, Trauma), dont il s’agissait du premier long métrage, s’est donc retrouvée confrontée à une réalité de tournage toute particulière. «C’était une drôle de première expérience au cinéma, mais c’était génial, dit-elle. J’avais le directeur photo à côté de moi, j’étais collée sur lui et on bougeait ensemble, pour que toutes mes impulsions, mes intentions se ressentent dans la caméra, même si c’était un vrai directeur photo qui tenait la caméra.» Ce qui ne l’a pas arrêtée pour autant : «Dès la lecture, j’ai su que j’allais embarquer, assure-t-elle. Je trouvais ça audacieux. Des thèmes à caractère social, surtout vécus par des femmes, c’est important à défendre.»
Et c’est aussi l’idée qu’avait Martin Laroche. «Je me disais qu’il devait s’être fait des films de fiction déjà là-dessus, mais pas tellement, en fait; et encore moins d’un point de vue occidental, ici au Québec, dit-il. Mais ça existe ici aussi, et souvent ce sont des femmes qui vivent avec ce tabou, qui n’en parlent pas. Je n’ai pas fait ce film pour créer un débat, au sens où on est pour ou contre – je pense qu’il y a pas mal un consensus là-dessus – mais simplement pour en parler, pour que ça soit moins tabou.»
Les manèges humains
En salle dès vendredi
