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Culture

Les zombies à l'assaut des vampires

Phylicia Torrevillas - Métro Canada

Les sémillants vampires sont à la page, mais les zombies font leur chemin, cahin-caha, et pourraient sous peu déboulonner leurs rivaux du monde des morts-vivants de leur piédestal. Des «marches de zombies» organisées dans diverses villes du monde aux émissions de télévision, en passant par les jeux vidéo et les livres, la fascination qu’exercent les zombies se répand comme la peste.

«Les zombies ont le vent dans les voiles», estime le professeur d’études ciné­matographiques de l’Université de la Colombie-Britannique Ernest Mathijs, spécialiste de l’horreur. «Ils constituent une sorte d’ingrédient qu’on peut ajouter à n’importe quel produit culturel pour le différencier légèrement, dit-il. Cela permet, par exemple, de réaliser une parodie amusante de la culture contemporaine, et qui plus est, une parodie susceptible de plaire partout sur Terre.»

La figure du zombie apparaît dans la culture vaudou en Haïti. Le terme décrivait alors un esclave abruti ra­mené d’entre les morts par un bokor, ou sorcier. Sous sa forme moderne, le zombie a été popularisé – pour ensuite devenir un phénomène – en 1968 grâce au succès inattendu du film d’horreur à petit budget Night of the Living Dead (La nuit des morts-vivants), du réalisateur George Romero.

Gisele Baxter, du département d’Anglais de l’Université de la Colombie-Britannique, qui se spécialise dans la culture populaire et le mouvement gothique, ainsi que dans la fiction dystopique (contre-utopique) et postapocalyptique. Selon elle, Romero a repoussé les limites du genre de l’horreur. «Romero s’est démarqué en présentant une horreur, disons, quotidienne – qui n’a rien à voir avec les savants fous ou les menaces extérieures, mais qui est plutôt fondée sur les peurs oniriques (cauchemars), personnelles et primordiales», illustre-t-elle.

Les histoires de zombies plaisent parce que les gens sont aujourd’hui fascinés et alarmés par la possibilité de l’apocalypse, de l’annihilation du genre humain ou d’une pandémie virale, soutient Baxter. Les possibilités et les thèmes propres à ces récits retiennent aussi l’attention des réalisateurs parce qu’ils leur permettent d’explorer ce que les gens sont prêts à faire pour survivre dans un monde où n’existe qu’une alternative brutale : tuer ou être tué, déclare Baxter.

Par ailleurs, même les vivants sont «zombifiés» en ce moment, dit Mathijs. «Quand vous regardez la téléréalité Big Brother, vous voyez les participants, assis, abrutis… trébuchant sur tout. Pour moi, il s’agit tout bonnement d’un film de zombies, mais sans intrigue, affirme-t-il. Et je dis ça sans malveillance, parce que j’aime autant les films de zombies que Big Brother.»

Mathijs et Baxter sont en outre tous deux intéressés par l’émergence d’initiatives originales visant à intégrer les zombies à la culture populaire. À cet égard, le roman parodique Pride and Prejudice and Zombies (Orgueil et préjugés et zombies), qui sera adapté au cinéma, constitue une innovation récente. «Quand on parle de Pride and Prejudice, les zombies sont la dernière chose à laquelle on pense, déclare Baxter. La réunion de ces deux éléments, aux antipodes l’un de l’autre, a piqué la curiosité du public. Et cela a aussi suscité de nombreuses parodies du même ordre.»

Baxter ajoute que les zombies demeureront populaires aussi longtemps que les réalisateurs et les écrivains parviendront à surprendre les cinéphiles grâce aux morts-vivants amateurs de cervelle. «Et si ces récits vont trop loin, en donnant par exemple aux zombies un semblant de personnalité ou de profondeur, ils finiront probablement par ressembler à une variante d’histoires de vampires», conclut-il.

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