Culture

Valérie Donzelli: du côté de la vie

Jessica Émond-Ferrat - Métro

Un couple d’amou­­reux dont le bébé souffre d’un cancer au cer­veau : a priori, avec une telle prémisse, il semble impossible de tomber dans un autre registre que le larmoyant. Mais Valérie Don­zelli ne l’entendait pas de cette oreille quand elle a tour­né La guerre est décla­rée, film inspiré de sa propre expérience.

«On ne voulait pas s’apitoyer sur notre sort, on pré­férait être du côté de la vie et non dans l’angoisse de mort, explique-t-elle. On a joué sur différents re­gistres émotionnels, parfois drôle, parfois très émouvant, pour que le film ne devienne pas une prise d’otage du spectateur pour lui montrer notre douleur.»

Quand la réalisatrice et actrice française et son compagnon de l’époque, le comédien Jérémie Elkaïm, ont appris que leur fils de 18 mois était atteint d’un cancer du cerveau, l’idée qu’un jour, cette histoire puisse faire l’objet d’un film leur est venue tout naturellement, «comme pour s’accrocher à quelque chose de positif», croit la cinéaste. Mais une fois que l’enfant a été guéri et que les deux parents ont eu l’occasion de prendre du recul par rapport à la situation, l’idée a persisté. 

«J’ai fait un premier film, La reine des pommes, dans lequel Jérémie jouait, et déjà, j’avais le désir de retravailler avec lui, se souvient-elle. Je souhaitais faire un film très différent, qui soit un film d’action, une course…»

C’est la rencontre de Donzelli et d’Édouard Weil qui a enclenché pour de bon le processus : «Édouard m’a demandé : « Tu veux tourner quand? » J’ai dit : « En octobre. » On était en mai et le scénario n’était pas encore écrit… mais c’était le bon moment.»

Les deux ex-conjoints ont écrit le scénario ensemble, à partir de leur expérience, ce qui ne veut pas dire qu’il s’agisse d’une œuvre en­tièrement autobiographi­que, rappelle la réalisatrice. «Quand on fait un film, on a tous les tenants et les aboutissants de l’histoire; pas quand on la vit», dit-elle. Valérie Donzelli ne tenait pas particulièrement à jouer dans le film. «Ce n’est pas facile, quand on est réalisateur, de se mettre en scène dans un registre aussi dou­loureux et émotionnel, dit-elle. En même temps, j’ai toujours fait des films en jouant dedans, puisqu’au départ, j’étais actrice.»

Néanmoins, c’est la difficulté à déléguer ce rôle qui l’a convaincue qu’il était plus simple pour elle de
l’assumer. «J’avais peur que l’actrice qui serait choisie fasse de ce rôle une perfor­mance d’acteur, explique-t-elle. Pour moi, les acteurs doivent être au service du film. On n’a pas fait le film pour montrer à quel point on était bons acteurs, mais par désir de faire un film!» 

Roméo et Juliette

Les deux protagonistes joués par Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm dans La guerre est déclarée portent les noms des amants de Vérone, et ce n’est pas un hasard, assure la première. «On avait d’entrée de jeu décidé de raconter une histoire d’amour, que ce soit ça le film, explique-t-elle. Du coup, tout a été construit dans cette direction-là. Ce que j’aimerais que les gens retiennent du film, au final, c’est que chacun fait de sa vie ce qu’il veut.»

La guerre est déclarée

En salle dès vendredi

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