Culture

French Immersion: C'est une langue belle

Jessica Émond-Ferrat - Métro

Jusqu’à l’âge de 24 ans, Kevin Tierney était unilingue anglophone, et c’est de son propre chef qu’il a décidé qu’il appren­drait le français. Il s’est alors rendu en Algérie pour en­seigner l’anglais et est rentré au Québec bilingue. «On fait des films sur les sujets qui nous sont familiers, croit-il. Et moi, c’est l’histoire de ma vie.»

French Immersion  (C’est la faute à Trudeau!) raconte l’histoire de cinq anglophones issus de différents milieux qui se retrouvent dans un petit village du nord du Québec, Saint-Isidore-du-Cœur-de-Jésus, dans des familles d’accueil uni­lingues françaises qui leur apprendront la langue de Molière.

L’idée ne date pas d’hier. Voilà une bonne vingtaine d’années que le scénariste Jefferson Lewis avait contacté Kevin Tierney et le regretté Francis Mankiewicz pour leur faire part de ce flash comique : faire un film sur les immersions françaises, concept très populaire chez les fonctionnaires dans les années Trudeau.

«C’était un concept dont on voyait le potentiel comique simplement par le titre, un peu comme Bon Cop, Bad Cop, explique Tierney. Entre­temps, Francis est décédé, et le projet est tombé dans l’oubli.»

Deux ans après la sortie de Bon Cop ,Bad Cop, Tierney fut chargé de présenter un hommage à Mankiewicz. «Je cherchais quelque chose à dire qui ne serait pas déprimant, explique-t-il. Et c’est là que je me suis rappelé de l’idée de French Immersion. J’ai dit que, si Bon Cop, Bad Cop était le premier film bilingue au Canada, on avait déjà eu l’idée d’en faire un à l’époque avec Francis.» Dès lors, le projet était ressuscité.

Mais qu’on se le dise : il n’y a pas de message ou de mission derrière French Immersion. «C’est une comé­die, rappelle Tierney. On n’a jamais eu l’intention de faire la morale ou quoi que ce soit. J’aurais pu nommer le film My Big Fat French Lesson… Dans My Big Fat Greek Wedding, la réalisatrice n’a pas voulu ridiculiser sa famille, mais la célébrer, et nous, on voulait célébrer les forces et les faiblesses de la culture bilingue d’ici avec des personnages profondément humains.»

Et c’est en raison de cette galerie de personnages qu’il a créés que Kevin Tierney s’est pour la première fois laissé tenter par la réalisation. «Ayant participé à l’écriture du scénario, je suis tombé en amour avec les personnages, se souvient-il. J’avais déjà fait le casting dans ma tête, il y avait des éléments auxquels je pensais, et par un genre de processus d’élimination, c’était moi qui pouvais les rendre comme je voulais. Et ça a marché; je les adore toujours autant!»

***

Robert Charlebois: une tête d’icône
Le casting cinq étoiles de French Immersion comporte certains choix qui ont de quoi surprendre. On pense aux humoristes qui y font leurs débuts au grand écran – Christopher Williams, Peter MacLeod, Julie Caron – mais aussi au chanteur Robert Charlebois, qu’on n’avait plus vu au cinéma depuis un moment. «Pour moi, Charlebois a une tête d’icône», lance Kevin Tierney pour expliquer son choix.

Le principal intéressé dit avoir été séduit par le projet d’abord et avant tout en raison des joueurs. «Quand tu acceptes un rôle au cinéma, il faut que ça clique avec le metteur en scène, parce que c’est lui qui est le seul maître à bord, croit le chanteur. Et dans mon cas, ça a tout de suite cliqué avec Kevin.»

Charlebois a aussi apprécié que le film de Tierney aborde le sujet sérieux de la culture francophone par le biais de l’humour. «Si on perd notre culture, on perd tout, rappelle-t-il. Le Québec, c’est beau, mais l’Ontario et le Wyoming aussi. Notre culture, c’est notre langue.»

French Immersion
En salle dès vendredi

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