Phyllida Lloyd, la réalisatrice de Mamma Mia!, retravaille avec son amie Meryl Streep, dans une biopic sur Margaret Thatcher.
Si on tient compte du caractère historique – et controversé – des 11 années que Margaret Thatcher a passées à la tête de la Grande-Bretagne, il est surprenant qu’elle n’ait fait l’objet d’aucun long métrage important jusqu’à présent. La réalisatrice Phyllida Lloyd est donc heureuse d’être la première à en proposer un. Pour son deuxième long métrage, The Iron Lady (La dame de fer), la renommée metteure en scène de théâtre fait de nouveau équipe avec Meryl Streep, qui offre une interprétation d’une Thatcher qui change au cours des 10 ans que couvre le film. Choisissant de mettre l’accent sur la Thatcher d’aujourd’hui, montrant sa carrière politique par flashback, Lloyd dresse un portrait plus doux, plus sympathique de la femme dont beaucoup disent encore du mal aujourd’hui.
Pourquoi croyez-vous qu’aucun film n’avait été consacré à Thatcher jusqu’à présent?
C’est surprenant. The Iron Lady a été longtemps en développement et a débuté comme un film au sujet de la guerre des Falklands. Puis, la scénariste Abi Morgan s’est jointe au projet et a fait exploser cette bombe : «Et si on situait l’action dans le présent?» Je pense qu’à partir de ce moment, tout a débloqué. Je ne sais pas pourquoi personne ne l’avait fait avant.
Comment avez-vous abordé le film, qui porte sur une dame qui pourrait bien être la deuxième femme la plus célèbre de Grande-Bretagne?
Je crois que la première chose qui m’a frappée, ç’a été que ce n’était pas une biopic, mais plutôt, d’une certaine manière, l’histoire d’une vieille femme concentrée dans les trois jours durant lesquels elle se débat avec d’énormes pertes, et je me suis rendu compte que je n’allais pas pouvoir simplement trottiner parmi les faits saillants. C’est un film qui ne chercher pas à déterminer si Margaret Thatcher est gentille ou méchante. Et je pense, pour avoir fait une biopic au sujet de Thatcher, que j’aurais voulu avoir tourné un documentaire d’une durée de huit heures. C’est un film sur le pouvoir, la perte et, comme nous devons tous à un certain point y faire face, à la diminution de nos forces.
L’accent était-il mis sur Margaret Thatcher, la vieille femme, dans le but de la rendre plus sympathique, vu toute l’animosité qu’elle suscite encore?
En Angleterre, elle est encore l’un des personnages qui divisent le plus les gens, et le débat à propos de ses politiques et de son héritage est fortement polarisé. On peut la voir comme le monstre qui a ruiné la vie de millions de gens et, d’un autre côté, on la perçoit comme sainte Margaret, qui a sauvé la Grande-Bretagne de son déclin après la guerre et l’a remise sur la scène mondiale. On trouve très peu de nuances entre ces deux points de vue. Ce qu’on voulait, c’est dire : «OK, tout cela est vrai. Maintenant, regardons les choses d’un point de vue complètement différent.» Nous en avons parlé comme d’une sorte de King Lear pour les filles. Dans les deux cas, c’est l’histoire d’un leader
qui a été vaincu en partie par l’ennemi et aussi par sa propre arrogance.
Parlant de point de vue, vous avez choisi de tourner beaucoup de flash-back montrant le point de vue de Thatcher…
Ses souvenirs montrent son propre point de vue, alors il est difficile de départager le vrai du faux. On ne connaîtra jamais la vérité. On voit simplement comment elle se sentait. Je voulais qu’on voit ce point de vue, sa mémoire subjective des choses, et comment elle se sentait par rapport aux Falklands, par exemple – de diriger une guerre dans une pièce remplie d’hommes, dont la moitié portent des médailles et en savent probablement plus qu’elle sur la guerre… Je voulais qu’on voit à quel point c’est aliénant et à quel point ça provoque un sentiment d’isolement. On essayait, en quelque sorte, de ne pas dire : «Avait-elle ou non raison de couler ce bateau argentin, le Belgrano?», parce qu’on avait l’impression qu’on ne réussirait pas à s’entendre et qu’on argumenterait dans le vide pendant 30 ans. On regardait autre chose. On voulait faire ressentir des émotions.
Travailler avec Meryl
Phyllida Lloyd admet qu’elle est assez gâtée quand vient le temps de faire des films, puisque ses deux longs métrages, The Iron Lady et Mamma Mia!, mettent en vedette Meryl Streep. Comme la réalisatrice l’explique, les efforts que la célèbre actrice consacre à un rôle ne cessent pas quand les caméras arrêtent de tourner. «Nous avons fini de filmer au début avril, et depuis avril jusqu’à ce que le produit final soit prêt, elle est demeurée complètement impliquée dans le projet et n’a cessé d’avoir de bonnes idées, lance Lloyd. Elle a un vrai souci pour toute l’expérience que représente un projet cinématographique. J’ai beaucoup appris avec elle, et pas seulement au sujet de la réalisation.»
The Iron Lady
En salle dès vendredi