On les a vus exécuter des bouffonneries vêtus de grosses culottes à la Homer Simpson l’été dernier à Montréal complètement cirque. Cette fois-ci, c’est sous l’apparence de deux clowns tout ce qu’il y a de plus classiques – nez rouge, maquillage à la Sol, grandes chaussures – que les Belges Xavier Bouvier et Benoît Devos, du duo Okidok, présentent Ha ha ha.
Ceux qui ont vu le duo en juillet dernier se souviendront de l’absurdité et de l’humour très physique des numéros exécutés par Bouvier et Devos, sortes de Laurel et Hardy du monde circassien. Cette fois-ci, l’aspect guignolesque est toujours présent, mais Benoît Devos, joint au téléphone par Métro, précise : «Dans Ha ha ha, on a des références directes au cirque traditionnel tel qu’on l’entend, on est dans la nostalgie de ce cirque-là, dans un univers poétique.»
Ce spectacle, Okidok l’a créé il y a 10 ans, et le public continue d’en redemander.
«Le clown Howard Buten disait qu’un spectacle, il faut le présenter mille fois pour vraiment savoir ce qu’on fait, raconte Benoît Devos. Le spectacle a évolué avec nous, avec notre manière de jouer; à force, on comprend mieux ce qu’on fait sur scène.»
L’aspect très physique du spectacle oblige le duo à s’adapter constamment au public qui se trouve en face de lui. Car si ses personnages s’expriment par onomatopées – «On avait envie d’évoluer dans un langage qui pouvait être saisi à la fois par l’enfant, la grand-mère et le professeur de philosophie, et qui passerait par-delà la barrière de la langue pour pouvoir voyager à travers le monde», explique Benoît Devos –, leurs traits d’humour ne sont pas reçus de la même manière selon les pays. «On est confrontés à des cultures différentes, sur le plan des idées, mais aussi sur celui du geste, explique le clown. On propose un théâtre du geste, et la culture du mouvement varie beaucoup selon les endroits.»
L’artiste rappelle que certains gestes de la vie de tous les jours sont codifiés différemment selon qu’on se trouve au Japon, à Montréal ou en France. «Les clowns jouent avec les émotions. Or, la gestion des émotions, la façon de mettre de l’avant la colère, la joie, tout ça diffère selon les cultures, ajoute-t-il. Le clown doit donc être à l’écoute de ce qui fait rire les gens et s’adapter au public, qui décide un peu du cheminement du spectacle.»
Les deux font la paire
Benoît Devos et Xavier Bouvier sont amis depuis qu’ils ont 12 ans et travaillent en duo professionnellement depuis une dizaine d’années. Cette amitié de longue date, de l’avis des deux clowns, n’est pas étrangère à la longévité de leurs spectacles.
«Il y a une complicité qui est mise de l’avant et exploitée dans le jeu, affirme Benoît Devos. Le spectateur est témoin, d’une manière plus ou moins consciente, de cette complicité, de cette finesse de jeu qui a pu se développer avec les années. Quand les comédiens se connaissent, et les personnages aussi, ça se sent.»
Outre la chimie qui opère entre les clowns, et par conséquent avec le public, le fait de travailler en duo présente les avantages non négligeables de la «petite structure», souligne Benoît Devos.
«Ça nous permet de ne pas avoir d’échéanciers, de cadre très serré… tout ce qui est en lien avec l’argent, quoi, dit l’artiste. On a un peu plus l’impression de faire de l’artisanat… Oui, on est un peu des artisans du rire! On peut prendre le temps de laisser mûrir nos clowns et ce qu’ils font… comme on mettrait un bon vin en cave.»
Ha ha ha
À la TOHU
Du 20 décembre au 5 janvier