Agnieszka Holland: noir total
Agnieszka Holland a plongé sous terre afin de revisiter un sombre épisode historique. Entretien.
Avec le huis clos «claustrophobant» et captivant Sous terre (W ciemnosci), qui se déroule durant la Seconde guerre mondiale, Agnieszka Holland nous entraîne non seulement, comme son titre l’indique dans les profondeurs de la terre, mais aussi dans celles de l’âme humaine. Dans ce récit inspirée de faits réels, basé sur le scénario du Canadien David F. Shamoon, on suit Socha (épatant Robert Wieckiewicz), homme simplet et magouilleur qui, en échange d’un butin colossal, accepte de cacher un groupe de juifs sur son lieu de travail, à savoir les égoûts de Lvov.
Ce qui fascine et bouleverse dans le film de la renommée cinéaste polonaise, qui nous a notamment offert Europa Europa et Une femme seule, c’est le quotidien qui se glisse dans les gestes des personnages, malgré les conditions insalubres, la peur de la mort qui rode, l’atrocité sans nom de la guerre. Coincés dans les égoûts, ils se trompent, s’engueulent, font l’amour. «C’était capital pour moi de montrer que, même au fin fond de l’enfer, les êtres humains continuent de s’aimer, de s’obstiner, d’élever leurs enfants. De vivre, quoi», dit la réalisatrice.
L’autre aspect qui étonne dans Sous terre, c’est le thème de la religion. Dans une scène particulièrement forte, un des rescapés juifs, homme vieux et malade, prie à haute voix avec ferveur. «Arrête!» lui lance un de ses compagnons d’infortune, hors de lui. «Dieu n’est pas là! Il ne t’entend pas!» «J’ai toujours été fascinée par les différentes religions et la façon dont elles cohabitent entre elles, explique la cinéaste. Il y a des gens qui se sont détournés complètement de Dieu après la guerre et d’autres qui sont morts en murmurant Son nom…»
Avec ce drame, la renommée cinéaste polonaise qui nous a notamment offert Europa Europa et Une femme seule, et qui a coscénarisé Bleu de Krzysztof Kieslowski, se retrouve parmi les candidats concourrant pour l’Oscar du Meilleur film étranger contre… «notre» Monsieur Lazhar, bien sûr. «Je n’ai pas encore eu la chance de voir le film de Philippe Falardeau, mais j’ai entendu d’excellents échos, s’exclame-t-elle avant de conclure en riant : On m’a dit qu’il avait de très grandes chances de me battre!»
Sous terre
En salle dès vendredi