Pierre Schoeller: les marches du pouvoir
La scène se déroule dans le hall d’un chic hôtel montréalais, pendant le Festival Cinemania. Le réalisateur Pierre Schoeller ouvre son album de photos, multipliant les anecdotes sur ce qu’il a découpé dans la presse. Ici, il y a Nicolas Sarkozy dans son bureau. Là, quelques-uns de ses conseillers. «C’est comme si j’avais fait partie d’un gouvernement pendant huit ans. Du moins, c’est l’impression que j’ai eue», dit le cinéaste à propos des recherches qu’il a effectuées pour son nouveau long métrage.
L’Exercice de l’État est le second tome d’une trilogie portant sur le pouvoir. Le tout a débuté en 2008 avec Versailles, qui s’intéressait au quotidien d’un homme en marge du système, et il se terminera sous peu avec un film sur la Révolution française.
«Tout ça communique, explique Schoeller. Il y a de nombreux liens à faire et la question fondamentale demeure : qu’est-ce que c’est d’être citoyen d’un pays?»
Le héros de ce second effort n’est plus sans-abri, mais bien ministre des Transports. Cet homme droit, incarné par l’acteur Olivier Gourmet, verra ses convictions ébranlées par des luttes internes au sein de son cabinet. Il devra être capable de réagir rapidement dans un univers où tout va toujours trop vite.
«Les hommes politiques n’ont jamais le temps de regarder les choses, de se poser, développe Pierre Schoeller. Ils sont comme possédés par un démon, par un vampire.»
Bien qu’il soit coproduit par les frères Dardenne, véritables spécialistes des films sociaux, L’Exercice de l’État s’apparente davantage au célèbre All the President’s Men d’Alan J. Pakula.
Débutant en force par une scène à la Buñuel qui pique immédiatement la curiosité, l’essai marque le retour en force du cinéma français aux thèmes plus politisés, comme en font foi la récente sortie de La Conquête de Xavier Durringer et la présentation dans certains festivals de Pater d’Alain Cavalier.
«Je trouve ça plutôt intéressant que la politique redevienne un lieu de culture et pas seulement un lieu médiatique, avoue le réalisateur. Peut-être que bientôt il va y avoir des romans, des pièces de théâtre et des opéras rock!»
Second regard
Avec ses jeux de coulisses complexes, ses nombreux personnages et son traitement extrêmement réaliste, L’Exercice de l’état peut paraître aride, rébarbatif, surtout pour un public qui ne connaît pas toutes les subtilités politiques en place. Il n’en est rien, selon son cinéaste.
«C’est un thriller, lance Pierre Schoeller. Le film raconte une chose qui nous touche tous : le rapport à la technologie, à la vitesse, à cette question de perte de contrôle dans le pouvoir. Vous pouvez transposer le film dans un hôpital, dans une entreprise : ce sont les mêmes questions. Ce n’est pas un film technique, c’est au contraire un film organique, bouillonnant, tendu et spectaculaire.»
L’exercice de l’état
Présentement en salle