Culture

Québec, ville du rock, Québec ville du hip-hop

Il aurait fallu être de très mauvaise foi ou de fort mauvaise humeur pour ne pas passer au moins une soirée mémorable au Festival d’été de Québec durant le week-end qui vient de s’achever.

En trois petits grands jours, les festivaliers ont pu brandir leur W avec les gars du Wu-Tang Clan, revisiter le rock bluesé des Black Keys, se faire contaminer par la folle énergie de -M- et se délecter de la moustache de Jesse Hughes, des Eagles of Death Metal. Et ça, c’est seulement une partie des spectacles auxquels on a pu assister sur la gigantesque scène principale, sise sur les Plaines.

Dimanche, par exemple, c’est le rock de Caféïne qui a lancé la soirée. Vêtu d’un veston noir, d’un pantalon noir et d’un t-shirt noir à l’effigie de La mort pop club, de We Are Wolves, Xavier a servi quelques tubes du passé, dont La fin du monde («Je la verrai à la… télévision!»), scandée en semi-chœur avec la foule. Une foule qui s’est sensiblement réveillée après que l’homme en noir lui a lancé : «Allez! Vous êtes meilleurs que ça d’habitude, Québec!»

Entouré de ses musiciens, le chanteur à l’âme punk a également servi quelques récents morceaux new wave de New Love, son dernier album, dont L’orpheline et Love Disease, qui, transposés sur scène, sonnaient très, très bien. «Celle qui s’en vient est vraiment chienne!» nous a-t-il néanmoins prévenus avant d’interpréter I Love You, cette chanson dans laquelle un type envoie… promener sa douce. «Il faut prendre ça avec un grain de sel! Je suis féministe, moi, dans la vie!» a assuré le rockeur avant de conclure avec Gisèle.

Tout de suite après, la magie signée -M- a opéré. Avec ses lunettes en miroir qui se sont soudainement illuminées, son veston à paillettes et son grand sourire, Matthieu Chedid a mis le public dans sa poche. Pour paraphraser le principal intéressé, c’était «un kiff! Un grand kiff! Un trip total!»

Très rigolo, dans son monde, le flamboyant artiste s’est notamment félicité d’avoir «trouvé plein d’enfants magnifiques!» pour danser avec lui sur Nostalgic du cool. Il nous a lancé des bisous après Le complexe du Corn Flakes, a joué de la guit avec ses dents (hein?) et a fait faire aux spectateurs des gestes «un peu efféminés, qu’il fallait assumer» durant Mama Sam.

Dans une veine rock plus sobre et blues, c’étaient les Black Keys qui étaient aux commandes samedi. Les traits un peu tirés, le teint un peu cireux – normal avec le nombre de concerts qu’ils enchaînent –, le barbu Dan Auerbach a tout de même carburé à plein régime, pigeant, comme il se doit, dans sa collection de guitares au fil des pièces, agrippant parfois sa Dobro, se jetant à genoux… À la batterie, Patrick Carney s’est montré encore plus solide que d’habitude. La liste des morceaux qu’ils ont joués était sensiblement semblable à celle qu’ils ont servie au Centre Bell et à Osheaga l’an dernier, avec les désormais célèbres Howlin’ for You et Next Girl, puis Little Black Submarines, Money Maker, la magique Nova Baby et des plus vieux hits, dont Your Touch.

Juste avant Dan et Pat, c’est Jesse «The Devil» Hughes qui a découvert à quel point Québec était une ville du rock. L’amoureux de ces dames a affirmé «rêver de vivre dans une bourgade pleine de french girls.» Le rockeur américain semblait au septième ciel devant toutes les french demoiselles, oui, mais surtout devant tout l’amour qu’il a reçu (notamment des french demoiselles). «Merci! Ça fait tellement du bien! On en avait besoin!» Même si Josh Homme, son ami batteur, n’était pas présent, puisqu’il est occupé avec ses Queens du Stone Age, Jesse a habité la scène comme un démon.

Quand, vers la fin de sa prestation, un technicien lui a fait signe que c’était le temps de clore les festivités, Hughes ne l’a pas entendu de cette manière. Descendre de scène? Non, non, non. Il avait beaucoup trop de plaisir à rocker avec son acolyte guitariste, Dave Catching, qu’il a gentiment surnommé «le père Noël pervers». «Allez père Noël, donne-moi un cadeau», l’a-t-il prié.

On ne sait pas s’il a eu le sien, mais vendredi soir, les amateurs de hip-hop l’ont eu, leur cadeau à eux. La foule était moins compacte, la programmation s’adressant moins à des familles et à un grand public. Mais pour qui aime le genre, c’était un festin en quatre services, qui a débuté par le concert-célébration des 10 ans des disques 7e ciel. Parmi les artistes du label québécois, on a notamment vu Manu Militari et Koriass, qui, vers la fin de son énergique prestation, a fait une allusion comme quoi, ouais, ben, les gens étaient surtout là pour Wu-Tang.

N’empêche. Le rappeur Classified a suivi. Moins connu du public québécois, le sympathique Class a tout de même mis beaucoup de son cœur dans son show. Parsemée de ses vieux hits, sa prestation a considérablement levé lorsqu’il a interprété son premier grand succès, Inner Ninja, qui tourne en boucle depuis sa sortie en février.

Wiz Khalifa, qui est venu faire son tour par la suite a fait office de rock star. Un peu moins souriant que lorsqu’on l’avait vu il y a quelques années au Corona, Wizzie a assuré, ne lésinant pas sur ses succès, laissant échapper son rire-signature à quelques reprises et concluant sur l’incontournable Black and Yellow.

Finalement, impossible d’omettre le concert mémorable du Wu-Tang Clan, qui a été l’occasion pour les fidèles d’assister à une véritable messe du rap avec «le meilleur groupe de hip-hop de l’histoire» et les «meilleurs MC du monde, motherf*ckas!». C’était presque comme revivre les années 1990. Contrairement à ce qui s’était produit lors de leur passage au Metropolis, l’irremplaçable Method Man a passé la douane. Chose pour laquelle ses comparses et lui ont… remercié les politiciens canadiens. En plus, c’était la fête de RZA, et il a sorti le champagne. Que demander de plus?

Au moment de mettre sous presse, -M- venait d’entamer Baïa, la chanson hommage à sa mère, après nous avoir dit à quel point il l’aimait, elle, et sa grand-mère. Les Trois accords, qui aiment aussi beaucoup leur grand-maman à eux, s’apprêtaient à monter sur scène.

Lorsque Father John Misty a volé le show…
On doit avouer que notre plus beau moment de ces trois jours a peut-être été la prestation de Father John Misty. Un tiers Jim Morrison, un tiers Joaquin Phoenix, un tiers Zach Galifianakis, le chanteur de Baltimore a lancé des répliques magnifiques, allant jusqu’à faire monter sur scène une demoiselle qui servait des shooters. «Viens ici! Je vais vraiment payer!»

Connu pour servir des réparties aussi drôles que débiles entre ses chansons, l’ancien membre des Fleet Foxes n’a pas dérogé à ses habitudes samedi, se moquant gentiment des spectateurs qui traînaient avec eux, allez savoir pourquoi, de drôles d’accessoires, notamment un «Noodle» (vous savez, le truc cylindrique pour la piscine). «J’adore ce drapeau. C’est un beau drapeau. Et vous, qui tenez cette nouille flexible! J’aime! Si par accident vous tombez dans une piscine, vous serez sain et sauf.»

Peut-être toutefois que certains artistes feraient mieux de faire une petite recherche sur la ville dans laquelle ils doivent se produire. Ainsi, Father John n’a pas compris pourquoi quelques «bouh!» se sont fait entendre lorsqu’il a annoncé que dans sa prochaine chanson, on entendrait le mot «canadian». «Vraiment? Vous huez? Est-ce qu’il y a des Américains du Sud profond parmi vous?» Hmm… non?? Classified, rappeur d’Halifax qu’on aime beaucoup, a fait un petit faux pas semblable en concluant sa prestation par son hymne revisité, Oh… Canada.

Oh, oh.

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