Culture

Alex marche à l’amour, pas à pas avec Miron

Dans Alex marche à l’amour de Dominic Leclerc, Alexandre Castonguay marche sur les routes de l’Abitibi. Son moteur? Le poème phare de Gaston Miron d’abord. Et puis tous ces gens qui croisent sa route et qui l’aident à apprendre cette œuvre-fleuve. «Tu as les yeux pers des champs de rosées…»

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«C’est quoi, pour vous, l’amour?» Cette question, Alexandre Castonguay l’a posée à plusieurs personnes au fil des 760 kilomètres qu’il a parcourus, à pied, dans sa région bien-aimée de l’Abitibi-Témiscamingue. Les réponses qu’il a récoltées ont été diverses, allant de «L’amour, c’est le respect» à «L’amour c’est là, c’est là, pis ça ne dure pas».

Reste qu’Alex n’a pas marché aussi longtemps tout bonnement, juste comme ça. Non. Pendant qu’il empilait les milles, l’acteur – qu’on a récemment vu dans Chasse au Godard d’Abbittibbi d’Éric Morin – a appris, répété et récité le poème monument de Gaston Miron, La marche à l’amour, arrêtant des gens sur son passage pour l’aider à mémoriser les vers.

Le réalisateur Dominic Leclerc l’a suivi dans cette quête un peu folle. Sa caméra a capté son ami enchaînant les étapes, faisant des haltes de route, grillant des guimauves, découvrant, au rythme des pas – avec les petits inconvénients physiques que cela suppose –, les métaphores «sensuelles, sexuelles, érotiques» comprises dans les mots de Miron. Il était là aussi quand son ami décryptait «la géographie» : celle du poème, celle du territoire. «Pour moi, le texte est désormais divisé en parties de l’Abitibi», affirme d’ailleurs l’acteur.

Mais juste avant d’aller plus loin, peut-on s’entendre pour dire que faire un film sur un type qui se balade en récitant un poème, ça peut faire partie de la catégorie «pari risqué»? Alex Castonguay approuve : ce projet, c’était un all in immense. «Il y avait quand même un grand degré de risque! s’esclaffe-t-il. J’avais une vraie relation avec le poème, un vrai désir de faire ce pèlerinage, mais est-ce que tout ça mis ensemble, ça allait faire un film? On ne le savait pas. Il n’y avait aucune garantie.»

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Aussi incertaine fût l’issue du projet, les deux comparses pouvaient compter sur une valeur sûre : c’est que Castonguay est un sapré spécimen, une machine à sortir des réflexions dignes d’être notées dans un recueil. Un petit avant-goût? Allez! Au fil de son parcours, le comédien rencontre par exemple une jeune femme qui lui confie : «Je fais tellement plus d’activités depuis que je suis séparée de mon ex!» Remarque à laquelle Alexandre réplique : «Des activités, pffft, c’est des affaires de filles, ça!» On l’entend aussi résumer La marche à l’amour en disant : «Miron s’est fait crisser là, puis il a écrit un poème à la fille pour la repogner. C’est tout, sti. Classique!»

Enfin, dans un autre segment, ce drôle de personnage tisse un lien entre les régions et la vie de couple. «Il faut être autosuffisant, ne pas avoir d’attentes. Dans le fond, l’Abitibi, c’est peut-être un gars qui s’est fait flusher par sa blonde.» Cette dernière remarque, malgré son côté qui fait sourire, résume bien l’esprit de ce grand petit film, véritable lettre d’amour à la région, pied de nez aux conventions, qui propose une réflexion sur la passion, sur le couple. «La vie est faite pour qu’on soit à deux et il y a une grande pression sociale pour qu’on le soit, élabore Castonguay. Et les régions, elles, elles sont quoi sans les grands centres? Plus le grand centre est loin, plus la région est inaccessible. Mais à un moment donné, en tant que personne, en tant que région, t’es obligé de te révéler à toi-même et de découvrir que tu as plus de ressources que tu pensais en avoir.»

Et, effectivement, si l’acteur se révèle dans ce film, c’est aussi l’Abitibi qu’on découvre à travers ses paysages. Le dépanneur Blanchette et Filles avec son enseigne de Slush Puppie, les sentiers que le pèlerin parcourt, la station-service où il accoste une fille dont les yeux brillent en lui parlant, le cimetière devant lequel il s’arrête, ému. «Ça fait longtemps que je sais que ma région est cinématographique. Et elle l’est parce que ce n’est pas une carte postale, remarque Dominic Leclerc. L’Abitibi est à la fois belle… et laide.» Le réalisateur enchaîne en disant que les contrastes ne se trouvent pas que dans le paysage. Entre Castonguay et lui aussi, il y en a tout plein. «Alexandre a clairement un côté sombre tandis que moi, je suis un enfant de la lumière. J’ai le bonheur facile et je pense que ce mélange a servi le film», dit-il.

Pour finir, la question que ces messieurs ont posée ou entendue mille fois : «C’est quoi pour vous, l’amour?» «Je suis depuis huit ans avec la femme de ma vie, assure ce chanceux de Leclerc. On a un enfant et un autre en devenir, donc l’amour, le vrai, j’y crois. Je ne peux pas faire autrement. Je suis profondément amoureux de ma blonde.» «En ce moment, c’est niaiseux, mais ça commence par moi, répond quant à lui Alex-marche-à-l’amour. Je veux réaliser mes envies, mes rêves, mes désirs. Prendre le temps de faire ce projet, c’est une des plus grandes preuves d’amour que je me suis faite. De moi à moi.»

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Alex marche à l’amour
En salle dès vendredi

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