Film d’ouverture des 32e Rendez-vous du cinéma québécois, film choral aussi, Miraculum, réalisé par Podz et scénarisé par Gabriel Sabourin, présente une galerie de personnages qui se trouvent à des moments charnières de leur existence.
Comme le dit Podz, Miraculum, c’est un film composé «d’histoires qui, en elles-mêmes, sont simples, mais qui racontent quelque chose qui ne l’est pas». Quelque chose d’important.
Il y a d’abord un barman sexagénaire, amoureux fou d’une préposée au vestiaire mariée à un autre. Il y a aussi une infirmière témoin de Jéhovah qui prend soin d’un patient, seul survivant d’un écrasement d’avion. Il y a ensuite son amoureux à elle, gravement malade, qui refuse les transfusions sanguines par conviction religieuse. Il y a enfin un couple brisé, désuni: lui, gambler qui jure «j’me refais aujourd’hui!» en s’enfilant des lignes de cocaïne dans les toilettes; elle, qui noie son ennui dans la bouteille.
La distribution qui porte ces divers destins est étoilée. Julien Poulin. Louise Turcot. Marilyn Castonguay. Xavier Dolan. Anne Dorval. Robin Aubert.
Gabriel Sabourin, lui, a scénarisé le film. Il y joue aussi un passeur de drogue qui revient au Québec le corps chargé de marchandise. «J’aurais aimé jouer le rôle de Julien Poulin, le héros romantique, s’amuse-t-il. Peut-être la prochaine fois!»
Avec ce scénario, Sabourin aborde des «thèmes immenses de spiritualité, de vie, de mort». De ce qu’il y a après. Ou pas. Et pour lier toutes ces histoires qui finissent par parler de «notre histoire à nous tous», l’acteur-scénariste a incorporé un ingrédient primordial: «l’amour». «J’ai essayé d’en mettre beaucoup derrière tout ça, remarque-t-il. Parce que les personnages se repoussent, mais au fond, ils s’aiment. Et parce que l’amour, c’est ce qui nous unit, en fin de compte.»
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Une autre chose qui lie ces destinées cinématographiques, c’est la bande-son, sur laquelle on trouve Sarah Neufeld, Rhye, Julianna Barwick. «C’est assez… aérien, si on peut dire», remarque Podz. Et si ça l’est, ajoute le réalisateur de 19-2 et des 7 jours du Talion, c’est surtout «pour mettre le spectateur dans un état réceptif; un état dans lequel il pourra se laisser bercer. Par l’histoire, par ces personnages.» C’est d’ailleurs la première fois, avec Miraculum, «que le mix est devenu une autre écriture» pour Podz; une écriture qui lui a permis de «rajouter vraiment beaucoup de couches» au film.
Car des couches, il y en a tout plein. «C’est un film assez philosophique, affirme le cinéaste. Et c’est un peu difficile d’en parler en termes simples, techniques.»
Se penchant sur de grandes questions, ce long métrage d’une grande beauté – mise en valeur par la direction photo de Claudine Sauvé et la conception artistique d’Emmanuel Fréchette – se décline dans une palette de bleus, qui teinte la pierre du condo, les blouses des croupiers, les uniformes des infirmières et le ciel duquel tombe l’avion, accident au centre du scénario. Reste que le visuel, rappelle Podz, est aussi «basé sur les visages, les teints de peau». «On dirait que tout est parti de là; d’un désir de montrer de la peau douce, belle. De baser ça sur l’être humain. Être dans les visages. Et les regards surtout.»
Et le regard que vous portez sur le mot «miracle», c’est quoi? «Pour moi, ce mot évoque la vie, répond le réalisateur. Je trouve ça miraculeux: même si on sait qu’on va finir par mourir, on continue. On continue à aimer, à triper, à voir le monde, à détruire, à construire, à faire les mauvaises choses. Chacun réagit à cette certitude qu’est la mort de façon différente. Je trouve ça beau. Le bon comme le mauvais. L’être humain est dégueulasse, foncièrement, mais je ne m’en passerais pas.»
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Miraculum
Au cinéma Impérial ce jeudi à 19 h
En salle dès le 28 février
