Culture

Tom à la ferme: zones d’ombre inquiétantes

Michael Oliver Harding - Métro

Avec Tom à la ferme, Xavier Dolan livre un thriller psychologique à mille lieues de sa trilogie sur l’amour impossible.

On ne pourra jamais mettre en doute la fougue qui habite et anime Xavier Dolan depuis ses tout débuts. En entrevue, le réalisateur (mais aussi acteur, monteur, scénariste et concepteur de costumes), qui vient de fêter ses 25 ans, s’exprime avec ardeur, éloquence et franchise, comme un artiste qui n’a jamais fait dans la complaisance, mais surtout qui vit et crée constamment dans l’urgence. Celui que les médias ont vite étiqueté de «petit prodige» à la sortie de J’ai tué ma mère, en 2009, poursuit son cheminement à une vitesse fulgurante, nous livrant déjà son quatrième long métrage, Tom à la ferme.

Adaptation de la pièce du dramaturge Michel Marc Bouchard, ce thriller psychologique perturbant voit Dolan s’attaquer à un nouveau registre (et à une histoire inventée de toutes pièces par un autre auteur) à la suite de sa trilogie très personnelle sur l’amour impossible (J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires, Laurence Anyways).

Tom raconte le parcours du Tom du titre (interprété par Dolan), un publicitaire montréalais à la tignasse bien blonde et à l’allure bien branchée qui se rend à la campagne pour les funérailles de son copain. Sur place, il se rend vite compte qu’il se trouve dans une famille assez déséquilibrée où la mère (Lise Roy), aveuglée par son Bon Dieu chéri, ignore toujours l’homosexualité de son fils, tandis que le très menaçant frère (Pierre-Yves Cardinal) s’impose en prédateur à l’identité ambiguë. Dolan cultive habilement les zones d’ombre au sens propre comme au figuré, composant une atmosphère à l’équilibre précaire, oscillant entre deuil et mensonge.

«C’est une pièce sur l’intolérance et la violence qui naît de la solitude, d’une vie brisée… et c’est propre à cette famille-là, affirme Dolan lorsqu’on lui demande ce qui l’a immédiatement happé dans la mise en scène théâtrale. Je trouvais que, dans la pièce, la brutalité et la violence étaient de surface, on les sentait. Moi, ce qui m’interpellait, c’était de voir à quel point elles pourraient ressortir plus à l’écran.»

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Dolan nous propose ici une réalisation plus épurée qu’à l’accoutumée, évitant les digressions stylistiques qui n’auraient pas été de mise dans le contexte de Tom. Mais comme ce fut le cas dans ses autres œuvres (y compris dans le vidéoclip du College Boy d’Indochine ainsi que dans son prochain film, Mommy), le cinéaste se penche sur un personnage évoluant quelque peu en marge, livrant un combat contre la société. Il nous dit d’ailleurs qu’après Mommy, il songe sérieusement à tourner la page. «Je pense que les premières œuvres d’un réalisateur reflètent un peu ses préoccupations du moment, ses combats d’adolescent ou de jeune adulte. Je me demande, après Mommy, ce que je vais être prêt à dire. Peut-être que j’ai fait le tour de mes combats de jeunesse.»

Chose certaine, tous ces projets auréolés de succès auront permis à Dolan de s’entourer d’une belle grande famille de collaborateurs – autant derrière que devant la caméra – qui le comprennent, le stimulent et le confrontent. On n’a qu’à penser au directeur photo André Turpin (Tom, College Boy et Mommy), à la directrice artistique Colombe Raby et à Sylvain Brassard, qui assure la conception sonore de chacun de ses films depuis J’ai tué ma mère. «Je les aime, ces gens-là, dit-il. J’aime leur sensibilité; ils me comprennent et me confrontent sur certaines choses. S’ils sont vraiment intelligents et bons, et c’est leur cas, ils vont me donner leur vrai avis.» Comme quoi, le chef d’orchestre sait s’entourer d’artisans à son image, qui n’ont pas peur de se dire les vraies choses.

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Tom à la ferme
En salle dès vendredi

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