Culture

Molly Bloom, l’impudique

Dès mardi, la flamboyante Anne-Marie Cadieux montera sur les planches de l’Espace Go pour jouer Molly Bloom, pièce à un seul personnage inspiré du mythique roman Ulysses de Joyce. Rencontre.

Dans le cadre de sa saison 2013-2014 consacrée aux femmes, le théâtre Espace go propose Molly Bloom. C’est la flamboyante Anne-Marie Cadieux qui interprétera ce personnage aérien et un tantinet fantasque tiré, dans sa forme, du dernier chapitre du roman Ulysses, souvent considéré comme le chef-d’œuvre de l’Irlandais James Joyce.

«Il était complètement amoureux de sa femme. C’est un hommage qu’il lui rendait dans cette œuvre. Les lettres personnelles qu’il lui écrivait ont été rendues publiques. Il s’agissait de missives souvent érotiques qui démontraient qu’il était sous son joug, qu’il la désirait totalement et qu’il était amoureux d’elle de façon compétente», s’enthousiasme la vibrante artiste en parlant du monologue intérieur qui constitue le dernier chapitre d’Ulysses où il est question du désir au féminin, d’adultère, mais aussi de maternité, de cycle menstruel et d’intimité. «Je n’ai pas abordé un personnage de prime abord, mais un texte, en me disant que de celui-ci le personnage jaillirait.»

Fasciné, on observe sa gestuelle et on écoute Anne-Marie parler avec passion de cet être fictif, mais réel, pas du tout torturé, qu’elle répète depuis près de six mois. La discussion bifurque vers Nelly Arcan, à qui le même théâtre a consacré une pièce récemment (La fureur de ce que je pense), et la comédienne se désole, tant sur le plan humain que pour la culture en générale de la fin tragique de la jeune écrivaine.

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On cause de féminitude et de cette Molly Bloom qui, bien que consciente de vivre dans un monde de domination masculine, n’est pas véritablement engagée sur le plan politique. Une question surgit: est-ce que la comédienne se rendait compte, en travaillant le texte de Joyce, que bien qu’il s’agisse de l’univers très intime d’une femme, ce texte a néanmoins été écrit par un homme? «Oui, mais en même temps, je crois qu’il a réussi – et c’est ce qu’il voulait – à capter l’aspect pétillant du féminin, son babillage en quelque sorte», souligne Cadieux qui rappelle que les auteurs de Madame Bovary et du Choix de Sophie étaient des hommes.

Elle commande un café dans le hall du petit théâtre de la rue Saint-Laurent en ce matin gris et précise que la pièce, dont la mise en scène est signée Brigitte Haentjens, sera livrée «en québécois» bien que l’action ne soit pas transposée au Québec. Ce qui représentait un certain défi, tout comme le fait que le texte saute du coq à l’âne sur le plan thématique et qu’il ait été écrit sans ponctuation.

Le fait de porter cette œuvre immense sur ses seules épaules angoisse-t-il cette comédienne aussi reconnue pour son atypique beauté? «Oui. C’est sûr, c’est sûr. Mais c’est un peu comme un voyage que je ferai avec le public. J’ai hâte qu’il arrive, car ce sera lui mon interlocuteur, mon partenaire».


Molly Bloom, d’après Ulysses de James Joyce
À l’Espace Go
Dès mardi et jusqu’au 31 mai

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