Culture

Les quêtes identitaires de Mani Soleymanlou

Après sa déchirante pièce Un et sa suite percutante à deux personnages intitulée Deux, l’«acteur qui écrit» Mani Soleymanlou boucle sa quête identitaire avec Trois. Une œuvre qui réunit… 40 personnes sur scène!

C’est à un périple théâtral de trois fois une heure, au cours duquel les amateurs de théâtre auront accès au questionnement initial de l’auteur jusqu’à son aboutissement, que nous convie le Festival TransAmériques (FTA). L’événement annuel qui se consacre à la danse et au théâtre en est cette année à sa huitième édition, qui se poursuit jusqu’au 7 juin et qui propose 27 œuvres «porteuses de voix fortes et singulières», dont la pièce Trois, de Mani Soleymanlou.

«J’étais en train de publier Un et je continuais à envoyer sans cesse d’autres versions à mon éditrice», raconte l’artiste né en Iran, qui s’est retrouvé avec assez de matériel pour donner une suite à ce qui était au départ une commande du Théâtre de Quat’Sous et qui prenait la forme d’une performance dans laquelle un narrateur s’interrogeait sur ses racines identitaires au lendemain des soulèvements populaires de 2009 en Iran.

Événements qui, on s’en souviendra, ont précédé le Printemps arabe déclenché un an plus tard. «Quand je voyais environ six millions d’Iraniens sortir dans la rue, cela m’interpellait. Je me demandais quelle était la différence entre moi et eux.»

Lorsqu’en septembre 2013, en plein débat sur la charte, est venu le moment de créer Deux, qui impose le même questionnement identitaire à une autre personne, Mani a vite pensé à son pote Emmanuel Schwartz, qui y joue le rôle d’un Mont­réalais d’origine juive et «canadienne-française». Un choix facile, «parce qu’il porte Montréal en lui. Notamment en ce qui a trait au conflit linguistique, puisqu’il est à la fois anglophone et francophone», souligne le metteur en scène, avant d’ajouter que le questionnement identitaire est essentiel pour lui. «Je trouve qu’on instrumentalise cette question pour en faire un outil politique», poursuit celui qui a choisi d’évoquer le conflit entre Israël et ses voisins sans s’y attarder, car «il est beaucoup trop grand pour moi, pour que j’en traite».

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Après les excellentes réceptions qui ont été réservées à Un et à Deux, tant de la part des critiques que du public, l’artiste a voulu élargir la discussion pour le volet Trois: «Je me suis entouré de gens formidables, et nous avons fait une création collective autour de cette thématique. Tant qu’à parler de questionnement identitaire, je me suis dit qu’il serait intéressant de le mettre dans la bouche d’une “société”», poursuit l’homme de théâtre qui a choisi de donner la parole à des gens venus de partout, mais aussi à des Québécois nés ici. «On va de l’Iran à Haïti, en passant par Laval. Il y a de tout et c’est, en toute modestie, d’une beauté sans nom, car ça relève de la part la plus intime de soi», confie Mani.

Le Racine de Mani au Festival TransAmériques
En plus du triptyque Trois, dont il est le catalyseur, Mani Soleymanlou officiera comme acteur dans la pièce Phèdre, de Racine, lundi, mardi et mercredi. «Ces tragédies sont d’une beauté incommensurable. Elles mettent en scène une grandeur et une complexité de l’âme qu’on ne retrouve plus aujourd’hui. C’est magnifique et ça me fait rêver de parler de Vénus, d’Apollon et de malédictions. Il s’agit de Théâtre, avec un t majuscule.» claude andré

Trois
Au Théâtre d’aujourd’hui
Les 2, 3 et 4 juin à 19 h

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