Culture

Rencontre avec Josélito Michaud

Josélito Michaud et Marie-Mai

La perspective se dessine avec le recul, le temps, le vécu.

Présent au cœur de notre paysage artistique depuis plusieurs décennies déjà, Josélito Michaud ne manque certainement pas de vécu. Avec le recul, l’homme aux mille confidences regarde désormais son train (il a animé l’émission «On prend toujours un train» pendant six ans) dans le rétroviseur, les mains sur le volant d’un nouveau projet documentaire qu’il dévoilera sur les ondes de Télé-Québec, lundi soir à 21h, avec une fierté franche et assumée.

«On me parle du train tous les jours, me confiait-il lors d’un entretien téléphonique. Je n’aurais jamais pu faire ces documentaires sans avoir fait le train avant.»

«Au début, le train ce n’était qu’une commande de six épisodes. Je ne pensais pas faire ça aussi longtemps. Finalement, on en a fait 98. Les gens m’appelaient pour le faire, tous les artistes voulaient y venir. À la fin, c’est moi qui ai quitté le projet parce que ça devenait trop lourd. Je ne voulais pas avoir à porter tout cela sur mes épaules.»

L’intérêt sincère des gens pour les entretiens de M. Michaud a par contre fait germer en lui cette idée de pousser les rencontres à un autre niveau. Explorer les zones ombragées de la célébrité.

«Ça fait longtemps que je voulais faire ça», ajoutait-il en parlant de son nouveau projet de quatre épisodes d’une heure. «Depuis 2006, environ, la conquête de la gloire et de la réussite m’intriguait beaucoup. J’ai continué le train pendant ce temps-là en plus d’écrire un autre livre. J’avais mis le projet de côté. Finalement, à force de lire, j’ai fait le livre (La gloire démystifiée) et ensuite la série. Contrairement au livre qui était un aperçu général, là on creuse plus avec des témoins et des spécialistes. Tous ces acteurs viennent revivre la vie et la carrière de l’artiste.»

Empruntant un nouveau chapeau pour ce projet, celui de documentariste, Michaud écarte les béquilles conceptuelles souvent trop prenantes en télévision et présente une ligne directrice claire, épurée. La matérialisation de la gloire de ses invités devient un prétexte pour la revivre avec un regard conscient. Tantôt amer, tantôt heureux, tantôt nostalgique, mais jamais sensationnaliste.

«Pas de concept, précisait-il. On présente la gloire. Je voulais mieux comprendre les phénomènes derrière. Là, c’est vraiment un documentaire avec une recherche précise et exhaustive. Le format nous oblige à aligner notre discours, notre propos. Une ligne directrice. L’entrevue est beaucoup plus vaste, là on doit se concentrer sur une affaire.»

Celui que l’on a vu prendre ses aises dans un format plus linéaire d’entrevue s’illustre maintenant dans une approche plus intime encore qui dépasse la simple rencontre.

«Quand on fait du documentaire, on pense à se retirer. Mais en même temps, je suis tellement fasciné par le métier d’intervieweur et je me disais que j’aimais cette approche-là. C’est très prenant, mais très agréable à faire. Comme raconter une histoire.»

Et les histoires qu’il choisit de raconter vont faire revivre des sentiments aux nostalgiques de son auditoire, en commençant par le premier épisode mettant en vedette Roch Voisine et Jean-Marc Parent, deux célébrités ayant connu les hauts et les bas d’une renommée excessive.

L’intention détermine le résultat
Quand on le cuisine sur le sujet, Josélito Michaud ne révèle pas le secret de ses entrevues intimes. En fait, il affirme ne pas connaître la recette lui-même.

« Je n’ai pas de techniques pour aller chercher des confidences. Par contre, j’arrive ultra-préparé. Ça me demande beaucoup d’organisation.»

«Les cinq premières secondes d’une entrevue sont capitales», insistait-il, sans toutefois distinguer les bonnes des mauvaises approches. «La première question est capitale. Je ne prépare pas mes questions.  Je sais où je veux aller et je m’adapte à la première réponse. Tu peux scraper ton entrevue avec la mauvaise question.»

S’il n’a pas de secrets à dévoiler, les confidences de M. Michaud se nourrissent toutes d’un même lieu commun: l’écoute. Même au bout du fil, Michaud est d’une grande écoute et son discours, jamais intrusif, en est un d’ouverture et de curiosité. Les jugements passent un tour lors des rencontres avec Josélito Michaud.

«Il ne faut pas accuser l’autre, souligne-t-il, relevant au passage des souvenirs de sa rencontre unique avec l’ex-première ministre Pauline Marois. Moi je ne veux pas accuser les gens. Je veux comprendre. L’intention peut tout changer de notre rapport.»

«Quand tu es assis là et que quelqu’un te fait une grande confidence, toi comme intervieweur tu as la responsabilité de déterminer jusqu’où tu peux aller et comment tu peux le gérer. Moi je ne cherche pas à gratter. Je veux comprendre ce qu’il me dit, j’écoute. La personne qui me fait la confidence doit aussi ne pas le regretter après. Elle doit comprendre que les questions qui vont suivre sont là pour aider la compréhension. Ça me demande beaucoup de discernement pour gérer le tout.»

C’est pourquoi les regrets ne sont pas au rendez-vous quand il revisite sa rencontre avec Mme Marois. Malgré quelques critiques relevant le manque d’audace dans les questions, Michaud revisite cette entrevue avec une grande fierté, me précisant même que Pauline Marois l’a personnellement remercié par la suite.

«J’entends toutes les critiques, mais je ne les lis pas. Ce que je dis avec un recul, c’est que je ne regrette pas du tout. Je suis très content même. Je ne suis pas un analyste politique. Je fais dans les affaires humaines et c’était les paramètres qu’on avait dictés avec Mme Marois.»

Comme il me l’expliquait, Michaud est en mesure de gérer l’approche et ses intentions avant un entretien. Par contre, les attentes des autres lui glissent entre les doigts. Un apprentissage qui se fait au fil des expériences. Un laisser-aller nécessaire. Une distance saine entre ses projets et leurs réceptions par le public et la critique.

«Ce que je conserve de ça: c’est normal les moqueries quand on fait quelque chose qui détonne. Ça fait partie de la game.»

Pour le reste, la richesse de ses rencontres comble amplement les trous creusés avec insistance par une portion de son auditoire. De son propre aveu, Josélito Michaud souhaiterait renouveler l’expérience des rencontres documentaires et peut-être même en présenter une dizaine par année.

Pour faire un raccourci, on pourrait dire que le train est finalement arrivé en gare. Une destination idéale pour Michaud qui, avec le chemin parcouru, peut maintenant mettre à profit sa vaste expérience afin d’établir une relation privilégiée avec les artistes qu’il rencontre. Relation bonifiant ce que l’on voit à l’écran au final.

La gloire… mais à quel prix?
Lundi 21h, du 27 octobre au 17 novembre
Télé-Québec

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