Jerusalem in My Heart: par amour de l'éphémère
Sous le nom de Jerusalem in My Heart, Radwan Ghazi Moumneh, musicien, producteur, bref, homme à tout faire, présente des shows multidisciplinaires proches de la transe. Explications.
Ton amour de la musique, Radwan, il est né où et quand?
En fait, je suis arrivé du Liban en 1992 avec ma famille. Ç’a été très difficile au début. Je me sentais comme un alien, ça allait mal, mal, mal! J’étais vraiment «l’Arabe qui déménage à Montréal après la guerre du Golfe et tout». Pendant trois ans, je suis allé dans une école privée anglophone, all boys, dans Montréal-Ouest. J’ai détesté ça. À la toute fin, j’ai rencontré quelques amis, j’ai découvert le punk. On a formé un band, on a fait de la tournée et ç’a été un désastre. (Rires)
Lorsque tu étais jeune, tu as fait une sorte de rejet de la musique arabe. Puis, un jour, tu es retourné au Liban, tu as renoué avec tes racines, et maintenant, c’est une influence majeure pour toi?
Je dirais que ce n’est pas tant un truc relié aux racines qu’à mes parents! Comme tout le monde, à 10, 11 ans, quand j’ai commencé à me former une identité, je trouvais que ce que mes parents écoutaient c’était quétaine. Avec le temps, quand j’ai enlevé ces barrières, je me suis demandé : «Pourquoi cette musique est-elle si populaire, alors que moi, je la trouve si moche?!» J’ai réfléchi, j’ai écouté et j’ai commencé à comprendre. À partir de là, les portes se sont ouvertes. Aujourd’hui, à part un peu d’électro, je n’écoute plus que ça! Par contre, ma musique à moi, je ne la décris pas comme étant arabe, même si elle est fortement influencée par ce style.
Qu’est-ce que tu aimes dans cette musique?
Dans la musique arabe classique, il existe une chose qu’on appelle le tarab. C’est un mot qui n’existe pas en français ou en anglais, mais qui veut dire «état d’extase provoqué par la musique». On l’utilise pour dire : «Il plane sur la musique!» Je n’ai jamais pris de drogue, mais j’imagine que ça doit un peu ressembler à ça! (Rires)
Tes shows aussi comportent un élément de transe…
Oui. Ça fait partie de ma personnalité et de ce que j’aime. Dans la musique, dans le cinéma, j’adore tout ce qui peut me toucher ou me mettre dans un état d’extase. Ce n’est rien de trop cérébral. Je crois qu’il ne faut pas trop penser; seulement ressentir.
C’est dans le même esprit que tu fais tes spectacles en tant que Jerusalem in My Heart : une seule fois à chaque fois? C’est le principe du happening?
À vrai dire, je ne considère pas mes prestations comme des happenings. Même si Malena Szlam [artiste visuelle et cinéaste], mon associée dans le projet, et moi, on voulait faire le même spectacle deux fois, ce serait très, très dur. C’est impossible!
Tu aimes ce qui est éphémère?
Beaucoup. Surtout que nous sommes à une époque où on veut tout documenter, où tout est disponible tout le temps… Moi-même je fais partie de cette culture, mais je trouve ça intéressant de faire quelque chose qui existe uniquement dans le moment présent. Après ça, nul besoin que ça se retrouve sur YouTube ou en DVD. Ce n’est pas nécessaire. Dans les performances que l’on fait, c’est impossible de tout voir. Il y a beaucoup de mouvements visuels, des musiciens, etc.
Suivant l’endroit où le spectateur est placé, il voit un show complètement différent?
Oui. Malena et moi, on aime beaucoup l’idée de découper un espace, de le déchirer en plusieurs morceaux, puis d’essayer de le rassembler.
On a parfois dit de toi que tu étais un «artiste activiste». Tu es d’accord avec cette définition?
Pas du tout! (Rires) Oui, mes créations ont un contenu politique très fort, mais c’est aussi très vague. Je n’ai pas envie de dire aux gens : «Voilà, c’est ce que je pense.» J’aime mieux les laisser interpréter.
Jerusalem in My Heart
Au MAI
3680, rue Jeanne-Mance
Les 2 et 3 mars à 20 h