Dimanche soir, les mots «Je suis Charlie» ont résonné plus d’une fois dans l’enceinte du Beverly Hilton Hotel durant les 72e Golden Globes. Une cérémonie aux accents engagés lors de laquelle le Boyhood de Richard Linklater a notamment récolté les grands honneurs.
Ce n’était pas une soirée marquée par un balayage. Ni par des gags particulièrement désopilants. Ni par l’omniprésence des deux animatrices, Tina Fey et Amy Poehler. C’était toutefois une soirée agrémentée de discours inspirants qui allaient au-delà du traditionnel «Merci Dieu, merci la Foreign Press Association, merci maman».
On retiendra que Boyhood a remporté le convoité trophée du Meilleur film dramatique. Que son réalisateur, le toujours relax et souriant Richard Linklater, est reparti avec le titre de Meilleur réalisateur. Que Grand Budapest Hotel de Wes Anderson a été sacré Meilleur film dans l’étrange catégorie comédie ou comédie musicale. Des moments marquants, certes. Mais on se souviendra surtout de cette soirée pour le «Je suis Charlie» de George Clooney. Des mots que l’adulé acteur, honoré par le Prix Cecil B. DeMille, a portés sur un macaron. Et qu’il a prononcés au micro. «Aujourd’hui était un jour extraordinaire, a-t-il dit. Des millions de gens ont manifesté. Pas seulement à Paris, mais partout dans le monde. Des chrétiens. Des juifs. Des musulmans. Et ils n’ont pas manifesté pour protester, mais pour soutenir l’idée que nous ne vivrons pas dans la peur.»
«Boyhood démontre qu’il existe encore de grands rôles pour les femmes. Tant qu’elles se font engager avant d’avoir 20 ans.» –Amy Poehler, animatrice
Venu présenter un prix quelque temps avant, Jared Leto aussi a exprimé son soutien. «À nos familles, à nos proches, à nos amis en France, on vous aime. Je suis Charlie!» a-t-il lancé.
Même le renfrogné Billy Bob Thornton a fait un clin d’œil à la défense de la liberté d’expression en allant chercher sa récompense pour Fargo, la série. «Par les temps qui courent, on peut se faire arrêter pour n’importe quoi, alors je ne dirai que merci. Merci.»
«Ceci n’est que le début de ma revanche.» –Kevin Spacey, en récupérant son trophée du Meilleur acteur dans une télésérie dramatique pour House of Cards
Tout au long de la cérémonie, plusieurs causes ont été défendues au micro. Jill Soloway, la créatrice de Transparent, sacrée Meilleure série dans la catégorie comédie, a dédié son prix à Leelah Alcorn, l’adolescente transgenre qui s’est enlevé la vie le mois dernier. Jeffrey Tambor, nommé Meilleur acteur pour son rôle dans cette même série produite par le nouveau venu Amazon, a pour sa part dédié son prix et sa performance à toute la communauté trans. «Merci de nous laisser faire partie du changement», a-t-il dit.
Continuons: la récompensée Gina Rodriguez, star du téléroman-telenovela Jane the Virgin, a salué la communauté latino-américaine. Ayant hérité du titre de la Meilleure actrice dans une mini-série pour sa participation à The Honorourable Woman, Maggie Gyllenhaal a quant à elle souligné la quantité de bons rôles, non seulement de femmes, mais de vraies femmes, que l’on trouve de nos jours.
«Dire que je n’étais pas préparée à ce que ce moment arrive serait un énorme euphémisme. Je ne me suis même pas remis de brillant à lèvres.» –Amy Adams, Meilleure actrice dans une comédie pour Big Eyes
Sur une autre note, soit celle de l’animation, rappelons que, comme c’est désormais la tradition, Tina Fey et Amy Poehler se sont peu pointées. «Oui, mais c’est toujours comme ça», objecteront certains. Eh bien, ouuuuinon. Rappelez-vous cette mémorable année où Ricky Gervais a fait scandale. Il est monté sur scène bien plus souvent que Tina et Amy cette fois. Ces dernières sont intervenues six fois, dont trois pour dire trois lignes. Mais bon. Dans leur monologue d’introduction punché, les deux ex-reines de SNL ont notamment joué à «avec qui tu coucherais?» en nommant des invités dans la salle. Elles ont également osé une allusion aux allégations de viol qui pèsent contre Bill Cosby dans un résumé du film Into the Woods, dans lequel «Cendrillon s’est sauvée de son prince, Raspunzel s’est fait jeter du haut de sa tour et la Belle au bois dormant pensait juste qu’elle allait prendre un café avec Bill Cosby». Dans l’assemblée, des «ooooh» ont fusé et des mains devant la bouche se sont portées.
Pour finir, notons que si les séries gagnantes sont pour la majorité peu connues du grand-grand public, Kevin Spacey a connu, lui, son instant de gloire pour son rôle dans House of Cards. «C’est la huitième fois que je suis en nomination, a lancé l’interprète de Frank Underwood. Je ne peux pas croire que j’ai enfin fuc(beeeeeep)ing gagné.» Nous, on ne peut pas croire qu’ils l’ont fuc(beeeeeeep)ing censuré.
Quelques-uns des lauréats
de la soirée de dimanche:
• Meilleur film – Drame. Boyhood, Richard Linklater
• Meilleur film – Comédie
ou comédie musicale.
The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson
• Meilleure actrice dans
un drame. Julianne Moore, Still Alice
• Meilleure chanson originale. Glory, Common et John Legend
• Meilleure acteur de soutien dans un film. J.K. Simmons, Whiplash
• Meilleur film en langue étrangère. Leviathan, d’Andrey Zvyagintsev
• Meilleur actrice de soutien. Patricia Arquette – Boyhood
• Meilleure télésérie –
Drame. The Affair
• Meilleure télésérie –
Comédie. Transparent
