Après l’acclamé Up the Yangtze, Yung Chang revient avec China Heavyweight, une histoire de boxe et de résistance. Entretien avec le documentariste montréalais d’origine chinoise.
La boxe, quel sujet en or pour un documentaire, non?
Oui! C’est un des sports les plus cinématographiques qui soient! Il y a tant de métaphores qu’on peut faire avec une histoire sur la boxe!
Dans China Heavyweight, vous suivez trois personnages très différents les uns des autres [un boxeur timide, un autre très ambitieux et un entraîneur vénérable]. Est-ce que chacun d’entre eux représente une facette de la Chine d’aujourd’hui?
Tout à fait. Ils sont des archétypes de différentes couches de la société chinoise. Il y a d’abord le boxeur amateur, He Zongli, qui est prêt à sacrifier sa vie pour son pays. Ensuite, il y a Miao Yunfei, qui représente l’homme assoiffé d’Occident. C’est un garçon qui ne respecte pas les règles; qui veut s’éloigner de la tradition afin de devenir un boxeur professionnel. Finalement, on a Coach Qi, qui représente à mes yeux le dernier héros chinois. Vous savez, lorsque les médias parlent de la Chine, la plupart font état d’un pays qui traverse des changements énormes et qui semble avoir perdu son âme. Il y a de la corruption, de l’avidité… L’essence même de la société est remise en question. Contrairement à tout cela, Coach Qi est un homme dévoué, guidé par son désir d’insuffler de la vertu aux générations futures.
Comme vous dites, Miao rêve de grandeur. Il regrette que les boxeurs amateurs ne fassent pas d’entrée en scène extravagante…
Pas d’entrée en scène, non. Et lui rêve d’applaudissements, de gloire. D’arriver au sommet le plus rapidement possible. Coach Qi lui recommande sans arrêt d’y aller doucement, car c’est par le travail qu’on arrive au succès. Mais il refuse d’écouter et c’est ce qui le mènera à sa perte.
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Il y a cette scène troublante dans laquelle Miao explique à sa mère en pleurs qu’il veut quitter la maison au plus vite pour devenir une star de la boxe parce qu’il est insatisfait de son existence. Et ensuite, vous montrez un plan de leur demeure, située dans un paysage idyllique…
On ne se trompe jamais avec les champs de riz et de tabac chinois! C’est visuellement magnifique. Mais derrière toute cette beauté se cachent des générations et des générations de travail et de souffrance.
Sur une note plus comique, il y a une super scène au cours de laquelle on voit deux cuistots qui dansent sur de la musique électro en faisant cuire du BBQ dans la rue…
Oh! C’est ma scène préférée du film! On ne le voit pas à l’écran, mais derrière leur gril, ils ont une pancarte sur laquelle il est écrit : «The Passion Brothers» [Les frères de la passion, traduction libre]. Je les ai trouvés dans un marché. Ils étaient hallucinants.
Vous dites souvent que faire des documentaires vous apprend beaucoup de choses sur vous-même. Qu’avez-vous appris cette fois?
C’est une question difficile. Quand on fait un documentaire, on est à la merci des protagonistes. Je suis devenu si proche de Coach Qi que, lorsqu’il a décidé de remonter dans le ring, ç’a probablement été une des choses les plus bouleversantes que j’ai eu à filmer de ma vie. Sa force de caractère et ses valeurs m’ont énormément inspiré. Il m’a poussé à me remettre en question et à me demander : qu’est-ce que ça signifie, être un homme? Qu’est-ce que ça signifie, être Chinois?
Coach Qi porte une casquette du Canadien…
C’était mon petit clin d’œil secret! Je la lui ai offerte en cadeau et il l’a portée fièrement!
China Heavyweight
En salle dès vendredi
