Culture

Les loups, de Deraspe: à la dérive

Les loups, de Deraspe: à la dérive
Photo: Les films Séville

Après avoir ouvert les RVCQ, Les loups, le délicat dernier film de Sophie Deraspe, qui permet à l’actrice Evelyne Brochu de renouer avec l’essentiel, sort maintenant en salle.

Une âme errante et solitaire (Evelyne Brochu) débarque sur une île reculée avec ses secrets et ses blessures. Elle y découvre une faune tissée serrée (les Louise Portal, Benoît Gouin et Gilbert Sicotte de ce monde): de véritables loups protecteurs qui chassent les phoques et bravent les éléments pour recueillir les trésors de la mer.

«Ce qui m’intéressait, c’est cette communauté, raconte en entrevue la cinéaste et scénariste Sophie Deraspe, rencontrée dans le restaurant d’un hôtel montréalais. Je voulais revenir à un rapport beaucoup plus étroit avec le cycle de la vie et l’endroit d’où on vient, et qui répond un peu à des questions sur où on va.»

En plus de se chercher en tentant de se reconnecter aux autres, le personnage principal n’a d’autre choix que de laisser à la nature la place qui lui revient. Celle qui est à la fois grandiose et brutale, qui permet la subsistance et qui est propice à une certaine forme de spiritualité.

Puisant autant chez Zola que chez Miyazaki, s’inspirant aussi de l’art de Catherine Martin et de celui de Sébastien Pilote, le récit multiplie les quêtes existentielles qui voguent au fil des tempêtes et des révélations, constamment fragilisées par cette eau glacée qui peut se briser n’importe quand sous les pieds de l’héroïne.

Du trépas aux recommencements, l’équilibre entre ce qui est donné et ce qui est enlevé est au cœur des Loups. «Le film de Sophie s’intéresse à ces passages de la vie à la mort, aux derniers moments de l’existence, révèle Evelyne Brochu. Dans nos vies nord-américaines, on oublie ces transitions-là, qui sont pourtant si évidentes et fondamentales. On est dans l’illusion qu’on est en contrôle de ça.»

«On arrive aux portes de la mort et on se demande ce qui est important, ce qui a valu la peine, conclut la réalisatrice. Dans Les loups, je pense que le personnage principal découvre une famille au sens large.»

«Le film de Sophie s’intéresse aux derniers moments de l’existence. Dans nos vies nord-américaines, on oublie ces transitions-là, qui sont pourtant si évidentes et fondamentales.» – Evelyne Brochu, à propos du film Les loups

En vase clos
La peinture (Rechercher Victor Pellerin), les soins palliatifs (Les signes vitaux), les relations virtuelles (Profil Amina) et maintenant le regroupement en meute d’êtres humains qui habitent loin des grands centres urbains: le cinéma de Sophie Deraspe explore des milieux qui ont leurs propres rites et leurs propres règles, mélange des acteurs professionnels et des amateurs, superpose le documentaire et la fiction.

«J’aime ça, lever le voile sur un monde particulier, sa manière de fonctionner, ses codes, s’autoanalyse la réalisatrice. J’ose espérer que si je découvre quelque chose et que ça m’alimente, ça se transmettra aussi dans le film. Que les gens en ressortiront en étant porteurs de quelque chose qui va les nourrir.»

Les loups
En salle dès vendredi