Longtemps avant de réaliser Battleship (Bataille navale), Peter Berg fut un jeune acteur prometteur. Rencontre avec un cinéaste qui n’a pas sa langue dans sa poche.
On vous a connu comme acteur dans Shocker de Wes Craven ou The Last Seduction de John Dahl. Mais depuis Very Bad Things en 1998, vous réalisez vos propres films. La mise en scène a-t-elle longtemps été un rêve secret?
À l’âge de 14 ans, je me suis inscrit à un cours de cinéma et j’ai réalisé un petit film dans lequel j’ai fait jouer la plus jolie fille de l’école. J’ai attrapé le virus du métier et il ne m’a plus quitté depuis, que je fasse du théâtre ou de la télé, que je sois simple acteur ou que je construise moi-même les décors. Pour moi ce job ressemble à une drogue, il permet à ton cerveau d’échapper à la réalité et d’éprouver une existence plus grande que nature. J’ai grandi dans le Minnesota et après mes études, je me suis installé à Los Angeles à la fin des années 1980. À l’époque, j’ai fait tous les métiers possibles et imaginables dans le cinéma. J’apportais le café sur le plateau, je faisais le taxi pour les acteurs, je nettoyais même leur chambre d’hôtel. Tout! Mon véritable apprentissage du métier, c’est là que je l’ai eu…
Jouer la comédie n’était donc pas votre motivation première?
J’aimais ça, mais je n’ai jamais cherché à faire une «carrière» d’acteur. Je pense que j’étais assez bon. Pas autant que Daniel Day-Lewis (sourire), mais solide. Ces derniers temps je joue dans mes propres films. On me voit une seconde dans Battleship, un très rapide clin d’oeil à la Hitchcock. Même si la comparaison s’arrête là! (Rires) En fait, la réalisation me permet de rester fidèle
à cette étincelle que j’ai ressentie le jour où j’ai réalisé mon premier film à l’école. Et j’espère que ça durera le plus longtemps possible.
Battleship est-il le genre film que vous rêviez de faire étant ado?
J’ai toujours adoré ce genre de «super film», du grand spectacle à gros budget destiné à un large public. On me demande souvent s’il est possible d’y insuffler sa personnalité et je réponds… ça dépend. L’important, c’est d’avoir la confiance du studio. Mais aussi et surtout de l’équipe. Sur Hancock, mon film précédent, je ne savais pas bien communiquer avec les gens des effets spéciaux. J’ai fait des erreurs et le film en a pâti. Et puis j’avais deux énormes stars, Will Smith et Charlize Theron. Sans parler d’un producteur de poids en la personne de Michael Mann… Ce n’est pas toujours facile de se faire entendre face à d’aussi grosses personnalités. Sur Battleship, j’ai choisi les techniciens, les comédiens, la musique. J’ai essayé de faire «mon film», en dépit de l’ampleur du projet.
Qui sont vos modèles dans le métier?
J’admire des gens comme Michael Mann, Steven Spielberg ou bien sûr Clint Eastwood, qui font ce métier depuis des années et conservent un enthousiasme de jeune homme. Ce qui n’est pas le cas de certains jeunes réalisateurs que je connais et qui se plaignent sans cesse du métier et qui sont brûlés avant l’heure.
Le fait d’être acteur, ça vous permet de les diriger autrement? Mieux?
Vous savez quoi? Les acteurs vivent dans une bulle de peur. Denzel Washington, Will Smith, Cameron Diaz, Leonardo DiCaprio ou une débutante comme Rihanna sur Battleship… Souvent ils ne comprennent pas vraiment ce qu’ils sont en train de faire. Il m’arrive encore de surfer même si j’ai bientôt 50 ans et c’est exactement comme attraper la meilleure vague. Lorsque tu es dessus, c’est génial. Tu ne sais pas comment tu y es arrivé, mais pour rien au monde tu ne voudrais en redescendre. Bref les acteurs sont dans cette bulle et souvent les réalisateurs n’osent pas les toucher de peur de se prendre leur angoisse dans la figure.
Vous, vous les faites tomber de leur vague?
C’est un peu ça (rires). En fait je n’ai pas peur de leur parler, de leur dire qu’ils dérapent. Ils sont un peu comme des enfants. J’ai un garçon de 12 ans et je suis le coach de son équipe de football. Par moment, il faut les laisser courir, faire des conneries. Et de temps en temps bien les recadrer. Si on contrôle trop les acteurs, ils deviennent fous. Si vous leur laissez trop le contrôle… c’est vous qui devenez fou!
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