À l’occasion de la sortie de Marley, documentaire qui retrace la vie de son iconique paternel, Ziggy Marley, le plus vieux des garçons du clan, nous parle de reggae, d’expérience et de son enfance avec Bob.
C’est au son d’Exodus que défilent les premières images de Marley. Une petite perle de documentaire qui, s’il n’apprend rien de sidérant aux inconditionnels, se révèle un portrait fouillé, recherché et captivant de l’ambassadeur du One Love. Le documentariste Kevin Macdonald y retrace l’existence de l’homme et de la légende que fut Robert Marley, de sa naissance, le 6 février 1945, jusqu’à sa mort, survenue le 11 mai 1981.
Au fil d’entretiens et d’images d’archives, le cinéaste qui nous a notamment donné The Last King of Scotland s’emploie à raconter l’histoire de l’icône jamaïcaine. Devant sa caméra se succèdent amis, enfants, épouse, amantes et membres des Wailers. Parmi eux, le percussionniste Neville «Bunny» Livingston qui se souvient du terrible rejet dont a été victime le petit Bob, moqué parce que son père était un Blanc. En voix off, on entend également un enregistrement du regretté pianiste Peter Tosh, assassiné en 1987. En tout, pendant deux heures et demie, une soixantaine de personnes témoignent.
Producteur exécutif de Marley, Ziggy, l’aîné des garçons de Bob, nous confie qu’il a été très ému lorsqu’il a découvert le film. «C’était génial, émouvant et ç’a généré beaucoup d’émotions en moi», dit-il.
Joint au téléphone, Zig commence par nous confirmer à plusieurs reprises que «all is good» et que parler du film «is good» aussi. Pourtant, il ne doit pas être facile de se replonger dans les souvenirs de son enfance, non? Le premier fils de Bob assure pourtant que si. «Ça n’a que du bon. Il n’y a rien de négatif dans tout cela. C’est notre expérience, c’est ce que nous avons vécu, et on l’accepte.»
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Dans le docu, Cedella, la sœur aînée de Ziggy, semble par moments regretter d’avoir eu à «partager» son père avec tous ces gens qui l’entouraient sans cesse. Même lorsqu’il était couché sur son lit de mort, anéanti par le cancer, la pièce était toujours pleine de monde, déplore-t-elle. Ziggy, quant à lui, confie à la caméra que son paternel était très compétitif. «Lorsqu’il organisait des courses sur la plage avec nous, ses enfants, il ne se forçait même pas pour nous laisser gagner! Il voulait toujours être le meilleur…»
«Ce sont des bons souvenirs», commente-t-il, lorsqu’on lui mentionne cette scène du film. «Je suis reconnaissant pour toutes les expériences que j’ai pu vivre. Les bonnes comme les mauvaises.» Le musicien, qui avait 12 ans lorsque Bob Marley est décédé, qualifie son enfance de «bien remplie». «Mon père avait une vie trépidante. Il ne faisait pas seulement des tournées, il faisait la révolution! C’était excitant pour nous, les petits.» Ziggy, qui a lui-même lancé le disque pour enfants Family Time remarque aussi qu’il n’y a rien de plus important que la famille. «Surtout cette grande famille que nous formons, nous les humains», ajoute-t-il.
Porté par les succès du grand Bob, dont Stir it Up, No Woman No Cry en version gospel et Redemption Song, le documentaire nous rappelle aussi que Marley, adoré de ces dames, eut onze enfants de sept femmes différentes. Interrogée par Kevin Macdonald sur les infidélités de celui qui a partagé presque toute sa vie, l’épouse de Bob Marley, Rita, ne bronche pas et sourit. Puis, elle répond qu’elle était «son ange gardien» et que c’est à elle que revenait la tâche d’éloigner les groupies de son mari quand elles devenaient trop insistantes. «Je crois que ce film va donner aux gens une bonne idée de qui était Bob, de ce qu’il a traversé et leur montrer d’où vient la musique», commente Ziggy. Car l’opus de Kevin Macdonald ne parle pas que de l’idole du peuple jamaïcain. Il parle aussi du contexte historique, des conflits politiques et du climat social souvent bouillant. Le thème du reggae est aussi abordé. «La basse et les percussions sont le cœur de ce genre, dit Ziggy. Ce sont les instruments qui portent beaucoup d’émotions, de vibrations.»
Le 28 juin, le fils aîné fera à son tour vibrer les Montréalais au Festival de Jazz. Il y présentera Wild and Free, son dernier disque paru l’an dernier sous étiquette Tuff Gong. D’ailleurs, dès qu’on mentionne ce concert à venir, le sympathique et laconique musicien s’anime. «Oh yeah, yeah! Je vais venir avec mon groupe. Je suis très, très excité!» lance-t-il. Sur la pièce-titre de cet album, le musicien livre un plaidoyer pour la légalisation de la marijuana en compagnie de son pote Woody Harrelson. «J’ai rencontré Woody parce qu’il se tenait avec ma grand-mère, raconte-t-il. Lui et moi, nous partageons beaucoup d’idées, nous avons des sensibilités communes…»
En attendant de venir jouer ses chansons, Ziggy espère que Marley saura ramener l’esprit unificateur de Bob, qui rêvait de voir l’humanité vivre en paix. «J’espère qu’avec ce film, les gens se sentiront plus près de mon père», confie-t-il. Et lui? S’est-il senti plus près de lui? «J’ai toujours été proche de mon père. Mais ça m’a permis de mieux connaître encore celui auquel je pense tous les jours…»
Marley
En salle vendredi
