Les membres du trio Niyaz cumulent un vécu impressionnant qu’ils transposent avec un talent fou dans leur musique. Entretien avec la superbe voix du groupe, Azam Ali.
«Ce fut un long périple!» s’exclame Azam Ali. Déménagée depuis deux ans dans la métropole en compagnie de son amoureux, le multi-instrumentiste Loga Ramin Torkian, la belle chanteuse dit qu’elle est encore dans sa phase de «lune de miel avec Montréal». «L’été, il y a toujours plein de gens sur notre
terrasse, c’est génial!» nous dit-elle lorsqu’elle nous reçoit dans sa demeure du Mile-End, qu’elle habite avec son époux et leur petit garçon.
Avec Loga Ramin et l’acclamé producteur Carmen Rizzo, Azam Ali forme le trio Niyaz. Le troisième disque du groupe, Sumud, sortira dans les bacs mardi prochain et la bande sera en spectacle demain, à l’Astral. Avec sa signature unique qui mêle une musique électro-trance à des textes folk traditionnels de l’Iran, du Kurdistan et de l’Afghanistan, entre autres, Niyaz risque de faire bien des nouveaux fidèles parmi les Montréalais.
Sur Sumud, Azam Ali chante de sa voix sublime de magnifiques poèmes du folklore kurde, turc, afghan et palestinien. «On a choisi les textes en ciblant des lieux qui nous tiennent à cœur, des lieux en crise, dont les peuples luttent avec acharnement, explique-t-elle. Les textes viennent d’endroits dont on adore la musique et la culture et qui nous ont tous influencés artistiquement. Des lieux où il nous semblerait naturel de jouer.» Mais s’ils se sont produits dans moult régions dont ils chantent les textes, l’Afghanistan et la Palestine manquent à l’appel.
«La Palestine, je rêve d’y jouer un jour, mais je pense que ça va rester à l’état de rêve. C’est un des plus grands désastres humanitaires du monde, s’attriste Azam Ali. Et l’Afghanistan, eh bien, quand j’y pense, mon cœur se brise. C’est un pays magnifique. Les gens y sont incroyables! Mais depuis que je suis en vie, cette région a toujours été en guerre. Les gens de ma génération qui y habitent, c’est tout ce qu’ils connaissent: le conflit. La liberté, la paix, ils ne connaissent rien de tout cela. Ce qu’il y a de plus triste c’est que, lorsqu’on est en guerre, notre priorité, c’est de survivre. Ce n’est pas de sauvegarder la musique, la culture…»
Sensible aux conflits qui secouent le monde et à la lutte des peuples opprimés, la chanteuse présente un parcours fort riche. «Des fois, j’ai du mal à y croire, mais quand j’étais petite, en Iran, je prenais le bus pour aller voir mes grands-parents, qui vivaient dans un tout petit village. Il n’y avait pas d’électricité.
Avec ma grand-maman, on amenait des seaux à la rivière pour ramener de l’eau. Il m’arrive de me pincer quand je pense que, dans la même existence, j’ai pu traverser ça et puis mener cette vie aujourd’hui au Québec!» Après l’enfance en Iran, Azam Ali a passé du temps en Inde, puis elle est partie pour L.A. Elle blague en disant que si sa mère a fuit son pays natal, elle, elle a fui Los Angeles. «C’était terrible, je détestais ça. C’est une ville géniale si on veut faire de l’argent ou être constamment au soleil, mais ça ne correspondait pas du tout à mon idéal de vie. Je n’ai jamais réussi à y trouver le bonheur.»
Une bonne chose est toutefois ressortie de toutes ces années passées dans la Cité des anges: sa route a croisé celle de Loga Ramin Torkian. «On s’est rencontrés quand on était très jeunes, 18, 19 ans. On a grandi ensemble. Nous faisions tous les deux partie de groupes différents. Puis, à un moment donné, on a décidé de dissoudre ces groupes et de lancer un nouveau projet. C’est ainsi que Niyaz – et incidemment notre couple! –, est né.» Un groupe qui embrasse les principales amours de la chanteuse: la poésie folk («la vraie voix du peuple», dit-elle) et l’électronica. «Mes goûts musicaux sont tellement extrêmes!» dit-elle. Et ça ne peut que donner un résultat extrêmement attrayant…
Niyaz
En spectacle à l’Astral
Demain à 20h30
Sumud
En magasin mardi