Culture
21:33 30 avril 2015

Fucké: cinéma brutal

Fucké: cinéma brutal
Photo: collaboration spéciale

Simon Gaudreau joue avec les codes du documentaire dans Fucké, où il présente des gens trop souvent marginalisés.

Ils sont âgés de 32 à 65 ans. Ces assistés sociaux qui s’entassent dans un bloc-appartements de 33 chambres du Plateau Mont-Royal, avec des toilettes communes à l’étage, discutent de bonheur, d’aspirations et de pauvreté. Le tout sur fond de fumée de cigarettes et d’haleine de bière.

Fucké est un documentaire qui secoue et qui remue tout à la fois. «Mon cinéma est assez brutal, avoue Simon Gaudreau, qui avait réalisé en 2010 l’essai King of the l’Est. Je pense que ça propose une expérience cinématographique un peu moins conventionnelle que les documentaires en général.»

Tout comme Robert Morin et Werner Herzog avant lui, le cinéaste n’hésite pas à utiliser son regard subjectif pour montrer non pas une réalité sociale, mais la réalité de ses personnages. Des individus attachants mais fragiles, qu’il a filmés sur une période de deux ans et même pendant des séances d’injection de drogue. Des plans longs et douloureux.

«Je pense qu’en regardant le film, on finit par avoir une empathie pour ces personnes-là, et on se rend compte qu’au-delà du préjugé qu’on peut avoir, ils nous ressemblent. Le mot fucké devient affectueux.» – Simon Gaudreau, expliquant le titre de son documentaire

«Ce qui m’intéresse au cinéma, plus que le sujet, c’est le langage cinématographique, confie le créateur. Dans le monde du documentaire, ce sont des questions éthiques. Qu’est-ce qu’on montre et comment le montre-t-on? Ce qui peut rendre mal à l’aise lorsqu’on regarde une scène, c’est qu’on se questionne par rapport à l’image qu’on voit. Est-ce que ce que je vois est quelque chose de bien, de mal? Dans mes films, j’essaye de ne pas dire aux spectateurs quoi penser. J’agence des images pour faire en sorte qu’ils se questionnent sur la réalité qui leur est montrée.»

Pas question pour autant de tomber dans le voyeurisme ou le misérabilisme. «Mes personnages ne sont pas écrasés sous mon regard, assure Simon Gaudreau. Il n’y a pas de statistique, de morale ou de message pour dire que la société les maltraite ou qu’ils sont des victimes. Ce sont des humains, et on apprend à les aimer.»


Fucké
En salle dès vendredi