Culture

Mike Ward est Nasty

Photo: Collaboration spéciale

Enveloppé d’une aura mythique, limite dangereuse et complètement dépravée, le Nasty Show, c’est le spectacle d’humour où les règles du propre et du correct sont balancées par la fenêtre à grands coups de coups de pied. C’est là que Mike Ward fait son entrée.

Participer au Nasty Show, spectacle monument où «l’humour n’est pas juste trash, mais carrément déplacé», était un rêve de p’tit gars pour Mike Ward. Bon, peut-être pas tant p’tit, car il se dit là des choses pas très appropriées pour quiconque n’a pas atteint l’âge de boire du fort, mais du moins un rêve. Tout court. En 2009 et en 2011, il y a participé. Cette année, il ANIME la chose. Pfffw. La folie.

Pour l’épauler sur scène, Just for Laughs a réuni des colosses du hard, dont l’icône du malaise éléphantesque Gilbert Gottfried, le dieu britannique du louche Jimmy Carr, la nouvelle venue Tiffany Haddish ainsi qu’Artie Lange, qui a fait sa renommée en tant qu’acolyte au Howard Stern Show. Une émission de radio culte dont Mike Ward était fan… avant qu’Artie quitte les ondes, après de sérieux déboires avec l’héroïne doublés d’une tentative de suicide et que Howard devienne «trop monsieur». «J’aimais le Howard Stern méchant. Pas celui qui parle de America’s Got Talent! s’exclame l’humoriste québécois bilingue. Il est devenu trop gentil…»

…C’est une hantise, pour vous, devenir gentil?
Non! En plus, honnêtement, mon humour est trash mais toujours gentil! C’est ça, la différence entre moi pis Bobby Slayton qui animait le Nasty Show avant moi. Lui, il attaquait les gens. Les spectateurs avaient peur de s’asseoir dans les premières rangées! Moi, je vais leur parler, mais ce ne sera pas pour les humilier.

Dans votre dernier spectacle, Chien, vous avez d’ailleurs surpris bien du monde en livrant un message d’amour et un appel à l’unité, au vivre ensemble presque.
Oui! Dans le Nasty Show, je vais reprendre [en anglais] un de ces passages de Chien. Comme c’est la première fois qu’un Montréalais anime (en l’occurrence moi), je voulais faire un truc sur Montréal. Et je trouve que ce qui représente le mieux la ville, c’est le côté anglo-franco. Je vais lancer un p’tit message d’amour en parlant de ça. Mais il y aura des jokes de pédophiles parmi mes déclarations d’acceptation! (Rires)

Outre être nommé à la barre du Nasty Show, vous avez réalisé un de vos rêves cette année, à savoir être invité à l’émission de l’animateur de radio new-yorkais Anthony Cumia, un de vos modèles. Au micro, Anthony a noté qu’à Montréal «on manque de moralité!» et vous avez plaidé pour que la ville devienne encore plus permissive. Un combat?
Montréal est une ville incroyable pour ça, mais on dirait qu’on ne l’assume pas. On est la vidange de l’Amérique! (Rires) Mais vidange dans le bon sens! Surtout l’été avec tous les festivals et les bars, tout le monde est plus cool, tout le monde boit. Je pense qu’on devrait l’assumer et devenir un Amsterdam québécois.

«Si t’as payé pour venir voir un show qui existe, qui choque et qui dépasse les limites depuis 30 ans, puis que t’es outré, t’es un imbécile.» – Mike Ward, qui anime pour la première fois, en anglais, le Nasty Show, un spectacle adoré de la scène humoristique qui attire les foules chaque année à Montréal.

On l’a vu à votre dernier passage à Tout le monde en parle où vous avez refusé de soutenir la candidature de Thomas Mulcair: vous ne faites pas de politique.
Non!

Est-ce que ce serait votre seul tabou?
Ce n’est même pas un tabou. C’est juste que ça ne m’intéresse pas. Je ne crois pas au système : il ne marche pas. J’aime mieux faire comme si ça n’existait pas. Il y a un numéro [du regretté humoriste américain] George Carlin dans lequel il parlait des gens qui disent : «Si tu ne votes pas, tu n’as pas le droit de chialer.» Et il disait : «C’est quand tu ne votes pas que t’as le droit de chialer parce que quand t’as voté, tu fais partie du problème.»

Vous aimez répondre à vos détracteurs sur les réseaux sociaux. Est-ce que choquer, c’est pour vous un des grands plaisirs de la vie?
Oui! C’est devenu mon gros fun, quand quelqu’un m’insulte, je lui réponds. (Rires) Souvent, je le félicite, je dis: heille, bravo, tu m’as remis à ma place. Bravo, bravo, tu m’as coincé. Ça me fait beaucoup rire. Quand tu prends les commentaires négatifs sur Facebook, ça peut être blessant, mais quand tu les prends comme si c’était un jeu, là ça devient le fun.

Est-ce que c’est un but non avoué que les humoristes se donnent au Nasty Show : choquer des gens au point de les faire sortir de la salle?
Ça ne sort jamais! C’est même drôle: les premières années, le public était composé QUE de gars dans la vingtaine. C’était presque comme le public du UFC aujourd’hui. Mais dernièrement, il y a plus de femmes que d’hommes et la foule est plus vieille, dans la cinquantaine! Je pense que c’est peut-être pour ça qu’ils m’ont demandé d’animer : pour rajeunir le public. Je ne suis pas jeune, mais comparé à Bobby Slayton, je suis un enfant!

Parlant de votre statut de «jeune homme», The Gazette a dit que vous avez l’air «aussi innocent qu’un enfant de chœur». On imagine qu’à la lecture de cette phrase vous avez pensé à une blague inappropriée, mais outre cela, est-ce que le commentaire vous a fait plaisir?
Oui! (Rires) C’est ÇA que j’aime quand je joue à l’extérieur du Québec ou pour des gens qui ne me connaissent pas! Avec ma grosse face, j’ai l’air tellement gentil que les gens sont surpris de toute la m*rde qui sort de ma bouche. (Rires) J’aime vraiment ça. Je trouve que ça m’aide pour faire des gags. Ça surprend.

Pensez-vous que les humoristes américains qui arrivent ici se disent «Woohoo! On peut dire bien plus d’affaires sur scène à Montréal que chez nous»?
C’est sûr! Surtout que le Nasty Show a mis beaucoup de monde sur la mappe, comme Bill Hicks, qui est devenu une star! Ou Patrice O’Neal! J’ai l’impression qu’ici, ils sont en vacances, mais dans le bon sens! Ils vont plus loin. Ils se sentent quasiment obligés de le faire. Le monde VEUT du trash.

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Sujets Nasty

Les habitués du Nasty Show le savent: aucun sujet n’est trop délicat pour être exploré par les humoristes invités. Nous sommes tous conscients qu’il n’y a rien de pire que de parler, à l’écrit, de gags décadents pris hors contexte, mais pour mieux se préparer (et pour prévenir les néophytes), nous avons dressé avec Mike Ward une liste de thèmes potentiellement abordés lors de l’édition 2015. Alors Mike, sera-t-il question…

D’exhibitionnisme? «S’il y en a une qui risque d’en parler, c’est Luenell. Tu sais, celle qui jouait dans le film Borat? La fille qu’il mariait? Je l’ai vue faire du stand-up et elle fait souvent des gags par rapport au sexe en public et au fait de se mettre à poil partout. Donc, j’ai l’impression que soit elle va aborder le sujet, soit on va voir des affaires qu’on n’a pas le goût de voir.»

De drogues dures? «C’est sûr que oui puisque Artie Lange a vraiment eu de gros problèmes d’héroïne dans les dernières années. C’est clair qu’il va en parler!»

De vétérans du Vietnam? «De vétérans du Vietnam?! C’est ben random! (Rires) J’allais dire non, mais là j’espère quasiment que oui. Parce qu’il y aurait plein d’affaires weird à dire.»

De Caitlyn Jenner? «C’est sûr que oui. Les gens trash sont ouverts d’esprit, donc ils ne sont pas contre les transgenres, mais ils sont contre Caitlyn Jenner! Pas parce qu’elle est une femme, mais parce que c’est une Kardashian. Moi, je ne l’haïs pas pour ce qu’elle est devenue, mais pour ce qu’elle a toujours été.»

The Nasty Show
Au Métropolis jusqu’au 25 juillet

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