Culture

Bill Burr: pas d’excuses

Photo: Koury Angelo /collaboration spéciale

Il affirme qu’il n’a pas de solutions pour régler les travers de l’humanité. Pourtant, en l’écoutant, on se dit que eh, tout compte fait, il a quand même de bonnes idées. Certes, Bill Burr ne fait pas dans la dentelle. Et sa vision du monde n’est pas rose bonbon, gentille gentille et cuuuute. Dieu merci. Il lance les choses crûment. S’énerve comme c’est pas permis. Mais si les rires de son public sont parfois traversés, de loin, loin, loin, par un faible «oh, c’est pas fin, ça», il ne s’excuse pas, jamais. «T’as pas trouvé ça drôle? Tant pis. Eux oui.»

Maniaque de sport qui s’amuse parfois à jouer au maniaque tout court, Bill Burr remet en question le système et les gens qui disent «c’est d’même parce que c’est d’même» depuis 1992. Gars qui s’emporte contre tout, mais jamais juste comme ça, pour rien, l’humoriste quarantenaire livre brillamment ses névroses dans des numéros où il croise des zombies, se heurte à l’apocalypse, décortique les relations, condamne l’idiotie. Dans ses spectacles, comme dans son émission en baladodiffusion Monday Morning Podcast, il chiale contre des trucs aussi divers que le statut selon lui surestimé d’Andy Warhol, les cons (un thème récurrent), les tatouages ratés, la pudicité. Il partage aussi son amour fou du cinéma, fait référence aux documentaires animaliers et se confie sur sa peur de l’océan, tout ça avec son pur accent de Boston et son ton colérique caractéristique inimitable.
(N.B.: Pour plus de réalisme, lisez les réponses qu’il nous a données en ayant ce même ton à l’esprit).

Dans votre dernier one man show enregistré pour Netflix, I’m Sorry You Feel That Way, vous nous donnez LA solution pour rendre ce monde supportable: 85% d’entre nous doivent partir. Mais il y a une partie de ce 85% dans votre public et parmi vos fans non? Ou vous espérez que vous vous adressez aux 15% qui méritent de rester?
Non, moi-même je fais partie du 85%! On va tous mourir! (Rires) Quand cette sélection sera faite, les gens normaux et les humoristes vont être dans le pétrin! (Rires)

Dans ce même spectacle, lors d’un numéro sur la religion, le public commence à vous applaudir avec ferveur. Vous réagissez en criant: «N’applaudissez pas! N’applaudissez pas! Suivez quelqu’un d’autre!» Êtes-vous autant irrité par les gens qui ne vous écoutent pas que par ceux qui approuvent tout ce que vous racontez?
Je ne suis pas irrité, mais je trouve important de rappeler que je fais de l’autodérision! Quand on aborde certains des thèmes que j’aborde, moi, on a parfois l’air de penser qu’on a les réponses. Ce que je n’ai pas!

Vous avez souvent dit à quel point vous aimez Jerry Seinfeld. Vous avez d’ailleurs été invité à sa renommée émission, Comedians in Cars Getting Coffee, une des seules fois où vous n’avez «pas eu envie qu’une entrevue finisse». Vous dites adorer sa rage contenue et le fait que plein de gens croient que son humour «ne parle de rien». Ce à quoi vous répliquez: «Non! il a un mépris total de l’humanité!»
OUI!

Vous-même faites de la colère un grand moteur de vos blagues. La colère, c’est une qualité en humour?
Oh! Pouvoir exprimer sa frustration, c’est énorme! Énorme! Énorme! Non, mais écoute! Je viens d’aller au gym de l’hôtel, d’accord? Et quelqu’un avait aspergé l’endroit de sa sueur! Il y en avait partout dans la place! J’ai fini par tout nettoyer, pas juste pour moi, mais pour tout le monde qui utilisera la salle! De telles gens, qui n’ont simplement aucune considération pour les autres, me rendent fu-ri-eux! Ils conduisent sans empathie, attendent en ligne et, quand c’est leur tour, ne sont pas prêts… Ils me rendent FOU.

«Les huit premières années de ma carrière, je sentais qu’à n’importe quel moment, peu importe à quel point je me sentais bien sur scène, tout pouvait dérailler. Ça m’a pris du temps. Quinze ans, je dirais. Pour ralentir. Pour parler à la vitesse à laquelle j’aurais toujours dû parler. En écoutant mes vieilles vidéocassettes, je ne peux pas croire que les gens comprenaient ce que je leur racontais!» – Bill Burr

Vous avez appelé vos collègues à cesser de présenter leurs excuses en public quand une de leurs blagues est jugée choquante. Votre dernier one man show s’appelle d’ailleurs I’m Sorry You Feel That Way, mais vous ne l’êtes clairement pas, sorry, désolé. Ça fait du bien, de ne pas être repentant?
On devrait seulement être désolé quand on l’est vraiment! Et personne ne devrait nous dire ce qu’on voulait dire, nous, par notre blague! La personne choquée devrait nous demander: «Heille, j’ai compris ta joke de cette façon. Est-ce que c’est ce que tu voulais dire? Oui ou non?» Si tu l’as dite de façon à offenser volontairement, tu devrais t’excuser. Sinon, non!

Un des grands moments de votre carrière a été le rôle que Vince Gilligan vous a donné dans Breaking Bad. Est-ce que ça reste l’un des instants forts de votre vie?
Oh oui! Absolument! J’ai finalement été vu comme un acteur plutôt que comme un type dont on dit: «Faites le jouer dans quelque chose de drôle! Faites-le jouer dans quelque chose de drôle!» Pas seulement ça, mais être dans une série d’une telle qualité…! J’ai été chanceux! Je n’ai pas eu beaucoup de rôles, mais j’en ai eu un petit dans le Chappelle Show – sois sûre d’écrire le mot «petit»! – et dans Breaking Bad, ce qui a nettement amélioré mon entrée sur [la base de données ciné] IMDB!

Dans vos monologues, vous choisissez toujours les noms avec soin. Quand votre fiancée vous parle de ses sorties entre amies, il y a «Jennifer» et «Susan». Dans votre numéro sur les fourmis, tellement mieux organisées que les humains, il y a Stacy-la-fourmi-rebelle. Dernièrement, vous avez dit votre découragement face à la jeune «génération de Cody». Le choix du bon prénom assure-t-il le bon gag?
Oui, on peut toujours choisir un bon prénom rigolo ou peu importe. Mais les prénoms à la mode ont toujours changé. Je suis sûr que bien des gens sont déçus que Ebenezer ait disparu de la mappe. C’est peut-être le même sort qui attend Bill. Peut-être que, dans quelques années, appeler son fils Bill sera comme l’appeler Jim.

Vous faites souvent des voix. Celles d’un candidat (ton plein d’espoir: «Si je suis élu…!»), d’un joueur de football (ton hésitant: «C’est une superbe, euh, organisation.») Vous avez co-créé l’émission d’animation F is for Family, qui sera diffusée sur Netflix en décembre. Et vous y ferez aussi «une voix». Est-ce la partie la plus amusante de votre job? Celle où vous pouvez prendre une pause de votre voix à vous?
Eh bien, grâce à ça j’ai trouvé – enfin! – comment avoir une émission de télé! Faire de l’animation (et des voix)! Personne n’est choqué par les séries animées! (Rires) C’est juste des bonshommes! F is for Family, ça va complètement dépasser les bornes! Et ce sera diffusé! J’ai enfin réussi à diffuser une série! Vous allez vouloir voir ça! Je suis tellement excité! Ça va être fou!

Bill Burr
À L’Olympia
Mercredi à 19h et 21h30 et jeudi à 21h
Dans le cadre de Just for Laughs

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