Culture

Sébastien Ricard: qui sommes Nous?

Trois ans après Le moulin à paroles, événement qui commémorait le 250e anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham, Sébastien Ricard et ses acolytes présentent Nous?. Une seconde lecture de textes, spécialement écrits pour l’occasion cette fois, qui s’interrogent sur la démocratie et la liberté tout en les célébrant. Explications.

Sébastien, cela faisait trois ans que l’idée d’organiser à nouveau un événement de ce type vous trottait dans la tête.
Oui! On se demandait si on allait pouvoir revivre quelque chose comme Le moulin à paroles. On savait qu’on ne voulait pas faire exactement la même chose. On a essayé d’autres affaires qui ont été moins relayées, des projets plus intimistes. Puis, il y a huit mois, on est arrivés avec cette idée-là et on s’est mis à y travailler plus intensivement.

Le Nous?, avec un point d’interrogation, s’est-il imposé d’emblée?
Non, on a vraiment cherché longtemps avant de trouver un bon titre! Celui-là, on l’aimait parce qu’il est simple et qu’il permet à tout le monde de se sentir interpellé. Pour ce qui est du point d’interrogation, il nous semblait essentiel, à la fois pour piquer la curiosité des gens et pour introduire une remise en question radicale, en très peu de mots.

Vivons-nous une époque de grande remise en question, selon vous?
Oui, et c’est l’occasion idéale pour s’interroger sur un lieu commun comme le «nous». C’est vrai qu’en ce moment tout bouge, et il faut en profiter pour remettre les choses en question, secouer et ébranler les idées toutes faites. Il ne s’agit plus d’un «Nous» comme on en a tant parlé ces dernières années, sur l’accommodement raisonnable.

Durant l’événement, 70 personnalités de tous les milieux vont lire des textes…

En fait, ce ne sont pas toutes des personnalités, mais ce sont tous des citoyens. On a essayé de sortir de nos cercles immédiats. Il y a moins d’artistes ou de personnalités du monde culturel que dans Le moulin à paroles. On est allés chercher des intervenants un peu partout au Québec, dans le milieu universitaire, dans celui de l’édition, etc. Il y a aussi quelques représentants des Premières Nations qui seront là. Ce qui sera intéressant, ce sera de voir des gens qui ne se connaissent pas se retrouver sur une même scène, après avoir réfléchi, chacun de leur côté, à une question qu’on leur a posée. Malgré la variété des voix, des provenances, des préoccupations et des prises de position, tout à coup, il y a une convergence autour de cette question centrale. Il y a une unité malgré tout.

Certains politiciens avaient boycotté Le moulin à paroles [en raison de la lecture du manifeste du FLQ]. Ont-ils répondu à l’appel du Nous?
On ne les a pas invités. Certains voulaient participer à l’événement, mais notre souhait, c’était de garder ça le plus citoyen possible, de sortir de la partisanerie.

Allez-vous lire vous-même un texte?

Avec Brigitte [Haentjens] et Pierre-Laval [Pineault], on a écrit le texte fondateur, qu’on va présenter en ouverture du rendez-vous. Sinon, tout au long de l’événement, il y aura des interventions faites par Pierre-Laval. On pense terminer par un texte de clôture… si on a le temps de l’écrire!

Était-ce important pour vous d’avoir du nouveau matériel, contrairement à la dernière fois où les textes présentés étaient des pièces historiques?
Oui! Autant Le moulin à paroles était tourné vers ce qui avait été écrit dans le passé, autant Nous? est une adresse à nos contemporains pour qu’ensemble, on réfléchisse à une question, ici et maintenant. Ce qui est fascinant dans les deux cas, c’est que même si l’histoire du Québec est assez courte – 400 ou 500 ans si on fait abstraction de la présence autochtone qui, elle, est millénaire –, cette histoire est inépuisable et infiniment riche. On a voulu savoir pourquoi, malgré cette richesse, on se trouve présentement dans une telle pauvreté de propos. Pourquoi, dans les médias, ce sont souvent les mêmes intervenants qui parlent. C’est alarmant! On a également cherché à savoir ce que ça signifie, la démocratie au Québec.

Et, avez-vous obtenu des réponses?

Pas des réponses claires, non, mais ce que je trouve beau, c’est que plusieurs citoyens embrassent l’idée d’une liberté. Il y a des textes formidables. Je ne sais pas si ce sont des réponses, mais ce sont assurément des moments de vérité.

Votre événement veut aussi être une libération de la parole. Croyez-vous qu’on a trop souvent tendance à la retenir, cette parole?

Je pense que la libération de la parole est indissociable de la liberté tout court. C’est une seule et même chose. Il ne faut pas oublier que la liberté est aussi un mot, et qu’il faut quelqu’un pour le dire, ce mot! Parler de liberté, c’est renverser la perspective. Ça peut vraiment être fécond. À partir du moment où on en parle, on entre dans le principe politique, qui est celui de la démocratie ou de son manque. Ce sont des questions qu’il faut absolument se poser, notamment en ce 30e anniversaire du rapatriement de la Constitution canadienne, qui n’a toujours pas été signée par le peuple québécois. Ajoutons à cela toute l’effervescence sociale du moment, et on peut dire que le timing semble idéal!

Parlant d’effervescence, des étudiants liront des textes durant l’événement…
Gabriel Nadeau-Dubois [porte-parole de la CLASSE] sera là. Je suis tellement content, parce qu’il représente tellement bien notre propos! Mais c’est important de souligner qu’il participe à notre manifestation en son propre nom.

Pour conclure, s’il y a un «Nous», est-ce dire qu’il y a un «Autre»?
Hmm, je n’y ai pas vraiment réfléchi, mais il me semble qu’à partir du moment où le «Nous» est plus dessiné, qu’il retrouve ses contours ou qu’il en trouve de nouveaux, il peut être plus facile de définir un «Autre». Il y a des textes qui parlent très clairement de cette question-là, d’ailleurs. Jamais en des termes agressifs ou rebutants, mais plutôt en des mots magnifiques et forts.

Nous?
Au Monument-National
Ce samedi, de midi à minuit
Entrée libre

Articles récents du même sujet

Exit mobile version