Art de vivre
06:00 24 septembre 2014 | mise à jour le: 24 septembre 2014 à 06:00 temps de lecture: 6 minutes

Trois fois par jour, pour toujours

Trois fois par jour, pour toujours
Photo: Andréanne Gauthier\collaboration spéciale

Visite guidée au cœur de l’univers mi-gourmand mi-grano de Marilou et d’Alexandre Champagne. Au menu, leur tout premier et savoureux bouquin: Trois fois par jour, Premier tome.

Depuis mardi, de nombreux foyers épicuriens feuillettent le tout beau tout chaud livre de recettes signé Marilou et Alexandre Champagne, les deux complices derrière le blogue Trois fois par jour. Au moment d’écrire ces lignes, Métro attrape au vol une Marilou essoufflée, survoltée, entre une entrevue et un autre rendez-vous. «Alex ne pourra pas se joindre à nous: il est en train d’essayer son habit. On se marie dans trois jours, et il n’est pas prêt. Les hommes, toujours dernière minute!» Le rythme et le ton s’installent en moins de deux, sympa et sans flafla. Peu importe, nous jaserons bouffe entre filles!

Vu l’horaire extra chargé de la nouvelle mariée, on passe directement au plat principal. Première question: était-ce différent de créer le livre versus le blogue? Marilou se lance avec énergie: «J’ai jamais écrit de livre de ma vie! On pourrait penser “facile, un livre de recettes, il n’y a pas beaucoup de texte”, mais dans les faits, ça demande énormément de temps et de réflexion.»

Doivent-ils parler au «nous», au «je»? Quels seront le concept, les catégories de recettes? Ces réflexions, normales pour un auteur, semblaient insurmontables pour la belle. A priori, le projet s’échelonnait sur huit mois. Les trois quarts d’une année pour concocter 100 plats. La moitié du délai a finalement été consacré… à la procrastination. Devant l’ampleur de la tâche à accomplir en quatre mois, Marilou a appelé une copine chef à la rescousse. Ensemble, elles se sont lancées dans un gigantesque remue-méninges et le courage est revenu! Mais elle avoue volontiers qu’après la rédaction du livre, l’envie de popoter s’était complètement envolée. Le fait de devoir alimenter son blogue lui a en quelque sorte servi de thérapie: elle créait de simples mets, et évitait ainsi d’aller chercher chaque jour des plats pour emporter. Et, début septembre, tout doucement, le désir de cuisiner, l’appel des chaudrons et de la vaisselle lui sont revenus. Elle qui pensait avoir perdu ce besoin, cet amour de la cuisine à tout jamais.

Ce livre s’inscrit dans la suite logique de l’immense succès du blogue Trois fois par jour. Marilou affirme gérer cette belle folie du mieux qu’elle le peut. Difficile pour un œil extérieur d’évaluer la quantité de boulot derrière ce projet: c’est beaucoup, beaucoup plus de travail qu’il n’en paraît. Et que dire de la pression! Les bouquins en précommande sur leur site se sont envolés comme des petits pains chauds. Depuis quatre semaines, famille et amis prêtent main-forte à la jolie paire: facturation, expédition, prise et modification de commande, etc. «Avec notre nouvelle collection de produits d’art de la table qui sort en novembre, notre collabo avec le magazine Véro, ça fait beaucoup. Mais en même temps, je me sens utile, j’ai l’impression que je sers à quelque chose», dit la blogueuse-vedette. Après tout, rappelons-le, le blogue est né parce Marilou souffrait d’anorexie. Il soulignait qu’enfin, elle savourait un repas, trois fois par jour. Voir la tournure que prend le projet est un cadeau inestimable pour la jeune femme.

Menu redondant: «On faisait le bouquin section par section, alors certaines semaines, je me nourrissais exclusivement de soupe, de poisson ou de dessert. C’était épouvantable!» – Marilou

Le bouquin, quant à lui, a vu le jour à la suite de l’opération séduction de non pas une, mais huit maisons d’édition. Le duo ne comprenait d’ailleurs pas pourquoi elles s’intéressaient à eux. «On fait un blogue! Qu’est-ce que vous nous voulez?» lance en toute candeur Marilou. En jasant avec les sept boîtes, une sensation désagréable et bien connue refait surface: elle éprouve le même sentiment que lorsqu’elle oeuvrait en musique et qu’elle n’avait que peu de contrôle sur sa carrière. Mais lors de la huitième rencontre, ç’a été le déclic, le coup de foudre professionnel! Ce qui nous mène à l’heureux dénouement que l’on connaît. On mange maintenant du Ricardo, du di Stasio et… du Marilou. En entendant cette phrase, la jeune femme pousse un «Ouiiiiii!» bien senti. C’est évidemment flatteur, mais aussi risqué, enchaîne-t-elle. Les tourtereaux ne tiennent pas cette place pour acquise: ils désirent rester très humbles dans cette démarche, tout en se permettant une pointe de fierté – bien méritée!

Cordon bleu autodidacte, Marilou n’est pas pour autant victime de critiques des chefs d’ici. Au contraire, tous soulignent qu’elle et son homme promeuvent la bonne bouffe. En sensibilisant les gens à bien manger, ceux-ci ont envie de s’offrir un charmant petit resto, le vendredi soir. Par contre, une infime portion du public lance, ici et là, quelques commentaires sur le fait qu’elle n’ait pas de formation culinaire en poche. Elle refuse de s’attarder à ces détracteurs, et préfère se concentrer sur l’essentiel: la bombance!

Questions en vrac
On retrouve quelques recettes du blogue dans votre livre. Pourquoi celles-là?
La recette de granola est la toute première publiée sur le blogue. Et les deux autres sont nos plus grands succès.

Quelqu’un feuillette votre livre. Qu’as-tu envie que cette personne se dise, qu’elle ressente?
Je souhaite évidemment qu’elle ait envie de cuisiner. Et que si elle souffre de trouble alimentaire, qu’elle se rende compte qu’il est possible de guérir.

Un autre reçoit votre recueil en cadeau, sans vous connaître. Quelle serait la première recette à tester? Laquelle représente le mieux Marilou et Alex?
Oh mon Dieu! Ça serait une recette mi-grano, mi-gourmande. La crème de betterave et beurre d’amande, tiens. C’est un semi-classique, et les gens trouvent ça un brin hippie d’ajouter du beurre de noix à une recette.

Trois fois par jourTrois fois par jour – Premier tome
Éditions Cardinal

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