Élections américaines
12:35 24 octobre 2020 | mise à jour le: 28 octobre 2020 à 00:04 temps de lecture: 6 minutes

Des militants s’organisent pour prévenir l’intimidation dans les bureaux de vote

Des militants s’organisent pour prévenir l’intimidation dans les bureaux de vote
FILE - In this Oct. 23, 2020, file photo people lined up to vote or register to vote are shown next to signs in different languages at the King County election headquarters in Renton, Wash. Election officials are on high alert amid fears that U.S. polling stations could attract the same strain of partisan violence and civil unrest that erupted on American streets this year. (AP Photo/Ted S. Warren, File)

BOISE, Idaho — Des groupes de défense du droit de vote et les autorités de plusieurs États américains sont sur un pied d’alerte face aux craintes que l’agitation et les flambées de violence observées partout au pays se transposent dans les bureaux de vote, sur fond de crise sanitaire, d’indignation face à la brutalité policière et de l’une des élections les plus controversées que jamais.

Des extrémistes antigouvernementaux et d’autres civils armés ont afflué cette année vers des manifestations contre l’injustice raciale et contre les mesures sanitaires imposées dans le cadre de la pandémie. Des miliciens font face à des accusations de complot pour enlever la gouverneure du Michigan avant le scrutin. Le président sortant Donald Trump a encouragé un groupe d’extrême droite à «se tenir prêt» et il cherche à mobiliser une armée d’«observateurs» pour garder les bureaux de vote à l’oeil le 3 novembre.

Les militants pour les droits sur les armes à feu soutiennent que ces préoccupations sont infondées, mais le climat politique toxique, combiné à la perspective d’observateurs armés, fait craindre que des électeurs préfèrent rester chez eux, ce qui affecterait l’issue du vote.

«Le fait que nous sommes en train d’avoir cette discussion est absolument terrifiant pour moi, juste en tant qu’Américain», affirme Kurt Braddock, un professeur de l’American University qui étudie les groupes extrémistes. «Cela témoigne du chemin parcouru par l’extrême droite pour se faire une place dans cette discussion et avoir un impact sur la façon dont la politique se fait ici.»

Donald Trump a appelé ses partisans à se joindre à une armée d’«observateurs» pour «surveiller attentivement» ce qui se passe aux urnes.

La surveillance dans les bureaux de vote est autorisée dans la plupart des États américains, mais les règles autour de cette pratique varient. La présence d’observateurs est notamment encadrée pour éviter de donner le moindre signe qu’ils aient pour objectif d’intimider ou de harceler des électeurs.

Certains États et organismes se préparent toutefois à cette possibilité.

Dans le Minnesota, deux groupes de défense des droits de la personne ont intenté des recours judiciaires après qu’une entreprise établie au Tennessee eut placé des annonces de recrutement d’ex-militaires en vue d’assurer une présence armée dans les bureaux de vote et fournir des services de sécurité afin de protéger des entreprises et des résidences contre le «pillage et de la destruction» après les élections.

Vendredi, le maire de New York, Bill de Blasio, a annoncé qu’une équipe de plusieurs centaines de citoyens serait déployée à travers la métropole pour signaler tout cas d’intimidation électorale. Le procureur du district de Philadelphie, Larry Krasner, a ouvert une ligne téléphonique directe vers ses bureaux, qui enverront des détectives afin de faire enquête sur les signalements d’intimidation ou de restriction du droit de vote.

Dans l’Ohio, la «League of Women Voters», — «Ligue des électrices» en français — a recruté et formé des «équipes de maintien de la paix» composées de membres du clergé et de travailleurs sociaux pour désamorcer toute tension dans les bureaux de vote. Pas moins de 125 personnes se sont déjà portées volontaires.

«L’idée est que lorsque les gens verront des pasteurs avec leur col romain ou avec leur étole, ceux qui sont préoccupés par la violence seront plus susceptibles d’être rassurés et ceux qui pourraient perpétrer la violence vont peut-être reculer un peu», a fait valoir la révérende Susan K. Smith, l’une des formatrices du programme.

En Arizona, des groupes de défense des droits de vote ont uni leurs forces pour envoyer des volontaires formés afin de lutter contre l’intimidation et la désinformation. Leur coalition nommée «Election Protection Arizona» espère former 200 personnes pour les déployer dans les bureaux de vote et 100 autres pour surveiller ce qui circule sur les réseaux sociaux le jour du scrutin.

«Nos volontaires dans les bureaux de vote sont là pour garantir que le droit de vote de tous soit protégé, peu importe pour qui ils votent», a souligné Muna Hijazi, l’une des responsables de la coalition, lors d’un entretien avec des journalistes plus tôt ce mois-ci.

La police fédérale (FBI) et les autorités locales de plusieurs États ont mis en place des centres de commandement et ont tenu des exercices en préparation à d’éventuels troubles aux urnes.

Seuls six États et le District de Columbia interdisent expressément de porter une arme à feu ou une autre arme mortelle dans un bureau de vote. Certains États interdisent de porter une arme dissimulée, mais n’ont pas de restrictions similaires sur le port ostensible d’une arme de poing ou d’un fusil d’épaule. La loi fédérale interdit toutefois les armes à feu dans les écoles, ce qui s’étend aux bureaux de vote installés dans des établissements scolaires.

Les inquiétudes sont particulièrement vives dans les États clés. Au Michigan, la secrétaire d’État Jocelyn Benson a publié une directive rappelant aux greffiers que les armes à feu ne peuvent pas être portées ouvertement aux urnes. «Des élections justes, libres et sûres sont le fondement de notre démocratie», a-t-elle martelé.

Lors du premier débat présidentiel, Donald Trump a refusé de condamner les Proud Boys, un groupe néo-fasciste connu pour les affrontements violents auxquels il a pris part dans le cadre de rassemblements politiques. Un jour après avoir dit aux Proud Boys de se mettre en retrait et se tenir prêts, le président a tenté de revenir sur ses propos et il a invité les membres du groupe à «laisser les forces de l’ordre faire leur travail».

Les militants opposés au contrôle des armes à feu soutiennent que les craintes de violence aux urnes sont alimentées sans fondement pour nourrir les intérêts de la gauche.

De fausses alarmes sont peut-être inévitables: le shérif du comté de Pinellas, en Floride, a tenu un point de presse jeudi pour démentir des rumeurs d’intimidation contre des électeurs, après qu’un agent de sécurité eut été aperçu en uniforme dans un bureau de vote. L’homme en question passait chercher un de ses proches, mais une station de télévision locale y a vu une démonstration de force.

Lisa Marie Pane et Michael Kunzelman, The Associated Press


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