Élections américaines
19:40 3 novembre 2020 | mise à jour le: 7 novembre 2020 à 00:09 temps de lecture: 5 minutes

Le frère de George Floyd attire la sympathie des électeurs le jour de l’élection

Le frère de George Floyd attire la sympathie des électeurs le jour de l’élection
Terrence Floyd, brother of George Floyd, center, waits with Sandy Rubenstein, left, as Rev. Kevin McCall picks up his ballot to vote, Tuesday, Nov. 3, 2020, in the Brooklyn borough of New York. (AP Photo/Frank Franklin II)

NEW YORK — La rumeur s’est rapidement répandue parmi les employés électoraux, mardi matin, dans un bureau du quartier de Brooklyn, à New York: le frère de George Floyd était présent.

Quelques électeurs sont venus voir Terrence Floyd, dont le frère George est mort pendant son arrestation à Minneapolis, ce qui avait déclenché des manifestations pour la justice raciale à travers le pays.

«Continuez le combat», lui a dit une femme noire. D’autres ont demandé de prendre des photos avec lui.

Depuis la mort de son frère aîné le 25 mai, Terrence Floyd s’est retrouvé sous les projecteurs sans qu’il le demande. Ce chauffeur d’autobus de 42 ans de New York est normalement un homme calme, profondément attaché à ses trois enfants. Mais maintenant, il sent constamment une pression pour relayer la voix de son frère — surtout en ce jour de scrutin, où, à son avis, la justice raciale est un enjeu électoral.

«Depuis, j’ai l’impression qu’il m’a parlé, a-t-il confié à propos de la mort de son frère. Il m’a dit: « Petit frère, parle pour moi. Marche pour moi. Aime pour moi. Fais comprendre à ces gens que ce qui m’est arrivé peut arriver à n’importe qui.»

Ce mardi, le chandail à capuchon et le masque facial de Terrence arboraient les slogans: «I can’t breathe» («Je ne peux pas respirer»), «Justice for George» («Justice pour George») et « 8 h 46» — soit le moment approximatif où un policier blanc a immobilisé le cou de son frère avec son genou, jusqu’à ce qu’il devienne inconscient.

Appui à la campagne Biden

Après avoir fait un appel au calme alors que la colère se répandait dans les rues après la mort de son frère, Terrence a passé le jour du scrutin à revenir sur une partie moins remarquée de son discours émotif aux manifestants: votez s’il vous plaît.

Les noms George Floyd, Breonna Taylor, Ahmaud Arbery et Rayshard Brooks, tous tués par la police ou des citoyens justiciers, ont redynamisé le mouvement Black Lives Matter cette année et ont placé la justice raciale au centre de l’élection. Alors que le vote se terminait d’un océan à l’autre, leurs proches attendaient des signes indiquant que leur deuil public et la perte de l’anonymat n’étaient pas vains.

L’ancien vice-président Joe Biden a promis la justice raciale et des réformes, tandis que le président Donald Trump s’en est tenu à une rhétorique sévère sur «la loi et l’ordre». Après un été de manifestations, environ la moitié des électeurs qualifient le racisme de problème «très grave» dans la société américaine, selon un sondage de l’AP. Mais par rapport à la pandémie et à l’économie, relativement peu d’électeurs — environ un sur dix — considèrent le racisme ou l’application de la loi comme le principal problème du pays, selon le sondage.

La famille Floyd a tendu la main au nom de la campagne Biden. Dimanche, Terrence a rejoint sa sœur, Bridgett Floyd, et d’autres membres de la famille pour un rassemblement avec Jill Biden à Tallahassee, en Floride. Le mois dernier, Bridgett est apparue dans une publicité de campagne pour Joe Biden.

Comme tout le pays, Terrence était anxieux mardi.

«Mardi est si important», a déclaré le révérend Nicolas O’Rourke, directeur de l’organisation de l’organisme Working Families Party en Pennsylvanie, qui est axé sur le racisme systémique. Philadelphie est devenue un point chaud à la suite décès de Walter Wallace fils, un homme noir mort sous les balles de la police après que les membres de sa famille eurent demandé une intervention pour des raisons de santé mentale.

«Alors que les communautés se trouvent à différents stades de la réforme (…) il est assez clair qu’il existe un accord unilatéral selon lequel quelque chose doit changer», a-t-il soutenu.

«Je n’ai jamais vraiment voulu m’impliquer»

En début d’après-midi, Terrence, avec son avocat Sanford Rubenstein et le militant des droits civiques Kevin McCall, parcouraient Brooklyn à la recherche d’électeurs potentiels, avec un haut-parleur et un microphone dans leur véhicule utilitaire sport. Mais il n’y avait pas de lignes dans une poignée d’écoles et de centres communautaires.

Peut-être que la plupart des gens avaient déjà voté tôt, a avancé Terrence. Du moins, il l’espère. Peut-être avaient-ils déjà entendu le message sur l’importance du vote.

«Je n’ai jamais vraiment voulu m’impliquer en politique et dire aux gens pour qui voter, parce que tout monde prend ses propres décisions, a ses propres opinions», a-t-il souligné.

«Mais je dis: « Réveillez-vous, utilisez vos yeux, faites attention à ce qui se passe. »»

Peu après 13 heures, ils se sont garés en face du Brooklyn Museum, qui servait de bureau de scrutin. À l’extérieur du bâtiment, une petite fanfare jouait. Les musiciens se sont arrêtés pour permettre à Terrence de parler.

«Si vous ne votez pas, vous ne pouvez pas vous plaindre en cas de problème», a-t-il déclaré à l’aide d’un haut-parleur et d’un microphone.

Plus d’une douzaine de personnes s’étaient arrêtées pour entendre Terrence et, lorsqu’il a conclu, la fanfare a recommencé à jouer.

«N’oubliez pas de voter!», a-t-il chanté avec le rythme de la musique.

Aaron Morrison, The Associated Press






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