Élections américaines
15:20 9 novembre 2020 | mise à jour le: 13 novembre 2020 à 00:02 temps de lecture: 5 minutes

Le président Trump congédie son secrétaire à la Défense à la surprise générale

Le président Trump congédie son secrétaire à la Défense à la surprise générale
In this Oct. 8, 2020, file photo, Secretary of Defense Mark Esper speaks before a meeting with Romanian Defense Minister Nicolae Ciuca, at the Pentagon, in Washington. President Donald Trump has fired Esper. (AP Photo/Alex Brandon, File)

WASHINGTON — Le président Donald Trump a congédié lundi le secrétaire à la Défense Mark Esper, une décision sans précédent d’un président qui peine à accepter sa défaite électorale et qui avait plusieurs fois affiché ses désaccords avec le dirigeant du Pentagone qui, selon lui, n’était pas assez loyal.

La décision, qui pourrait ébranler les alliés internationaux des États-Unis et les hauts responsables du Pentagone, injecte une autre dose d’incertitude dans une période de transition qui s’annonce difficile.

Les présidents réélus remplacent souvent les membres de leur cabinet, y compris leur secrétaire à la Défense, mais les présidents qui n’ont pas réussi à se faire réélire ont maintenu leur chef du Pentagone en place jusqu’au jour de l’investiture de leur successeur pour préserver la stabilité au nom de la sécurité nationale.

Donald Trump a annoncé la nouvelle sur Twitter, en affirmant que Christopher Miller, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, agirait comme secrétaire à la Défense par intérim, au détriment du numéro deux du département, le secrétaire adjoint à la Défense David Norquist.

«Chris fera un excellent travail!», a écrit M. Trump. «Mark Esper a été licencié. Je tiens à le remercier pour son service.»

Cette décision inattendue soulève des questions quant à ce que le président pourrait essayer de faire au cours des prochains mois avant de quitter ses fonctions, notamment concernant la présence militaire américaine à l’étranger ou d’autres aspects liés à la sécurité nationale.

Le président élu Joe Biden n’a pas encore dit qui il nommerait à la Défense, mais une rumeur avance qu’il envisagerait de nommer la première femme à ce poste en la personne de Michele Flournoy. Mme Flournoy a déjà assumé plusieurs fonctions de haut niveau au Pentagone, à partir des années 1990 et plus récemment comme sous-secrétaire à la politique de défense de 2009 à 2012. Elle est bien connue sur la colline du Capitole en tant que démocrate modérée et est considérée parmi les alliés et partenaires américains comme étant favorable à une forte coopération militaire américaine à l’étranger.

Les manifestations de l’été dernier

La relation tendue de Mark Esper avec le président Trump a failli s’effondrer lors des manifestations de l’été dernier, qui ont déclenché un débat au sein de l’administration quant au rôle que devrait jouer l’armée dans la lutte contre les troubles intérieurs. L’opposition de M. Esper au recours à des soldats pour contenir les manifestations à Washington a exaspéré M. Trump et a alimenté de nombreuses spéculations voulant que le chef de la Défense soit prêt à démissionner s’il était à nouveau confronté à une situation semblable.

Au cours de son mandat d’environ 16 mois, M. Esper a généralement soutenu la politique du président Trump, mais plus récemment, les observateurs s’attendaient à ce qu’il démissionne ou soit évincé si M. Trump était réélu.

La tradition veut que les présidents accordent une haute priorité à la stabilité au Pentagone pendant les transitions politiques. Depuis la création du département de la Défense et du poste de secrétaire à la Défense en 1947, les trois seuls présidents qui n’ont pas réussi à se faire réélire pour un second mandat — Gerald Ford, Jimmy Carter et George H.W. Bush — ont tous gardé leur secrétaire à la Défense en place jusqu’au jour de l’investiture de leur successeur.

Mark Esper, qui avait succédé à l’ancien général de la marine James Mattis, a régulièrement souligné l’importance de garder l’armée et le département de la Défense à l’écart des considérations politiques. Mais cela s’est avéré ardu, puisque M. Trump a tour à tour encensé ce qu’il appelait «ses généraux» et dénigré les principaux dirigeants du Pentagone qu’il voyait comme des marchands de guerre voués à la promotion de l’industrie de la défense.

M. Trump avait ouvertement critiqué son premier secrétaire à la Défense, le général Mattis, qui a démissionné en décembre 2018 à la suite de la décision unilatérale de M. Trump — annulée plus tard — de retirer toutes les troupes américaines de Syrie. Il avait aussi critiqué M. Esper. Ces scissions reflétaient les points de vue fondamentalement différents de M. Trump quant à la place des États-Unis dans le monde, la valeur des alliances internationales de défense et l’importance de protéger l’armée de la politique partisane.

Tout au long du mandat de Donald Trump, le Pentagone s’est souvent retrouvé au coeur du tumulte, empêtré dans un débat persistant et erratique sur l’utilisation des forces américaines en Irak, en Syrie et en Afghanistan, mais aussi sur le territoire américain, à la frontière mexicaine et dans les villes agitées par les troubles civils et fortement touchées par le coronavirus.

Le départ de M. Esper semblait inévitable depuis qu’il a rompu publiquement avec M. Trump en juin après l’appel du président à déployer des militaires dans les rues de la capitale nationale en réponse aux manifestations qui ont suivi le meurtre de George Floyd par la police. M. Esper s’était publiquement opposé aux menaces de M. Trump de recourir à une vieille loi sur l’insurrection et avait déclaré aux journalistes que cette loi ne devrait être invoquée «que dans les situations les plus urgentes et les plus graves», ce qui avait mis en colère le président.

Robert Burns et Lolita C. Baldor, The Associated Press

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