Élections américaines
19:49 9 novembre 2020 | mise à jour le: 13 novembre 2020 à 00:01 temps de lecture: 6 minutes

La victoire de Joe Biden illustre le pouvoir des électeurs noirs

La victoire de Joe Biden illustre le pouvoir des électeurs noirs
Supporters celebrate the victory of President- elect Democrat Joe Biden, in Atlanta, Saturday, Nov. 7, 2020. Biden defeated President Donald Trump to become the 46th president of the United States, positioning himself to lead a nation gripped by the historic pandemic and a confluence of economic and social turmoil. THE CANADIAN PRESS/AP-Brynn Anderson

DÉTROIT — Lorsque Eric Sheffield a vu pour la première fois Joe Biden prendre la tête du décompte des voix en Géorgie, l’homme noir de 52 ans a immédiatement pensé à toutes les années qu’il a passées à exhorter ses amis et sa famille à voter, et à toutes les fois où il a vu son candidat préféré perdre.

«Au fil des ans, beaucoup de Noirs ont fini par se dire: « Eh bien, mon vote n’a pas d’importance »», explique cet analyste du développement immobilier à Atlanta. «C’est la preuve que notre vote compte.»

Même si le décompte des bulletins n’est pas encore terminé, il ne fait aucun doute que les électeurs noirs ont représenté une force déterminante pour permettre à l’ancien vice-président de remporter la présidence. En soutenant massivement M. Biden et en se présentant en grand nombre dans les bureaux de vote, les électeurs noirs ont non seulement contribué à donner des États clés au démocrate, mais ils en ont également créé un nouveau en Géorgie, un État traditionnellement républicain.

Des militants ont vu ces résultats comme un rejet de la rhétorique raciste du président Donald Trump et une approbation du choix de Kamala Harris comme colistière de M. Biden. Mais ils ont aussi rappelé qu’ils avaient passé des années à mobiliser les électeurs et qu’ils s’attendaient à ce que leur investissement porte fruit.

«Nous avons compris cela très tôt — nous avons cru en nous», explique Maurice Mitchell, stratège du Movement for Black Lives et directeur national du Working Families Party. «Nous avons cru au pouvoir des électeurs noirs et des organisateurs noirs dans notre mouvement.»

Un large appui à M. Biden

Les électeurs noirs représentaient 11 % de l’électorat dans l’ensemble des États-Unis, et 90 % d’entre eux soutenaient Joe Biden, selon AP VoteCast, une vaste enquête menée auprès de plus de 110 000 électeurs dans tout le pays. Les deux chiffres sont à peu équivalents à ceux de 2016, selon les estimations du Pew Research Center; la démocrate Hillary Clinton avait alors obtenu le soutien des électeurs noirs par une écrasante majorité, mais n’avait pas réussi à remporter la Maison-Blanche.

Comparativement à Mme Clinton, M. Biden a attiré plus d’électeurs dans des zones stratégiques comptant un grand nombre d’électeurs noirs. Dans le comté de Wayne, au Michigan, qui comprend Detroit, et dans le comté de Milwaukee, dans le Wisconsin, M. Biden a obtenu un plus grand total de votes et de meilleures marges que Mme Clinton.

À Philadelphie, où les votes sont toujours en train d’être comptés, M. Biden n’a pas dépassé le total des votes obtenus par Mme Clinton en 2016, mais il a tout de même récolté 93 % des voix dans les quartiers de la ville où plus de 75 % de la population est noire, selon une analyse de l’Associated Press.

L’une des preuves les plus frappantes de l’influence des électeurs noirs se trouve en Géorgie, où la mince avance de M. Biden pourrait faire de lui le premier candidat démocrate à la présidentielle à remporter ce bastion républicain en près de trois décennies. Le gagnant de la course dans cet État n’a pas encore été déclaré par l’Associated Press.

Jusqu’à présent, le démocrate a obtenu 588 600 voix de plus en Géorgie que Mme Clinton en 2016, tandis que M. Trump a seulement obtenu 366 900 voix de plus qu’en 2016. Près de la moitié des gains de M. Biden provenaient des quatre plus grands comtés de l’État, tous situés dans la région métropolitaine d’Atlanta, qui compte une grande population noire.

Joe Biden a reconnu le rôle des électeurs noirs lors de son discours de victoire samedi soir, notant que «la communauté afro-américaine s’est à nouveau levée pour (lui)». «Vous avez toujours été derrière moi, et je serai derrière vous», dit-il.

En 2008 et 2012, les électeurs noirs avaient voté en nombre record pour Barack Obama, le premier président noir du pays. Mais le taux de participation des électeurs noirs a considérablement diminué dans les villes clés en 2016, ce qui avait suscité des questionnements au sein du Parti démocrate. Des électeurs noirs avaient aussi eu l’impression d’être tenus responsables de la victoire de Donald Trump.

Mais lorsque M. Biden s’est lancé dans la course à l’investiture démocrate, ce sont les électeurs noirs dans des États tels que la Caroline du Sud, la Virginie et l’Alabama qui se sont rangés derrière l’ancien vice-président et l’ont aidé à remporter l’investiture.

Une vaste campagne de mobilisation

Les électeurs noirs de M. Biden étaient beaucoup plus susceptibles que les autres électeurs du candidat démocrate — en particulier les Blancs — à dire qu’ils votaient pour lui plutôt que contre M. Trump, selon AP VoteCast.

Derrière ce sentiment, il y a eu de vastes efforts de mobilisation des électeurs.

Le Black Voters Matter Fund a ciblé plus de 15 États et a déployé une flotte d’autobus sur les routes du pays. Rien qu’en Géorgie, ils ont atteint plus de 500 000 électeurs et envoyé près de deux millions de messages textes.

Dans cet État, leurs efforts ont été aidés par la mise en œuvre de l’enregistrement automatique des électeurs qui obtiennent ou renouvellent leur carte d’identité. Les inscriptions d’électeurs noirs ont ainsi augmenté de 40 % dans les comtés de Fulton et de Gwinnett, selon le secrétaire d’État de la Géorgie.

Le taux de participation pourrait également avoir été stimulé par de nouvelles règles facilitant le vote pendant la pandémie. Après avoir connu de longues files d’attente lors des élections primaires en Géorgie et au Wisconsin, de nombreux électeurs noirs semblent avoir voulu tirer parti des options de vote par correspondance et de vote anticipé, permettant au camp Biden d’engranger ces votes plus tôt.

Fair Fight, le groupe de défense du droit de vote fondé par l’influente politicienne noire Stacey Abrams, a lancé une vaste campagne d’éducation des électeurs et a lutté énergiquement contre les efforts des républicains pour limiter le vote par correspondance. Mme Abrams, qui avait été candidate au poste de gouverneure de la Géorgie en 2018, a déclaré qu’elle considérait l’élection de 2020 comme un moment critique pour «atténuer les torts» causés par l’administration Trump.

«C’est l’un de ces rares moments où nous avons ce pouvoir de façonner l’avenir pour nous-mêmes, d’insister pour avoir au moins de l’attention quant à notre sort», a-t-elle affirmé. «Et d’exiger un comportement qui répond à cette notion que nous avons en tant que nation qui devrait être la justice pour tous.»

Kat Stafford, Aaron Morrison et Angeliki Kastanis, The Associated Press

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