Naviguer sur internet comme au temps des mammouths
La théorie de la sélection naturelle de Darwin, qui a permis de comprendre l’évolution des espèces, peut-elle nous être utile pour saisir le comportement des internautes? C’est la question en apparence saugrenue que se sont posée Philippe Stenstrom, doctorant au Département de psychologie de l’UdeM, et son frère Éric, étudiant au doctorat en marketing à l’Université Concordia.
Selon la perspective darwinienne appliquée aux communications électroniques, les habiletés que nous employons pour naviguer sur internet ont été retenues, au cours de l’évolution, pour leur adéquation à la communication en face à face et pour permettre l’accomplissement des tâches essentielles à la survie.
Les recherches dans le domaine montrent que plus l’environnement de communication électronique se rapproche de la communication sociale (synchronicité, interaction, visages, voix, etc.), moins le message est ambigu. D’autres études indiquent que les internautes naviguent de la même façon que le chasseur ou le cueilleur des sociétés archaïques sillonnaient un territoire à l’affût d’indices liés à ce qui était recherché.
La sélection sexuelle
Avec le professeur Gad Saad (Université Concordia), les deux chercheurs ont voulu combler une lacune de ces travaux, qui ignorent l’un des deux volets essentiels de la théorie de l’évolution : la sélection sexuelle.
«Les différences entre les hommes et les femmes, associées aux fonctions de reproduction, influent fortement sur nos perceptions de l’environnement, sur notre façon de communiquer et même sur notre manière de nous déplacer», signale Philippe Stenstrom. Si tel est le cas, on devrait observer des différences dans les attitudes et les stratégies de navigation sur le web des hommes et des femmes.
Les différences intersexes révéleraient des habiletés en lien avec des tâches précises des chasseurs-cueilleurs. Les femmes feraient davantage usage de repères visuels dans leurs déplacements et porteraient plus d’attention aux couleurs et aux formes, ce qui constitue des atouts pour la cueillette. Les hommes, qui avaient à franchir de plus grandes distances pour la chasse, recourraient quant à eux à leur «boussole interne» pour s’orienter et guetter les objets en mouvement.