My Hanh Nguyen: fuir vers une vie meilleure
Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits de personnes immigrantes qui ont réussi à s’intégrer dans leur milieu de travail. Entretien avec My Hanh Nguyen.
My Hanh Nguyen est une femme calme, souriante, réservée. Elle est menue, mais on lui devine une force titanesque. Passée de boat people à réfugiée, cette femme d’origine vietnamienne ne semblait pas placée sous de bons auspices il y a 30 ans, à son arrivée au Canada. Aujourd’hui chef de section en gestion de l’information à la STM, My Hanh Nguyen se souvient.
My Hanh Nguyen était âgée de 23 ans lorsqu’elle a fui le Vietnam avec sa famille en 1979. Son enfance à Dalat, une petite ville du sud, a été marquée par la guerre. Elle en garde pourtant de bons souvenirs. «Dalat était le seul endroit où il n’y avait pas d’affrontements. C’était une belle ville. Ma sœur, mes frères et moi y avons vécu une enfance heureuse.»
Les choses ont changé en 1975, lorsque les troupes du nord, d’allégeance communiste, ont pris contrôle du sud. «Mon père était un homme d’affaires, alors nous étions considérés comme une famille bourgeoise. Du jour au lendemain, mon père n’a plus pu travailler, et nous avons été forcés de quitter l’école. Nous en étions réduits à attendre dans la peur et l’angoisse.»
Les membres de la famille Nguyen ont échappé à la prison, mais faisaient l’objet d’une surveillance constante. En 1979, ils ont décidé de fuir le pays. Avec 300 personnes, ils sont montés à bord d’un bateau de pêcheur et ont dérivé en mer pendant trois jours et trois nuits. «Nous étions tassés comme des sardines, se rappelle My Hanh Nguyen. Malgré le danger, nous n’avions pas peur. Ce voyage était le risque à prendre pour avoir une nouvelle vie.»
Le bateau a coulé, mais tous les passagers ont été repêchés. S’en est suivi un exil de six mois en Indonésie. «Le Canada a été le premier pays à accepter notre demande. Comme nous parlions français, on nous a dirigés vers le Québec.»
Dans leur nouvelle vie montréalaise, tout était à construire. «Nous acceptions n’importe quel boulot. L’important était de gagner de l’argent pour assurer notre survie.» Lorsque ce fut possible, la benjamine de la famille est retournée aux études. Les trois autres ont rapidement suivi.
My Hanh a complété des études en informatique et en gestion des documents et des archives, puis a fait un MBA. Elle a ensuite travaillé aux Archives nationales du Canada, puis chez Bombardier, IBM et CAE avant d’arriver à la STM en 2008.
Cette même année, elle est retournée dans sa ville natale avec son mari et ses deux enfants. «Une grande déception. La ville est surpeuplée, et les bâtiments sont mal entretenus. La maison de mon père est devenue un édifice gouvernemental. Rien n’est aussi beau qu’avant. Il n’y a plus rien là-bas pour faire revivre mes souvenirs.»
My Hanh ne ressent plus le besoin de retourner au Vietnam aujourd’hui. «Ma famille et moi avons travaillé dur pour reconstruire nos vies. Nous avons eu de la chance puisqu’à Montréal, l’environnement a été réceptif. Ma maison est ici. C’est à Montréal que je me sens bien.»
Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits de personnes immigrantes qui ont bien réussi dans leur milieu de travail.
L’émission de Radio Canada
International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage
que vous pouvez trouver sur le site web de l’émission au www.rcinet.ca/francais.
Aussi diffusé en direct aujourd’hui à 14 h 05, sur la radio web de RCI,
sur la radio satellitaire Sirius sur la bande 95 et le lendemain à 4h
au 95,1 FM.