Aula Sabra a 22 ans, est de confession musulmane et deviendra bientôt sexologue. Portrait d’une jeune femme déterminée à lutter contre les préjugés et qui ne craint plus d’affronter les regards.
Née d’un père libanais et d’une mère marocaine, Aula Sabra envisageait de faire des études en sciences sociales après avoir complété un DEC en sciences humaines. «Mon intérêt pour les questions touchant l’être humain sur les plans individuel et collectif a toujours été immense, déclare-t-elle avec une énergie débordante. Mais je voulais faire quelque chose de nouveau et de différent.»
En 2011, elle prend tout son entourage par surprise et décide dans le plus grand secret de s’inscrire au baccalauréat en sexologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
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Aula en a bien conscience, le travail de sensibilisation est loin d’être terminé. La sexualité est encore un sujet tabou dans plusieurs foyers du Québec et ailleurs dans le monde, notamment chez les musulmans. «C’est une des raisons qui me poussent à vouloir faire ce métier, dit-elle. Je veux briser les tabous liés à la sexualité, puisque j’ai constaté assez tôt une grande méconnaissance chez beaucoup de jeunes, tellement que c’en est potentiellement dangereux.»
La future sexologue se souvient que, adolescente, elle avait beaucoup de questions à poser sur la sexualité, mais elle n’osait pas le faire. «C’était difficile pour moi, explique-t-elle. Je craignais qu’on me juge, compte tenu de mes croyances. Alors je préférais me taire.»
Avec sa clientèle, Aula essaie du mieux qu’elle peut de déboulonner les mythes et venir à bout des stéréotypes et des fausses croyances par rapport à la religion musulmane. «Parler de virginité d’un point de vue biologique et d’un point de vue culturel, c’est deux choses bien différentes, indique-t-elle. J’essaie de faire le pont entre les valeurs des gens, leurs propres conceptions et la réalité, afin de fondre tout ça en un tout.»
Depuis le mois de septembre, Aula Sabra effectue un stage dans une école secondaire montréalaise dont la clientèle est multiethnique. Beaucoup de jeunes filles musulmanes l’interpellent en dehors des heures de cours, mais elles n’auraient pas osé le faire devant leurs collègues de classe, lui disent la plupart d’entre elles. «Si ces filles sont capables de s’identifier à moi sans crainte d’être jugées, tant mieux! dit-elle. Je peux comprendre une réalité qui n’est pas nécessairement comprise de tous et j’essaie de les aider autant que possible.»
L’étudiante souhaite démontrer la pertinence de former plus de sexologues issus des minorités visibles. Selon elle, cela peut créer un lien de confiance avec une clientèle qui reste parfois silencieuse. «Moi aussi, j’ai grandi ici et j’ai eu cette crise identitaire, confie-t-elle. Tu reçois des messages contradictoires de tes amis, de ta famille et de la société. Au final, c’est difficile de conjuguer tout ça.»
L’étudiante en sexologie, qui aspire à présent à la maîtrise dans la concentration clinique, se réjouit d’avoir été capable d’ouvrir les yeux de plusieurs de ses amis qui, à la blague, lui disaient qu’elle faisait un «baccalauréat en cul».
Un ordre est finalement créé
Les sexologues du Québec peuvent compter, depuis le 25 octobre, sur l’Ordre professionnel des sexologues du Québec pour les représenter et faire reconnaître leur profession. L’organisme a pour mission de veiller à la protection du public et au développement des compétences professionnelles de ses membres, ce qui oblige à présent les sexologues à détenir un permis et une formation universitaire en sexologie afin de pouvoir pratiquer.
Chaque année, ils sont 150 étudiants, majoritairement des jeunes femmes, à être admis au baccalauréat qui est offert uniquement à l’UQAM. Il s’agit du seul programme de premier cycle en Amérique du Nord consacré complètement à l’étude de la sexualité humaine.
