Coco Rocha, cette mannequin canadienne qui a travaillé avec Versace, D&G, Lanvin et plusieurs autres – dont, plus près de chez nous, Jacob –, compte plus d’un million de fans, si on additionne ceux qui la suivent sur Google Plus, sur Twitter et sur Instagram.
Ici, la jeune femme de 23 ans confie ce qu’elle aime tant du partage qui règne sur les médias sociaux et de ce qui l’attend pour les prochaines semaines – un véritable marathon de défilés entamé à New York et qui se poursuivra à Londres, à Milan et à Paris.
Quels sont les designers qui retiennent particulièrement votre attention cette saison?
J’aime toujours ce que fait Zac Posen, qui est aussi un de mes bons amis. Il y a aussi Jason Wu, Helmut Lang, McQueen, Balmain, Jean Paul Gaultier et Chanel.
Que recherchez-vous quand vous magasinez des vêtements?
Si je magasine un ensemble, il doit être soit très original, soit très couture. À moins de rechercher un simple t-shirt, j’aime les choses qui sortent de l’ordinaire. J’aime aussi les vêtements rétro, parce que chacun est unique et a sa propre histoire. J’ai eu la chance de participer à la vente aux enchères d’Elizabeth Taylor et d’acheter une robe que j’ai ensuite portée au bal du Metropolitan Museum of Art [à New York]. Un peu de vin avait taché cette robe et j’avais mis au défi mes fans sur Twitter d’essayer d’apercevoir la tache. Sur le tapis rouge, les gens criaient : «Montre-nous la tache!»
Pourquoi pensez-vous que la mode est importante?
Ça m’amuse d’entendre des gens dire qu’ils ne se préoccupent pas de la mode. Je ne dis pas que la mode, c’est l’avenir – nous ne sommes pas en train de trouver un remède contre le cancer -, mais je crois en cette industrie. Les gens peuvent bien dire que ce n’est pas important, mais les vêtements véhiculent précisément ce qu’ils sont. Aujourd’hui, tout est une question d’image. Même si certaines personnes refusent de le reconnaître, la mode joue un grand rôle dans l’impression qu’on laisse.
L’industrie de la mode est compétitive, mais vous avez malgré tout gardé votre sens de l’humour.
La plupart des gens pensent que les mannequins sont en compétition, mais ce n’est pas comme ça avec les filles que je côtoie depuis mes débuts. Nous sommes amies; c’est un peu comme aller à l’école secondaire. J’essaie de ne pas trop me prendre au sérieux. Je ne suis pas un mannequin qui pense pouvoir sauver le monde, mais certaines filles – et des garçons aussi – regardent ce que je fais, alors je veux leur donner le bon exemple. J’aimerais que les gens pensent à moi comme cette élève un peu nerd qui a évolué. Qui l’eût cru?
Les médias sociaux, on aime ou on déteste. Qu’est-ce qui vous a décidée à vous lancer?
Au début de ma carrière, les médias sociaux n’existaient pas. Je n’avais jamais eu la chance de parler en mon propre nom. Vous pouviez voir des photos de moi, mais qui était cette personne? Si je faisais une entrevue, c’était le journaliste qui décidait finalement sous quel jour il me présentait. Quand les médias sociaux ont émergé, j’ai commencé à tenir un blogue. Je savais que si ça grossissait, je pourrais utiliser cette plateforme pour rester moi-même.
Et pourquoi ressentez-vous le besoin de partager des moments personnels sur Instagram?
Mon travail est de montrer des photos de moi, mais ça ne représente pas toujours la réalité. Je vais travailler pour jouer Coco, la mannequin, mais ce n’est pas Coco. Je n’ai pas ces pommettes! Je suis aussi une fille bien ordinaire. C’est étrange de voir à quel point les gens sont intéressés par la vie quotidienne des mannequins. Je pense que prendre une photo de moi en train de regarder la télé est plutôt ennuyant, mais apparemment, c’est extraordinaire!
Que pensez-vous des magazines qui utilisent Photoshop? Absolument nécessaire ou totalement inutile?
C’est correct de gommer un bouton ou des frisottis, mais quand on enlève quelques centimètres à mes bras ou à ma taille en disant que je suis vraiment comme ça, on joue avec le feu. Devinez quoi? Je ne ressemble pas à ces photos. C’est presque comme me dire que je n’étais pas assez bonne. Quand Elle Brésil a ignoré la clause de mon contrat stipulant que je n’acceptais pas de faire de nudité en enlevant mon maillot grâce à Photoshop, je me suis sentie violée. C’est comme déshabiller quelqu’un devant le monde entier.
On vous surnomme «la reine de la pose». Qu’est-ce qu’il faut faire pour y arriver?
Tout est une question de confiance. Sans blague, la plupart des mannequins sont des élèves modèles qu’on place dans une situation où elles doivent projeter l’image de filles magnifiques et uniques, alors qu’elles ne cessent de se dire : «Qu’est-ce que je suis en train de faire?»
