Chaque année, la mission Sainte-Justine au cÅ“ur du monde, composée d’une trentaine de spécialistes bénévoles, s’envole pour deux semaines vers un hôpital à l’étranger, afin d’y apporter son expertise et d’«apprendre à travailler autrement». Pendant quatre ans, c’était à Casablanca, au Maroc, que l’équipe se rendait. Depuis l’an dernier, c’est avec le Aswan Heart Center, en Égypte, qu’elle collabore.
«La philosophie derrière le projet, c’est de donner un coup de main dans des endroits qui ont de l’équipement de base. Des endroits où travaillent des professionnels qui savent faire de la chirurgie cardiaque adulte, qui ont une base en pédiatrie, mais surtout, qui ont le désir d’établir quelque chose de permanent», explique la Dre Nancy Poirier, chirurgienne cardiaque au CHU Sainte-Justine et co-fondatrice de la mission avec le Dr Joaquim Mirò, cardiologue.
Le but du projet n’est donc pas exclusivement d’opérer des enfants, mais de favoriser l’échange. «Le transfert se fait dans les deux sens. Oui, on apporte notre expertise nord-américaine, mais on se mesure également à l’extrême des pathologies. J’ai eu la chance d’y faire des interventions qui ne se font plus sur notre continent!»
La sélection des membres qui se rendront à Assouan se fait d’abord selon les besoins de l’équipe locale, histoire que les spécialistes égyptiens aient un pendant canadien avec lequel travailler. Ensuite, ce sont les compétences des candidats qui sont évaluées. Parce que, même s’il fait soleil et que c’est exotique, c’est loin d’être tranquille. Vous pensez à des journées de huit heures suivies de piscine et de cocktails? Oh que non. «Apporter de l’aide ailleurs, c’est une science, observe la Dre Poirier. Ça prend une certaine ouverture.»
Pour optimiser le temps dont ils disposent, la Dre Poirier et le Dr Mirò dressent d’avance la liste des patients qu’ils opéreront. Mais il y a toujours des imprévus. L’an dernier, c’est l’éruption du volcan islandais qui a causé des retards de vols et les a poussés à modifier leur plan de match. Un autre facteur, c’est la santé fluctuante des patients sur place. «On voit arriver des enfants hyper instables, très malades. Il nous faut alors faire des choix selon l’urgence des cas.»
La situation en Égypte ayant récemment connu les bouleversements que l’on sait, la mission «est divisée». Certains iront en avril, si tout se passe bien. Les autres, après les élections de novembre. Mais peu importe les moyens, la fin reste la même. «C’est un contrat moral qu’on a signé, affirme la Dre Poirier. C’est toujours un contrat moral de s’assurer que la clinique soit autonome avant d’aller ailleurs. Ce n’est pas parce que ça brasse en Égypte qu’on va soudain les laisser tomber…»