Évasion, loisirs et plein air

Les charmes français de l'île d'Orléans

Geneviève Décarie, Guides de voyage Ulysse

De toutes les régions du Québec, l’île d’Orléans est l’endroit le plus évocateur de la vie rurale en Nouvelle-France. Lorsque Jacques Cartier y aborde en 1535, elle est couverte de vignes sauvages, d’où son premier nom d’«île Bacchus». Elle sera toutefois rebaptisée en hommage au duc d’Orléans quelque temps après.

En 1970, le gouvernement du Québec faisait de l’île un arrondissement historique, afin de la soustraire au développement effréné de la banlieue et, surtout, afin de mettre en valeur ses églises et ses maisons anciennes.

Voici une suggestion de promenade autour de l’île d’Orléans qui vous permettra de goûter à ses multiples charmes : ses vieux bâtiments datant du Régime français, ses petites chapelles de procession en bordure de la route, ses grands champs qui semblent plonger dans le fleuve, ses vergers…

Sainte-Pétronille
Paradoxalement, la paroisse de Sainte-Pétronille est à la fois le site du premier établissement français de l’île et sa plus ré­cente paroisse. Ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle qu’elle voit le jour, grâce à la beauté de son site, qui attire de nombreux estivants. Les marchands anglophones de Québec s’y font construire de belles résidences secondaires. Plu­sieurs d’entre elles ont survécu aux outrages du temps et sont visibles en bordure de la route. Le quai de Sainte-Pétronille date de 1855 et offre une magnifique vue sur Québec.

Saint-Laurent
Jusqu’en 1950, on fabriquait à Saint-Laurent des chaloupes et des yachts à voiles dont la renommée s’étendait jusqu’aux États-Unis et à l’Europe. Quelques vestiges de cette activité, aujourd’hui totalement disparue, sont conservés en retrait de la route, à proximité de la rive. Le Parc maritime de Saint-Laurent a été aménagé sur le site du chantier naval Saint-Laurent. On peut y voir l’atelier de la «chalouperie» Godbout, une entreprise familiale, érigé vers 1840, de même qu’un ensemble de près de 200 outils artisanaux.

Saint-Jean
Saint-Jean était, au milieu du XIXe siècle, le lieu de prédilection des pilotes du Saint-Laurent, qui guidaient les navires dans leur difficile cheminement à travers les courants et les rochers du fleuve. Certaines de leurs maisons néoclassiques ou Second Empire subsistent le long du chemin Royal, témoignant du statut privilégié de ces marins indispensables à la bonne marche de la navigation commerciale.

On y trouve le plus important manoir du Régime français enco­re existant, le manoir Mauvide-Genest, construit en 1734. Le beau bâtiment en pierres, revêtu d’un crépi blanc, adopte le style traditionnel de l’architecture normande. Le lieu, maintenant un centre d’interprétation du régime seigneurial de la Nouvelle-France, comporte aussi un restaurant de cuisine française réputé, le Res­taurant du Manoir, qui sert une cuisine d’inspiration Nouvelle-France dans un cadre historique.

Saint-François
Plus petit village de l’île d’Orléans, Saint-François a conservé plusieurs bâtiments de son passé. La campagne environnante est charmante et offre quel­ques points de vue agréables sur le fleuve, Charlevoix et la Côte-de-Beaupré. On trouve encore à Saint-François la fameuse vigne sauvage qui avait valu à l’île son premier nom d’«île Bacchus».

Le Parc des Bisons de l’île d’Orléans, unique en son genre, permet d’observer de près ces bêtes majestueuses que sont les bisons. À la fois un milieu naturel (trois lacs aménagés pour le canot, le kayak, le pédalo et le radeau pneumatique) et un ranch, le Parc des Bisons abrite le plus gros troupeau de bisons au Québec, qui compte plus de 400 têtes. Vous pourrez parcourir le parc à l’intérieur de votre propre véhicule sur un chemin de terre de 4 km avec panneaux d’interprétation aux abords des lacs. Un sentier pédestre (randonnée de 45 minu­tes aller-retour, aussi accessible aux fauteuils roulants) mène à un endroit sur­élevé d’où s’offre une vue panoramique sur les environs. Enfin, Le Bison Futé, le restaurant du parc, concocte plusieurs excellents plats à base de viande de bison. Pour un dépaysement total… à l’île d’Orléans!

Sainte-Famille
La doyenne des paroisses de l’île a été fondée par Mgr de Laval en 1666 afin de regrouper en face de Sainte-Anne-de-Beaupré les colons jusque-là concentrés dans les environs de Sainte-Pétronille. La paroisse recèle des témoins du Régime français, entre autres sa célèbre église, une des meilleures réalisations de l’architecture religieuse en Nouvelle-France et la plus ancienne église à deux tours du Québec.

La plupart des maisons de ferme du Régime français de l’île ont été construites à une bonne distan­ce de la route. En outre, elles sont aujour­d’hui des propriétés recherchées dont le caractère privé est jalousement préservé par leurs propriétaires, ce qui rend toute visite improbable. Heureu­sement, grâce à une fondation créée par des citoyens, la maison Drouin s’ouvre cha­que été aux visiteurs curieux. Il s’agit d’une des plus vieilles maisons de l’île et même du Québec, puisqu’elle fut bâtie autour de 1675 et agrandie en 1725. Son histoire vous sera racontée par des guides en costumes d’époque mimant la vie quotidienne des anciens habitants de la demeure. Des antiquités, des meubles et des outils emplissent la maison et sauront illustrer encore mieux la vie des pionniers. Une belle visite!

Saint-Pierre
La plus populeuse et la plus urbanisée des paroisses de l’île, Saint-Pierre, a quelque peu perdu de son charme avant que l’ensemble du site ne soit classé. Elle demeure néanmoins un lieu important dans la mémoire collective des Québécois, car l’auteur-compositeur-interprète et poète Félix Leclerc (1914-1988) y a longtemps vécu. L’auteur du P’tit bonheur a été le premier à faire connaître la chanson québécoise en Europe, dans les années 1950. Il est inhumé au cimetière local.
L’église Saint-Pierre, cet humble mais fort joli lieu de culte érigé en 1716, est la plus ancienne église villageoise qui subsiste au Canada. Elle a été abandonnée en 1955, au moment de l’inauguration du temple actuel, situé à proximité. Menacé de démolition, le vénérable petit édifice a été pris en charge par le gouvernement du Québec. Y faire une petite visite en vaut bien la peine, ne serait-ce que pour encourager les Qué­bécois à conserver leur patrimoine intact et à en être fiers!

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