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Le Lac Titicaca et ses îles, un retour dans le passé

Alain Legault, Guides de voyage Ulysse

Illuminé par un soleil ardent, encerclé de hautes montagnes et peuplé d’habitants d’une époque oubliée, le lac Titicaca prend des allures d’une petite mer intérieure. Ses eaux azurées sont saupoudrées de quelques îles et d’un archipel d’une quarantaine d’îlots flottants constitués d’un roseau appelé «tortora», au-dessus desquels virevoltent des nuées d’oiseaux.

Qui n’a jamais entendu parler de ce lac mythique? Son nom aux consonances si particulières se grave facilement dans la mémoire et ne s’oublie pas de si peu. Pour certains, le nom fait tout simplement sourire tandis que, pour d’autres, il meuble l’inconscient des traditions populaires. Malgré tout, ce lac légendaire, dont la profondeur maximale atteint 280 m, s’étend paresseusement sur 6 900 km2 aux confins du Pérou et de la Bolivie, à une altitude moyenne de 3 812 m, et détient le titre du lac navigable ayant l’altitude la plus élevée du monde. En fait, cela vaut parce que le lac est mondialement connu, mais il existe d’autres lacs plus petits et moins notoires qui pourraient prétendre à pareille appellation.

L’année 1870 place le lac Titicaca au sommet de la liste des lacs navigables les plus hauts de la planète. En effet, cette année-là, un bateau à vapeur, le Yaviri, fut assemblé pièce par pièce sur ses rives, chacune d’elles ayant été transportée à la faveur d’une périlleuse et démente expédition à dos de mulet depuis la côte péruvienne.

De nos jours, ce lac dont le nom, un mélange de quechua et d’aymara, signifie puma de piedra (puma de pierre) est sillonné chaque année par des milliers de touristes, tous animés de la même curiosité : visiter ses îles et ses sites environnants.

Islas Uros
Il y a environ 40 îles Uros qui flottent sur les eaux du lac Titicaca. Les îles Uros ne sont pas de vraies îles composées de terre et de pierre. Elles sont constituées de l’enchevêtrement dense de plantes lacustres assez résistantes, appelées «tortora». Poser le pied sur ces îles pour la première fois donne au voyageur la curieuse impression de marcher sur un lit d’eau.

Les habitants des îles flottantes sont pour la plupart les descendants des Uros, un peuple autochtone obscur dont on sait peu de chose outre que, selon une légende, du sang noir coulait dans ses veines. Aujourd’hui, la race s’est éteinte, et leurs descendants forment un métissage d’Aymaras et d’Uros. Les Uros utilisent également la «tortora» pour construire leurs maisons et leurs embarcations aux formes singulières. Ils l’emploient aussi comme combustible. Certains mangent de ce végétal, alors que d’autres s’en servent comme sol de culture pour faire croître quelques légumes. En effet, en déposant des tiges de tortora les unes par-dessus les autres, elles forment peu à peu un substratum où les insulaires peuvent jardiner.

Les îles Uros ne sont plus aujourd’hui que l’ombre de ce qu’elles étaient à une époque pas très lointaine. En raison des visites répétées des curieux, elles ont perdu de leur authenticité, trop commercialisées et victimes du tourisme. Tout en réalisant que nous sommes en train de promouvoir ici ce que l’on dénonce, nous devons préciser que les habitants des îles sont pauvres et, en plus de la pêche, dépendent du tourisme pour survivre.

Dès votre arrivée, vous serez accueilli par une nuée d’enfants qui, les cheveux ébouriffés, les joues rougies par le soleil et le froid, viennent vous vendre des cartes postales et demandent parfois des friandises. Évitez de leur en offrir, car elles créent une certaine dépendance et ils ignorent l’usage du dentifrice. Pour les aider, offrez-leur plutôt des crayons et achetez-leur un petit bateau en «tortora» ou un ouvrage tissé que leurs parents ont réalisé. De plus, les insulaires ont pris l’habitude de demander quelques soles aux touristes qui veulent les photographier.

Isla Taquile
Située à 3 h de bateau de la jetée de Puno, l’île de Taquile s’étend sur 11 km2 et demeure la plus communément visitée du côté péruvien. Sur l’île, un escalier empierré qui compte plus de 500 marches attend le voyageur de pied ferme. La montée est pénible, mais, une fois rendu au sommet, vous serez récompensé par un panorama splendide avec des montagnes partout à l’horizon. Toutefois, il existe d’autres points de débarquement, que les guides choisissent plus régulièrement, et d’où part un joli sentier qui monte progressivement jusqu’à la place du village. Les fameuses 500 marches ne s’utiliseront alors qu’à la descente du retour.

Près de 350 familles habitent l’île dont les maisons en adobe sont dépourvues d’électricité et d’eau courante. Les habitants de Taquile sont connus pour avoir su préserver leur mode de vie ancestral, dont le troc, l’organisation communautaire et leurs habits de tous les jours font partie. La coopérative artisanale, sur la place du village, en est un exemple probant. Vous constaterez qu’en toute occasion les hommes tricotent et les femmes tissent. Si vous avez l’esprit d’aventure, on vous conseille d’y passer la nuit afin de pouvoir vraiment apprécier la visite. Demandez à votre guide de vous trouver un gîte.

Isla Amantani
Située à plus grande distance de Puno que Taquile, l’île d’Amantani est moins visitée par les voyageurs, sans doute en raison de son éloignement. Elle séduira ceux qui aiment le pittoresque et le dépaysement. Contrairement aux îles Uros et Taquile, Amantani n’a pas encore été victime de l’affluence touristique. Elle abrite aussi quelques vestiges archéologiques qui lui sont propres.

Isla Suasi
Du côté est du lac Titicaca se trouve l’Isla Suasi, qui couvre 44 ha. Peu connue et peu développée, elle est dotée d’un hôtel à vocation écotouristique dont les clients peuvent pratiquer la voile, la pêche et la plongée-tuba.

L’hébergement dans la région
Les lieux d’hébergement de la région sont dans l’ensemble assez rudimentaires. Hormis la ville de Puno, qui compte les rares établissements de qualité, le reste de la région ne dispose pas d’infrastructure nécessaire pour loger le voyageur selon les standards de l’hôtellerie moderne. Les îles du lac Titicaca n’ont ni l’électricité ni l’eau courante, et les voyageurs doivent en général se contenter d’être hébergés dans des familles. Pour pouvoir être accueilli dans l’une des familles qui résident en permanence sur ces îles, la meilleure option est de s’adresser à une agence qui s’occupera de vous trouver un logement pour la nuit.

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