Manger et boire local
18:28 9 octobre 2013 | mise à jour le: 24 octobre 2013 à 18:27 Temps de lecture: 3 minutes

La croisade architecturale d’un hipster mexicain

La croisade architecturale d’un hipster mexicain
Photo: PAUL RIVERA


Notre chroniqueur s’est rendu à Singapour pour couvrir le World Architecture Festival.

Michel Rojkind était un pur inconnu à mes yeux lorsqu’il est monté sur scène avec sa longue barbe au World Architecture Festival. Et pourtant, 25 minutes de conférence ont suffi pour en faire mon coup de cœur de l’événement.

L’architecte de 43 ans s’inscrit dans cette vague de créateurs émergents qui font vibrer plus que jamais la scène urbaine mexicaine, et qui donnent surtout un véritable sens à l’expression anglaise «thinking out of the box». Une génération pour qui l’architecture ne se résume pas qu’à dessiner de beaux bâtiments, mais plutôt à servir la communauté.

C’est d’ailleurs avec cette philosophie que Michel Rojkind conçoit tous ses projets. Le parfait exemple est sa plus récente réalisation en plein cœur de Santa Fe, le supermarché Chedraui. Son client aurait été bien heureux avec un design d’épicerie plutôt classique comme on en retrouve à tous les coins de rues. Mais l’architecte, lui, a refusé catégoriquement de se contenter d’une simple formule mercantile.

Son idée? Ajouter une immense zone éducative sur le dessus de l’édifice pour aider les gens du quartier à en apprendre davantage sur l’agriculture urbaine. Le propriétaire du supermarché peut ainsi louer des parcelles de sa toiture verte aux producteurs de la région pour que ces derniers puissent venir promouvoir leurs produits, tout en éduquant la communauté.

Le client de Michel Rojkind a vite compris que ce concept novateur engendrerait non seulement des revenus supplémentaires pour son entreprise, mais lui permettrait également de se démarquer des compétiteurs autrement qu’avec une guerre de bas prix. L’idée a donc été adoptée sur-le-champ.

L’architecte mexicain a également usé d’une stratégie similaire pour l’un de ses projets avec l’entreprise de chocolat Nestlé. Cette dernière l’avait approché pour construire un banal point de vente de confiserie à Mexico City afin d’y attirer les jeunes familles de la région. Mais voyant que la compagnie ne cherchait qu’à gonfler ses profits avec cette initiative, Michel Rojkind a refusé, encore là, de se rabattre à cette stratégie purement capitaliste.

C’est pourquoi l’architecte a plutôt su convaincre ses clients d’opter pour une approche éducative en créant… le premier musée du chocolat dans la région! L’idée consistait à mettre en place un parcours thématique sur la confection de la sucrerie, menant au bout du compte le visiteur à une boutique de cadeaux. Le concept a carrément séduit Nestlé et le projet a vu le jour en un temps record, soit deux mois et demi pour le design et la construction de l’édifice.

Je ne sais toujours pas si c’est la conscience sociale de Michel Rojkind ou ses talents de fin négociateur auprès de ses clients qui m’ont le plus impressionné. Mais chose certaine, sa croisade pour une architecture plus socialement responsable a de quoi en inspirer plus d’un.

www.rojkindarquitectos.com

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